Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Kneiss

Sous-bassin : TUNISIE EST

Laboua

Contributeurs :

Sami Ben Haj

Date de création : Juin 2022

 

Pour citer cette version : BEN HAJ, S. (2022). Fiche île : Laboua – Sous-bassin : Tunisie Est. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/laboua/

Commune Sfax
Archipel Archipel des îles Kneiss
Surface (ha) 0.227
Linéaire côtier (mètre) 173.4
Distance à la côte (Mile nautique) 3.16
Altitude max (mètre) 3
Coordonnée géographiques Latitude 34.32749939
Longitude 10.28194427
Propriété foncière Publique 100% Etat – Domaine public maritime
Gestionnaire(s) Direction Générale des Forêts (Ministère de l’Agriculture) /APAL (ministère de l’environnement)
Statut de protection national Réserve naturelle (TN), 1993, Terre et Mer

Zone humide d’Importance nationale (TN), 1993, Terre et Mer

international Zone humide d’importance internationale (RAMSAR), 2007, Terre et Mer

Description générale


L’île El laboua appartient à l’archipel de Kneiss. Elle est localisée sur la partie sud-orientale de la côte tunisienne, exactement dans le golfe de Gabès au large de la localité d’El Hchichina et au sud de l’ile principale de l’archipel Bessila. El laboua appartient à la délégation de Ghraïba qui fait partie du gouvernorat de Sfax (65 km au sud de la ville). Le marnage autour de l’îlot El laboua est très remarquable, il la protège contre la houle et l’érosion marine selon (Hattour et al, 2010), cette marée peut atteindre les deux mètres. L’île d’El Laboua est au centre de l’archipel constitué de 4 îles et îlots, qui sont El Bessila, l’îlot el El Hjar et l’îlot Gharbia. Auparavant, les quatre îlots ont été unis en une seule grande île, qui a été probablement très proche de la côte. La séparation des îlots est principalement due à la subsidence importante du secteur et l’érosion causée par les tempêtes et la marée (Gueddari & Oueslati, 2002). L’archipel est formé par des îlots rocheux caractérisés des bancs sableux parcourus par des estuaires et des deltas de rivières submergées et affouillées par les flots. L’entourage d’El Laboua est couvert par des pelouses de Cymodocea nodosa, en s’éloignant vers le large elle est substituée par l’herbier de posidonie. Les chénopodiacées représentent la végétation halophile sur l’île, qui colonise environ 80% ou plus de la surface totale, formant ainsi un milieu propice pour la nidification des oiseaux. La biocénose est remarquable par l’existence des oiseaux d’eau, surtout des limicoles qui peuvent être hivernants, nicheurs, ou bien de passage, notamment les aigrettes, les goélands et les sternes. Les grandes vasières offrent une alimentation adéquate à l’avifaune présente sur le site, ce qui rend tout l’archipel parmi les plus importants sites d’hivernage et nidification en Méditerranée.  On trouve également une exploitation importante de coquillages dans les vasières, notamment des palourdes, qui font l’objet d’une activité socio-économique dans toute la région (Cassar et al. ; 2002). L’île n’est pas habitée, mais elle est souvent soumise à une fréquentation humaine importante, surtout durant la saison de la collecte de palourdes (ou le clovisse), où le stock est en état de surexploitation (Isenmann et al. ; 2005). D’une façon générale, l’archipel de Kneiss, est une zone de grand intérêt pour la conservation qui subit une pression anthropique mettant en péril ce patrimoine national.

Connaissances


Des anciennes enquêtes réalisées dans la région ont pu confirmer la localisation du monastère de Fulgence dans l’îlot du milieu (Dzirat el Laboua) bien établie par les découvertes qu’y avaient faites (P. Cintas et G. Feuille ; 1942). A cet époque, L. Poinssot et Ch. Saumagne avaient signalé pour y rechercher les restes du monastère, sur un îlot à côté du Ras Yonga, dans un milieu limoneux où il n’y a pas de traces probantes. Par contre, l’îlot est marqué par un milieu sous forme d’un banc rocheux de calcaire affecté par une forte érosion marine, une partie des constructions antiques trouvées en 1941. L’existence d’autres architectures, une colonne et des structures en calcaire importés de la côte et identiques à ceux mentionnés auparavant, ce qui confirme bien l’identification donc effectuée. (Trousset P., 2008). Il faut enlever l’ambiguïté autour la présence d’une population nombreuse – multitudini monachorum d’après Ferrand – qui y était sous la gouvernance de deux prêtres, était imaginable sur une petite île de dimensions tellement réduite. L’hypothèse qui a été estimée vraie c’est que la morphologie du littoral de l’archipel des Kneiss a subi avant plusieurs années des changements significatives et précisément une submersion notable sur qui a touché toute la zone. En outre, actuellement l’archipel est entouré par des profondeurs considérablement faible, formant très probablement une seule île allongée, ce qu’explique le nom Surkenis « le mur des Kneiss », reporté par la géographie arabe. L’histoire est confirmée dans « les îles de l’Afrique » par d’Avezac qui illustre par une carte comportent que deux îles nommées Frixols. En plus, pendant les années 1580-1587, F. Lanfreducci et J. O. Bosio utilisent le nom Friscioli, dans leur Costa e discorsi di Barbaria, alors qu’ils parlent des îles Kneiss, comme « deux petites îles avec des bancs » dont l’une étant « El Bessila » actuelle, logiquement l’autre était l’île de forme allongée à l’emplacement des trois îlots d’aujourd’hui. (CINTAS P. et J., 1940)

Les îles Kneiss ont été le sujet de différents biologistes, archéologistes (Poinssot, 1935 ; Sim et al., 2004 ; Trousset et al., 1992 ; Trousset 2007) et autres (Bali & Gueddari, 2011 ; Gueddari & Oueslati, 2002 ; Oueslati, 1995, 2002). Par contre, il existe peu d’informations sur le biotope et les facteurs biotiques et abiotiques que ce soit terrestre ou marine. Malgré les travaux qui s’intéressent à l’écologie du milieu tels que la flore vasculaire, la flore commune de Tunisie (Bonnet & Barratte, 1896 ; Cuénod, 1954 ; Pottier-Alapetite, 1979-1981) et les travaux détaillés d’écologie végétale du sud tunisien (Le Houérou, 1962), ces derniers n’ont pas pu relever la moindre détail efficace et précis des îles Kneiss et en particulier l’îlot El Laboua.

De 1929 jusqu’à 1934, Seurat a pu décrire les zones intertidales de l’archipel (Bouain et al., 2004). D’après Seurat la zone était caractérisée par du sable vaseux mou. L’auteur s’intéressait par les différentes espèces de mollusques exploitant ces habitats littoraux par détails et d’une façon pointue. Ce descriptif a été la base de toute autre compagne d’inventaire ou d’évaluation quel que soit celle de 1992 ,1999 ou bien celle de 2004.  Les dernières prospections ont refléter la présence d’herbiers de Zostères. (Bouain et al., 2004)

Intérêts


PRESENCE DE BATI PATRIMONIAL - non

L’archipel jouit d’un statut de protection particulier vue son intérêt biologique important, l’île El Laboua fait partie de l’archipel qui a été classé réserve naturelle en 1993 et a été inscrit sur la liste des aires spécialement protégées d´intérêt méditerranéen (ASPIM) en 2001 sous la Convention de Barcelone. Les îles Kneïss sont aussi sur la liste de la convention RAMSAR depuis novembre 2007 et qui a pour principal objectif d’enrayer la disparition des zones humides et d’assurer leur conservation. (Cassar et al., 2002).

D’après l’inventaire réalisé par l’initiative PIM (Flore et végétation des îles Kneiss) en 2015, l’archipel contient 75 taxons dont 9 seulement ont été dénombré sur El Laboua. On peut citer principalement les deux Amaranthacées Arthrocnemum macrostachyum, Suaeda vermiculata et Mesembryanthemum nodiflorum. L’îlot El Laboua, se considère comme la plus riche en comparaison avec les trois petits autres îlots, il contient quatre espèces (Caroxylon tetrandrum, Halocnemum strobilaceum, Limoniastrum monopetalum, Suaeda vera) qui sont absents dans les trois autres îles. Cette composition floristique plus ou moins spéciale est traduite par le phénomène « effet petites îles » (small-island effect) validé par les travaux de biogéographie insulaire (ex. Whitehead & Jones, 1969 ; Morrison, 2014).

D’aprés BirdLife International le nombre des oiseaux dans l’archipel pouvant atteindre jusqu’à 330.000 oiseaux en hiver (1999). L’espèce la plus fréquente dans les îles Kneïss est le Bécasseau variable.

En se basant sur les critères de l’UICN, 13 espèces d’oiseaux d’eau à population biogéographique supérieure ou égale à 1% de la population globale se trouve dans les îles à savoir: la Grande Aigrette (Egretta alba), la Spatule blanche (Platalea leurcorodia), le Flamant Rose (Phoenicopterus ruber), l’Huîtrier Pie (Haematopus ostregalus), le Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus), le Pluvier argenté (Charadrius squatarola), le Bécasseau cocorli (Calidris ferruginea), le Bécasseau variable (Calidris alpina), le Bécasseau minute (Calidris minuta), Courlis cendré (Numenius arquata), le Chevalier Gambette (Tringa totanus), le Tournepierre à collier (Arenaria interpres) et Goéland railleur (Larus genei)… Parmi les nicheurs nichant dans la zone des Kneïss, on compte le Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus), l´Avocette élégante (Recurvirostra avosetta), l´Echasse blanche (Himantopus himantopus) et le Chevalier gambette (Tringa totanus) (APAL ; 2008). Au niveau des flaques d’eaux, vivent souvent des sphéromes et les bivalves Pirenella tricolor et les Mytilus minimus sur les pierrailles. À l’horizon inférieur on trouve le bivalve Cardium edule et le crustacé Leander squilla qui ont été présent régulièrement. La zone intertidale des îles Kneïss est spécialement marquée par les Cymodocées (Cymodocea nodosa) et Zostères (Zostera noltii). Les ulves et les entéromorphes sont aussi présents sur des petites superficies surtout les milieux eutrophisés.

Concernant la faune marine, les espèces à forte intérêts économiques sont les crevettes Penaeus kerathurus, le poulpe Octopus vulgaris, la seiche Sepia officinalis et d’autres espèces de poissons dont les plus pêchées sont : le sparaillon Diplodus annularis, le pageot Pagellus erythrinus, les rougets Mullus barbatus et M. surmuletus, le serre Pomatomus saltatrix, la saupe Sarpa salpa, la bogue Boops boops, le loup Dicentrarchus labrax et les différentes espèces de mugilidés. On y rencontre aussi épisodiquement des tortues marines et particulièrement les Caouannes. (APAL ; 2008).

Pressions


Malgré son statut national et international, l’archipel souffre de plusieurs facteurs de pressions menaçant l’écosystème terrestre et marin en particulier l’île El Laboua, cet îlot est influencé par des pressions environnementaux non négligeable tels que le changement du niveau marin, la pollution par les macrodéchets, l’impact des oiseaux marins… les déchets solides sont le résultat de la mauvaise gestion des déchets sur la côte et de la pollution par les navires et les bateaux de pêche. Mais encore, ils sont causés par les plaisanciers et les collecteurs de palourdes (Price et al., 2014). La pêche côtière et le ramassage des palourdes (activité féminine) sont les deux types dominants. L’activité est plus importante sur les vasières de l’île d’El Bessila mais aussi sur les vasières d’El Laboua. En fait, l’augmentation du nombre de collecteurs de palourde dans la zone, perturbe directement la population nicheuse des oiseaux dans la zone. En effet, il existe un phénomène de ramassage des œufs pendant la saison de reproduction des oiseaux sur les îles (APAL, 2008). Pour les stocks de poissons dans la zone, on estime qu’ils sont en état de surexploitation. Cet état est dû en partie aux activités de pêche illicite (BOUAIN et al., 2004). La baisse de production halieutique représente un indicateur d’une perturbation aigu des écosystèmes et des chaînes de production qu´ils supportent, notamment les herbiers de phanérogames (Posidonies et Zostères) (APAL, 2008).

L’impact du Plusieurs couples de goéland leucophé (Larus cachinnans) qui nichent sur El Laboua n’est pas négligeable, l’espèce se nourrit dans les décharges d’ordures du continent (APAL, 2008). Sa forte abondance impacte indirectement et négativement la végétation micro-insulaire par le changement de la structure physico-chimique des sols, du piétinement récurrent, de l’arrachage de végétaux pour la confection des nids et de l’apport de graines de végétaux allochtones (Vidal et al., 1998).

Les espèces exotiques causent des perturbations de l’écosystème naturel ou semi naturel. L’invasion biologique causé principalement par le trafic maritime internationale menace la stabilité des espaces naturels vulnérables. En effet, elle modifie leur composition spécifique, leur structure et leur fonctionnement, ce qui engendre des dégâts environnementaux accrus sur les petites îles de Méditerranée (Pretto et al., 2012). L’archipel en tout et l’îlot El Laboua en particulier, subissent une pression industrielle provienne des industries de Skhira et à proximité, très remarquable. Les rejets chimiques dans la mer n’infectent pas que la qualité des eaux mais touchent directement la faune et la flore marine et légèrement terrestre (APAL, 2008).

L’impact des pressions précédentes est amplifié par le facteur anthropique, en effet les eaux usées, les eaux de ruissèlements sont très chargées par la matière organique et les pesticides ce qui favorise l’eutrophisation du milieu marin (APAL, 2008). Sans oublier que l’île est très vulnérable aux effets liés aux changements climatiques, vue sa position et sa morphologie, plus particulièrement l’élévation du niveau de la mer et l’érosion marine.

Gestion & Conservation


L’îlot El Laboua fait partie de l’archipel de kneiss qui bénéficie d’un statut de protection et de conservation à l’échelle national qu’international. Depuis 1993, l’archipel est reconnu comme une réserve naturelle. En 2001, l’archipel acquière le statut ASPIM (Aire Spécialement Protégée d’Importance Méditerranéenne) et le statut de zone humide d’importance internationale sous la convention Ramsar en 2007

Le premier plan de gestion de l’archipel a été élaboré en 2008 constitut le premier pas vers une stratégie de conservation sérieuse et réalisable. Les principales actions reportées dans le plan sont respectivement : la gouvernance du site, la constitution de l’unité de gestion, le zonage spécifique et l’application de la réglementation, les suivis et amélioration des connaissances, et le développement des activités écotouristiques impliquant les populations locales.

Actuellement, l’archipel bénéficie du programme financé par la MedFUND pour la cogestion de l’archipel entre l’APAL et l’ Association de la Continuité des Générations (ACG)( The MedFUND, 2020).

Principales ressources bibliographiques


  1. APAL, 2008. Elaboration d’un plan de gestion des îles Kneiss et préparation de sa mise en oeuvre ; rapport définitif de première phase ; Bilan socio-économique et environnemental. République tunisienne, Ministère de l’environnement et du développement durable. 116 p.
  2. Bouain A., Bradai M.N. et Hamza A., 2004 – Caractéristiques de l’environnement marin des îles Kneïss, Bionomie et richesses halieutiques- Projet de préservation de la biodiversité dans la Réserve Naturelle des Iles Kneïss Projet de micro financement/TUN / 98 / G 52 / 13.
  3. Cassar L F, E Lanfranco, J Vassalo, P Gatt & EW Anderson. Case study: Zouara and Iles Kneiss, Tunisia. Baseline research for integrated sustainable management in sensitive Mediterranean coastal sites; report of EEC MECO Project : 72-88.
  4. Chaieb M., 2003 – Caractéristiques floristiques des Iles Kneïss – Projet de préservation de la biodiversité dans la Réserve Naturelle des Iles Kneïss Projet de micro financement/TUN / 98 / G 52 / 13.
  5. CINTAS P. et J., 1940. Le monastère de saint Fulgence, Rev. tun., p. 243-250. FEUILLE G.-L., 1942. « Note sur le monastère des îles Kneiss », Rev. tun., p.251-255. TROUSSET P., SLIM H., PASKOFF R. et OUESLATI A., 1992. « Les îles Kneiss et le monastère de Fulgence de Ruspe », Ant. afr., t. 28 :223-247.
  6. Gueddari M. & A. Oueslati, 2002. Le site de Kneiss, Tunisie : Géomorphologie et aptitudes à l’aménagement. In: Recherche de base pour une gestion durable des écosystèmes sensibles côtiers de la Méditerranée. Felicita Scapini (ed.) and the partners of the MECO Project. IAO. 63 – 71.
  7. Hattour M. J., Sammari C., Ben Nassrallah S., 2010. Hydrodynamique du golfe de Gabès déduite à partir des observations de courants et de niveaux. Revue Paralia, Volume 3 : 3.1-3.12.
  8. Isenmann P, T Gaultier, A El Hili, H Azafzaf, H Dlensi & M. Smart (2005) : Oiseaux de Tunisie. Société d’études ornithologiques de France, 600p.
  9. Médail F., Charrier L., Charrier M., Doxa A., Pasta S. & Chaïeb M., 2015.Vulnérabilité de la biodiversité végétale face à l’élévation du niveau marin : le cas des petites îles et îlots de Tunisie orientale. In : Beltrando G., Dahech S., Daoud A. & Etienne L. (eds.), Vulnérabilité des littoraux méditerranéens face aux changements environnementaux contemporains. Actes du symposium international, Kerkennah (Tunisie) du 20 au 24 octobre 2015, Sfax : pp. 227-236.
  10. Médail F., Charrier M., Charrier L. & Chaieb M., 2016. Flore et végétation des îles Kneiss (Tunisie sudorientale). Bilan de la biodiversité végétale terrestre, impacts environnementaux et recommandations de gestion. Note naturaliste PIM, Aix-en-Provence. 49p.
  11. Price R.G., Jaoui K., Pearson M.P. & de Grissac A., 2014. An alert system for triggering different levels of coastal management urgency: Tunisia case study using rapid environmental assessment data. Marine Pollution Bulletin, 80 : 88-96.
  12. Pretto F., Celesti-Grapow L., Carli E., Brundu G. & Blasi C., 2012. Determinants of non-native plant species richness and composition across small Mediterranean islands. Biological Invasions, 14 : 2559-2572.
  13. Trousset P., 2008. Kneiss (îles). In: Encyclopédie berbère, vol. 28-29 (Kirtēsii – Lutte). Edisud, Aix-en-Provence: 4251-4254. URL: http://encyclopedieberbere.revues.org/99
  14. Trousset P., Slim H., Paskoff R. & Oueslati A., 1992. Les îles Kneiss et le monastère de Fulgence de Ruspe. Antiquités africaines, 28, 223-247.
  15. Vidal E., Médail F. & Tatoni T., 1998. Is the yellow-legged gull a superabundant bird species in the Mediterranean? Impact on fauna and flora, research priorities and conservation measures. Biodiversity and Conservation, 7 : 1013- 1026.
  16. Whitehead D.R. & Jones D.E., 1969. Small islands and the equilibrium theory of insular biogeography. Evolution, 23 : 171–179.
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Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
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ILES

Cluster : Kerkennah

Sous-bassin : TUNISIE EST

Gremdi

Contributeurs :

Sami Ben Haj

Date de création : Mars 2022

 

Pour citer cette version : BEN HAJ , S. (2022). Fiche île : Gremdi – Sous-bassin : Tunisie Est. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/gremdi/

gremdi-carte
gremdi-general
Commune Kerkennah
Archipel Archipel de Kerkennah
Surface (ha) 196.275
Linéaire côtier (mètre)
Distance à la côte (Mile nautique) 0.227 
Altitude max (mètre) ca. 3
Coordonnée géographiques Latitude 34° 44’ 24’’ N 

34° 46’ 07’’ N 

Longitude 11° 18’ 22’’ E 

11° 20’ 30’’ E

Propriété foncière Privé /publique 
Gestionnaire(s) DGF
Statut de protection national / Aucun statut juridique spécifique
international RAMSAR (depuis 2013), ZICO

Description générale


L’îlot Gremdi, d’une superficie de 206,6 ha, est situé à 900 m à l’est d’El Ataya. 

Gremdi est couverte d’exploitations agricoles constituées d’oliviers, de palmiers et de cultures céréalières et fourragères, il est à signaler que la pratique de ces cultures annuelles est très largement tributaire de la pluviométrie.

L’îlot est caractérisé par une basse topographie. Les altitudes sont très faibles, et les plus importantes sont localisées sur le littoral Sud, mais ne dépassent pas les 3 m. Le littoral Nord, très bas, forme une zone submersible en période de hautes marées.

L’ilot est considéré comme un lieu de pâturage pour les ovins ou caprins. Le parcellaire des terrains destinés au pâturage ou à d’anciennes exploitations agricoles, est souvent délimité par de petits murets de blocs calcaires parfois surmontés de débris de végétaux d’épineux et d’espèces rudérales.

Sur Gremdi, ont été plantées des espèces fourragères servant de complément d’alimentation tel que vesce, avoine et lentille (APAL, 2001).

La présence de nombreuses ruines romaines de Gremdi (citernes, murs…).

Toutefois les nuisances faites par l’activité humaine  conduisent l’agence de protection et d’aménagement du littoral (APAL) à s’engager à programmer cette île dans la future aire marine protégée. 

Historique

« Il y a plusieurs ruines de citernes romaines et un point d’eau douce. On y envoie paître les chameaux » (Louis, 1961 : 8).

« Quand aux ruines romaines de Gremdi, elles peuvent témoigner là aussi d’un souci de protection sur un point où les barques peuvent plus facilement accoster, en même temps que de l’utilisation intelligente d’un îlot où se trouve de l’eau douce et donc une végétation abondante » (Louis, 1961 : 31).

Connaissances


Citerne d’origine romaine, avec un morceau de filet placé par les bergers pour prévenir la chute du bétail (F. Médail).

Le géographe marocain al-Idrîsî, travaillant pour le roi normand Roger II de Sicile, lors de ces travaux sur gremdi  mentionne l’existence de grottes et de cavernes sur cette île, excavations qui n’existent plus de nos jours, alors que des sépultures étaient encore mentionnées sur la côte lors de la mission de Doûmet-Adanson (1888) (cf. infra).

Les ruines  de type (forts, murailles, citernes…).témoignent une présence de l’époque romaine jusqu’à la période Aghlabides, des études archéologiques plus poussées sont programmées par l’institut national du patrimoine (INP)

La première étude sur gremdi est réalisée par l’APAL en 2001 dans le cadre de l’Etude de gestion de la zone sensible littorale des îlots nord-est de Kerkennah 

Sur le plan floristique, la première tentative de réalisation d’un inventaire – le plus exhaustif possible – de la flore vasculaire (plantes à fleur et fougères) portant sur la quasi-totalité de l’ile est au cour de la mission de l’Initiative pour les petites îles de Méditerranée (Initiative PIM) effectuée du 27 au 30 mars 2014.

L’avifaune à l’ile Sefnou est étudiée, dans les rapports  (APAL 2001 & 2002, Isenmann et al. 2005, Nouira 2012)

 Ces études ont  dressé un bilan sur la diversité du peuplement d’oiseaux reproducteurs des îles et îlots nord-est de l’archipel, Ce bilan a servi de base pour compléter et comparer les données collectées lors de la mission PIM en  mars 2014.

La plus récente étude sur l’ile est faite par SPA/RAC–ONU Environnement/PAM, en 2018 Élaboration d’un plan de gestion de la partie marine et côtière autour des îlots nord de l’archipel de Kerkennah.

[TITRE]


Les preuves historiques ont montré l’importance des iles Kerkennah dans son contexte méditerranéen depuis les anciennes époques. Ainsi, les sites archéologiques mis à jour s’étentent aussi bien sur la grande île, que sur  les îlots nord ou nord-est. Des vestiges cotiers datant de l’époque romaine, sont aujourdhui  recouvert par les eaux marines (jusqu’à  2 metre d’eau), témoignant du recul du trait de côte, de l’érosion cotiere marine et de la montée du niveau de la mer. Parmi ces vestiges, on citera notamment une carrière et une chaussée datant de l’époque romaine. Cette dernière reliait El Ataya à l’îlot de Gremdi.

En 2013, l’association jeunes science kerkennah, l’agence de protection et d’aménagement du littoral et l’initiative PIM ont organisé un événement pour célébrer la fêté internationale  de la biodiversité (Celebrate islands), cette activité a pour objectif  la promotion des potentialités naturelles de l’ile Gremdi.

En 2014, le conservatoire de littoral  et l’agence de Protection et d’Aménagement  du Littoral ont organisé dans le cadre de l’initiative PIM, une mission de terrain sur l’archipel des kerkennah, afin de dresser un état des connaissances naturalistes sur la partie terrestre des iles et ilots situés au nord –est de l’archipel.

Intérêts


Paysage du centre de l’ile Gremdi : Formation à géophytes (iris, Moraea sisyrinchium ; scille du Pérou, Oncostema peruviana) et spergulaires, sur la croûte calcaire villafranchienne, extrémité est (F. Médail, Pim).

Environnement terrestre singulier : La biodiversité se distingue par son unicité. L’ile constitue un important site d’hivernage pour les oiseaux marins, limicoles et autres oiseaux d’eau. Il constitue également un important site de passage pour les passereaux lors des migrations automnale et printanière. La présence d’herpétofaune et des mammifères terrestres restent faible. On signale pour l’herpétofaune la présence d’espèces remarquables à l’instar de Chalcides ocellatus, Acanthodactylus maculatus et Mesalina olivieri pour le groupe des reptiles, et de Jaculus orientalis et de Dipodillus zakariai (espèce endémique de la région) pour les mammifères. 

 

Sur le plan marin : Une flore marine très diversifiée avec la présence singulière d’herbiers tigrés constituant un environnement adéquat pour plusieurs espèces faunistiques, dont certaines endémiques des Kerkennah (Rissoa paradoxa, Amaroucium picardi). 

Par ailleurs, la partie marine est une zone de passage et d’alimentation de la tortue marine Caretta caretta. Outre la présence d’une diversité biologique élevée, on signale la présence d’espèces exotiques telles que le crabe bleu Portunus segnis ou encore le bivalve Pinctada radiata.

Pressions


Partie terrestre : 

Les rivages de l’ile  montrent de nombreux indices d’érosion et les terres montrent des signes de salinisation.

L’le est caractérisée par une masse végétale arborée. Cette masse a été introduite et plantée au dépend des palmiers, qui disparaissent progressivement en raison du manque d’entretien qui leur est accordé et la faible pluviométrie caractérisant la région.  

Cette masse végétale est considérée de la part des habitants de la région comme une forêt où la principale espèce est l’Acacia, qui sous l’action des embruns, est en décadence, avec une masse végétative réduite et rase. Leur développement a été favorisé par la présence d’une nappe phréatique au niveau de l’île, et par leur lieu d’implantation au niveau d’une zone élevée par rapport au reste de l’île (une altitude de 4 m par rapport au niveau de la mer). Quant à la frange littorale, elle présente une végétation plus ou moins éparse, ornée par des plantes herbacées avec une densité moyenne de 6 plants au m². 

L’île  est  servie comme lieu de pâturage pour le petit élevage (en particulier ovin et caprin) pour la population locale de l’archipel. (APAL, 2001). Actuellement le couvert végétal souffre d’un surpâturage notamment sur les touffes de sparte Lygeumspartum. 

Le ramassage des œufs de perdrix gambra (Alectoris barbara) et l’abattage de tortues marine (Caretta caretta) sont les raisons majeures du déclin drastique de ces populations dans la région des Kerkennah. Selon Qninba&Ouni (2014), les oiseaux nicheurs dans cette ile  sont sujets à un braconnage et un pillage assez conséquent sur leurs nids. 

 

La partie marine :

Pêche et surexploitation : désertification en cours 

La pression sur les ressources s’amplifie de plus en plus, des pêcheurs utilisent des  chaluts souvent illicites et non réglementaires (Kiss, braconnage, chalutage non réglementé, etc.) Destruction des habitats marins liée au chalutage benthique 

Cette destruction intéresse notamment les habitats (prairies à posidonies, cymodocées, cystoseires, etc.

De plus, la présence de nombreuses nasses perdues qui continuent à faire de la pêche passive contribuent à impacter fortement les ressources halieutiques. (Ben Haj, 2018)

Gestion & Conservation


Les actions sont aujourd’hui assurées par les associations locales ou par des bénévoles (actions de nettoyages…)  aussi par des scientifiques pour faire des inventaires.

Des missions de naturalistes furent faites en 2014 dans le cadre de l’initiative PIM qui a réalisé des inventaires de la flore et  faune terrestre, et de l’herpétofaune.  

Un inventaire de la flore marine en 2015 était exécuté dans la cadre de l’étude écologique pour la création d’une Aire Marine Protégée dans la partie nord-est des Iles Kerkennah en Tunisie.

L’ile était l’un des iles nord de Kerkennah qui étaient dotée d’un plan  de gestion en 2018 (Ben HAJ ,2018)

 

Des mesures de conservation sont redemandées. 

  • Réaliser la collecte et l’élimination régulière des macro-déchets.
  • Limiter les impacts du pâturage.
  • Gérer les végétaux exotiques envahissants.
  • Effectuer une veille écologique régulière.

Pour la concrétisation de l’aire marine protégée il est primordial de mettre  en place d’une unité de gestion.

[TITRE]


A ce jour, plusieurs activités ont été mises en œuvre sur la partie nord de l’archipel y compris l’ile Gremdi … principalement dédiées à l’amélioration des connaissances. Ces activités ont été menées par l’APAL et plusieurs partenaires nationaux et internationaux dont le CAR-ASP, le Conservatoire du littoral, l’INSTM, la DGPA, le CRDA-Sfax et la faculté des Sciences de Sfax.

en 2015 Une étude faite par l’APAL   qui  a permis de lancer un processus participatif et intégré autour de l’élaboration d’un  plan de gestion des ilots nord-est de Kerkennah dont l’ile Gremdi .

L’objectif de la création d’une AMCP au niveau de cette région de l’archipel Kerkennien, vise la réconciliation entre les besoins socio-économiques et préservation des ressources du milieu et la pérennité de sa productivité, autour des concepts de développement et de gestion durable de la futur AMCP des îlots nord-est.

Principales ressources bibliographiques


  1. APAL, 2001. Etude de gestion de la zone sensible littorale des îlots nord-est de Kerkennah. Phase 1. Caractérisation du milieu naturel. Rapport définitif. République tunisienne, Ministère de l’Environnement et de l’aménagement du territoire, Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (APAL), Tunis : 40 p.

  2. APAL 2002. Etude de gestion de la zone sensible littorale des îlots nord-est de Kerkennah. Phase 1 : Caractérisation du milieu naturel. Rapport définitif. 40 pp.

  3. CAR/ASP – PNUE/PAM, 2015. Etude écologique pour la création d’une Aire Marine Protégée dans la partie nord-est des Iles Kerkennah en Tunisie. Par Cyrine BOUAFIF and Habib LANGAR. Ed. CAR/ASP. Activité de duplication, Tunis. 61 pages

  4. Isenmann P., Gaultier T., El Hili A., Azafzaf H., Dlensi H. & Smart M.  2005. Oiseaux de Tunisie. Birds of Tunisia. SEOF, Paris, 432 pp.

  5. Louis A., 1961. Les îles Kerkena (Tunisie). Etude d’ethnographie tunisienne et de géographie humaine. I. « Les travaux ». Publications de l’Institut des belles lettres arabes, Tunis, 26 : 419 p.

  6. Louis A., 1963. Les îles Kerkena (Tunisie). Etude d’ethnographie tunisienne et de géographie humaine. II. « Les jours ». Publications de l’Institut des belles lettres arabes, Tunis, 27 : 447 p.

  7. Mahfoudh F., 2000. L’archipel des Kerkéna au Moyen Âge d’après les géographes arabes et les données archéologiques. In : Khanoussi M., Ruggeri P. & Vismara C. (eds.). L’Africa Romana, 13 : 649-677.

  8. Médail F., Pasta S. & Chaieb M., 2015. Flore et végétation des îles et îlots satellites de l’archipel des Kerkennah (Tunisie orientale). Bilan de la biodiversité végétale terrestre, impacts environnementaux et recommandations de gestion. Note naturaliste PIM, Aix-en-Provence : 66 p.

  9. Nouira S. 2012. Biodiversité de la faune des vertébrés insulaires de la Tunisie. Proceeding 2nd Djerba International Mediterranean Environment Sustainability Conference. 22-25 Aprile 2012. Atti e Memorie dell’Ente Fauna Siciliana. Vol. XI, pp : 11-21. 

  10. SPA/RAC–ONU Environnement/PAM, 2018. Plan de gestion de la partie marine et côtière des îlots nord de l’archipel de Kerkennah. Par Thétis Conseil. Ed SPA/RAC – Projet MedMPA Network, Tunis:84 pages

  11. Slim H., Trousset P., Paskoff R. & Oueslati A., 2004. Le littoral de la Tunisie. Étude géoarchéologique et historique.CNRS Editions, Paris : 308 p.

  12. QNINBA A. & OUNI R. 2014. Les oiseaux nicheurs sur les îles et îlots nord-est de l’archipel de Kerkennah, Tunisie. Initiative PIM. CdL (France)-APAL (Tunisie). 24 pp.

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Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Kerkennah

Sous-bassin : TUNISIE EST

Sefnou

Contributeurs :

Sami Ben Haj

Date de création : Mars 2022

 

Pour citer cette version : BEN HAJ , S. (2022). Fiche île : Sefnou – Sous-bassin : Tunisie Est. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/sefnou/

sefnou-carte
sefnou-generale
Commune Kerkennah
Archipel Archipel de kerkennah
Surface (ha) 52,67
Linéaire côtier (mètre)
Distance à la côte (Mile nautique) 0.400 
Altitude max (mètre) ca. 4
Coordonnée géographiques Latitude 34°48’08 » N

34°47’26 » N 

Longitude 11°13’55 » E

11°13’01 » E

Propriété foncière Privé /publique 
Gestionnaire(s) DGF
Statut de protection national / Aucun statut juridique spécifique
international ASPIM (depuis 2010 – terre et mer), Site d’Importance Communautaire (depuis 2003 – mer)

Description générale


L’île Sefnou, est située à 1 km au Nord-Est de Rass Bounouma.

Sefnou est une île inhabitée, exploitée occasionnellement pour la production céréalière et pour le pâturage. La majeure partie du littoral de cette île est rocheuse et érodée. Dans sa partie Nord, il présente une colline basse d’environ 4m d’altitude. Les altitudes du reste de l’île varient entre 1 et 2,5 m. 

Sefnou est caractérisé par des côtes rocheuses basses et des falaises dont le commandement est relativement important. Elle fait l’objet d’une érosion forte malgré la faible énergie des vagues déferlant sur la côte.

A marée basse, on peut se déplacer de Rass Bounouma à Sefnou à pied. 

Sefnou était exploitée pour le pâturage et l’élevage des lapins. En effet on rencontre des vestiges de puits et de bâtiments qui servaient probablement de bergerie. On retrouve sur le sol des excréments de mouton, ce qui prouve que l’île sert encore de lieu de pâturage.

La terre y est dénudée, constituée d’un substrat sableux accompagné de roches. Le couvert végétal est caractérisé par une végétation herbacée et très éparse. La végétation naturelle de l’îlot de Sefnou est formée par :

-Une association à base de Lygeum spartum et Atractylis serratuloides. Cette association, dont le couvert végétal est inférieur à 5%, caractérise les milieux édaphiques très dégradés. Ce faible couvert végétal résulte d’une part de la faible dynamique de régénération des espèces considérées et d’autre part par l’influence du pâturage. En outre, considérant que ces espèces ne sont pas halophiles, elles ne présentent en plus aucun intérêt pastoral. Leur valeur écologique et économique est ainsi négligeable. 

Toutefois les nuisances faites par l’activité de pâturage conduisent l’agence de protection et d’aménagement du littoral (APAL) à s’engager à programmer cette île dans la future aire marine protégée. 

Historique

« Lieu de pâturage, on y trouve aussi des terres à orge que se partagent les Kerkeniens » (Louis, 1961 : 8)

Connaissances


Le rat noir Ratus ratus : l’espèce est abondante au niveau des palmiers avec la présence de crottoirs sous les pieds des palmiers.

Les plus anciens vestiges découverts sur les îles remontent à l’époque punique voire phénicienne. Les fouilles et les prospections de terrain ont montré une présence punique très dense avec une occupation humaine plus importante que de nos jours. Elle se traduit par la découverte de beaucoup de vestiges archéologiques (Ruines, fragments de céramique du Vème siècle av. J.C…) 

Les ruines  de type (forts, murailles, citernes…).témoignent une présence de l’époque romaine jusqu’à la période Aghlabides, des études archéologiques plus poussées sont programmées par l’institut national du patrimoine (INP)

La première étude sur Sefnou est réalisée par l’APAL en 2001 dans le cadre de l’Etude de gestion de la zone sensible littorale des îlots nord-est de Kerkennah 

Sur le plan floristique, la première tentative de réalisation d’un inventaire – le plus exhaustif possible – de la flore vasculaire (plantes à fleur et fougères) portant sur la quasi-totalité de l’île est au cours de la mission de l’Initiative pour les petites îles de Méditerranée (Initiative PIM) effectuée du 27 au 30 mars 2014.

L’avifaune à l’île Sefnou est étudiée, dans les rapports  (APAL 2001 & 2002, Isenmann et al. 2005, Nouira 2012)

 Ces études ont  dressé un bilan sur la diversité du peuplement d’oiseaux reproducteurs des îles et îlots nord-est de l’archipel. Ce bilan a servi de base pour compléter et comparer les données collectées lors de la mission PIM en  mars 2014.

La plus récente étude sur l’ile est faite par SPA/RAC–ONU Environnement/PAM, en 2018 Élaboration d’un plan de gestion de la partie marine et côtière autour des îlots nord de l’archipel de Kerkennah.

[TITRE]


En 2014, le conservatoire de littoral et l’agence de Protection et d’Aménagement du Littoral ont organisé dans le cadre de l’initiative PIM, une mission de terrain sur l’archipel des kerkennah, afin de dresser un état des connaissances naturalistes sur la partie terrestre des iles et ilots situés au nord –est de l’archipel.

En 2015, l’association jeunes science kerkennah et l’initiative PIM ont organisé un événement pour célébrer la fête internationale de la biodiversité (celebrate islands), cette activité a pour objectif la promotion des potentialités naturelles de l’ile Sefnou.

Intérêts


Paysage de l’ile Sefnou Erodium crassifolium subsp. hirtum, (F. Médail, Pim 2015)

L’ile Sefnou joue un rôle écologique très important (aires de repos et de reproduction des oiseaux, présence de paysages naturels variés, etc.). 

Sur le plan marin : Une flore marine très diversifiée avec la présence singulière d’herbiers tigrés constituant un environnement adéquat pour plusieurs espèces faunistiques, dont certaines endémiques des Kerkennah (Rissoa paradoxa, Amaroucium picardi). Par ailleurs, la partie marine est une zone de passage et d’alimentation de la tortue marine Caretta caretta. Outre la présence d’une diversité biologique élevée, on signale la présence d’espèces exotiques telles que l’algue verte Caulerpa racemosa, une phanérogame Halophila stipulacea, ainsi que le crabe bleu Portunus segnis (sans oublier d’autres crabes à potentiel invasif signalés auparavant tels que Percnon gibbesi, Libinia dubia et Eucrates crenata, etc.) ou encore le bivalve Pinctada radiata. 

Environnement terrestre singulier : La biodiversité se distingue par son unicité. L’ile constitue un important site d’hivernage pour les oiseaux marins, limicoles et autres oiseaux d’eau. Il constitue également un important site de passage pour les passereaux lors des migrations automnale et printanière. La présence de herpétofaune et des mammifères terrestres reste faible. On signale pour l’herpétofaune la présence d’espèces remarquables à l’instar de Chalcides ocellatus, Acanthodactylus maculatus et Mesalina olivieri pour le groupe des reptiles, et de Jaculus orientalis et de Dipodillus zakariai (espèce endémique de la région) pour les mammifères.

Pressions


En dépit de leur isolement qui les prémunit en partie à  de forts impacts humains directs, les îles subissent diverses perturbations qui menacent l’intégrité et le fonctionnement de ces écosystèmes fragiles.

Partie terrestre : 

Les rivages de l’ile  montrent de nombreux indices d’érosion et les terres montrent des signes de salinisation.

-L’île  est  servie comme lieu de pâturage pour le petit élevage (en particulier ovin et caprin) pour la population locale de l’archipel. (APAL, 2001). Actuellement le couvert végétal souffre d’un surpâturage notamment sur les touffes de sparte Lygeumspartum. 

Le ramassage des œufs de perdrix gambra (Alectoris barbara) et l’abattage de tortues marines (Caretta caretta) sont les raisons majeures du déclin drastique de ces populations dans la région des Kerkennah. Selon Qninba&Ouni (2014), les oiseaux nicheurs dans cette ile  sont sujets à un braconnage et un pillage assez conséquent sur leurs nids. 

 

Partie marine :

Pêche et surexploitation : désertification en cours 

La pression sur les ressources s’amplifie de plus en plus, des pêcheurs utilisent des  chaluts souvent illicites et non réglementaires (Kiss, braconnage, chalutage non réglementé, etc.) Destruction des habitats marins liée au chalutage benthique 

Cette destruction intéresse notamment les habitats (prairies à posidonies, cymodocées, cystoseires, etc.

En plus de la présence de beaucoup de nasses perdues continuent à faire de la pêche passive et contribuent ainsi à impacter fortement les ressources halieutiques. (Ben Haj, 2018)

  • Pollution marine 

La pollution accidentelle est due à l’exploitation offshore des hydrocarbures.

Gestion & Conservation


Les actions sont aujourd’hui assurées par les associations locales ou par des bénévoles (actions de nettoyages, …)  aussi par des scientifiques pour faire des inventaires.

Des missions de naturalistes ont été faites en 2014 dans le cadre de l’initiative PIM qui a réalisé des inventaires de la flore et  faune terrestre, et de l’ herpétofaune.  

Un inventaire de la flore marine en 2015 était exécuté dans la cadre de l’étude écologique pour la création d’une Aire Marine Protégée dans la partie nord-est des Iles Kerkennah en Tunisie.

L’ile était l’un des iles nord de Kerkennah qui étaient dotée d’un plan  de gestion en 2018 (Ben HAJ ,2018)

 

Des mesures de conservation sont recommandées. 

  • Classement de l’ile en une réserve naturelle ou en zone de protection renforcée.
  • Réaliser la collecte et l’élimination régulière des macrodéchets.
  • Limiter les impacts du pâturage.
  • Gérer les végétaux exotiques envahissants et effectuer une veille écologique régulière.

 

Pour la concrétisation de l’aire marine protégée il est primordial de mettre  en place d’une unité de gestion.

[TITRE]


A ce jour, plusieurs activités ont été mises en œuvre sur la partie nord de l’archipel y compris l’ile Sefnou … principalement dédiées à l’amélioration des connaissances. Ces activités ont été menées par l’APAL et plusieurs partenaires nationaux et internationaux dont le CAR-ASP, le Conservatoire du littoral, l’INSTM, la DGPA, le CRDA-Sfax et la faculté des Sciences de Sfax.

En 2015 Une étude faite par l’APAL   qui  a permis de lancer un processus participatif et intégré autour de l’élaboration d’un  plan de gestion des ilots nord-est de kerkennah dont l’ile Sefnou .

Principales ressources bibliographiques


  1. APAL, 2001. Etude de gestion de la zone sensible littorale des îlots nord-est de Kerkennah. Phase 1. Caractérisation du milieu naturel. Rapport définitif. République tunisienne, Ministère de l’Environnement et de l’aménagement du territoire, Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (APAL), Tunis : 40 p.

  2. APAL 2002. Etude de gestion de la zone sensible littorale des îlots nord-est de Kerkennah. Phase 1 : Caractérisation du milieu naturel. Rapport définitif. 40 pp.

  3. CAR/ASP – PNUE/PAM, 2015. Etude écologique pour la création d’une Aire Marine Protégée dans la partie nord-est des Iles Kerkennah en Tunisie. Par Cyrine BOUAFIF and Habib LANGAR. Ed. CAR/ASP. Activité de duplication, Tunis. 61 pages

  4. Isenmann P., Gaultier T., El Hili A., Azafzaf H., Dlensi H. & Smart M.  2005. Oiseaux de Tunisie. Birds of Tunisia. SEOF, Paris, 432 pp.

  5. Louis A., 1961. Les îles Kerkena (Tunisie). Etude d’ethnographie tunisienne et de géographie humaine. I. « Les travaux ». Publications de l’Institut des belles lettres arabes, Tunis, 26 : 419 p.

  6. Médail F., Pasta S. & Chaieb M., 2015. Flore et végétation des îles et îlots satellites de l’archipel des Kerkennah (Tunisie orientale). Bilan de la biodiversité végétale terrestre, impacts environnementaux et recommandations de gestion. Note naturaliste PIM, Aix-en-Provence : 66 p.

  7. Nouira S. 2012. Biodiversité de la faune des vertébrés insulaires de la Tunisie. Proceeding 2nd Djerba International Mediterranean Environment Sustainability Conference. 22-25 Aprile 2012. Atti e Memorie dell’Ente Fauna Siciliana. Vol. XI, pp : 11-21. 

  8. SPA/RAC–ONU Environnement/PAM, 2018. Plan de gestion de la partie marine et côtière des îlots nord de l’archipel de Kerkennah. Par Thétis Conseil. Ed SPA/RAC – Projet MedMPA Network, Tunis:84 pages

  9. Slim H., Trousset P., Paskoff R. & Oueslati A., 2004. Le littoral de la Tunisie. Étude géoarchéologique et historique.CNRS Editions, Paris : 308 p.

  10. QNINBA A. & OUNI R. 2014. Les oiseaux nicheurs sur les îles et îlots nord-est de l’archipel de Kerkennah, Tunisie. Initiative PIM. CdL (France)-APAL (Tunisie). 24 pp.

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Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Kneiss

Sous-bassin : TUNISIE EST

Grande Kneiss

Contributeurs :

Vincent Rivière, Sami Ben Haj, Moez Shaiek

Date de création : Avril 2021

 

Pour citer cette version : RIVIERE , V., BEN HAJ, S., SHAIEK, M. (2021). Fiche île : Grande Kneiss – Sous-bassin : Tunisie Est. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/grande-kneiss/

Commune Sfax
Archipel Archipel des îles Kneiss
Surface (ha) 436.24
Linéaire côtier (mètre) 11087
Distance à la côte (Mile nautique) 1.67
Altitude max (mètre) 7
Coordonnée géographiques Latitude 34,366390228271
Longitude 10,314444541931
Propriété foncière Publique 100% Etat – Domaine public maritime
Gestionnaire(s) Unité de cogestion : 

Direction Générale des Forêts (Ministère de l’Agriculture)/APAL (ministère de l’environnement) / ACG (Association of Continuity of Generation)

Statut de protection national Réserve naturelle (TN), 1993, Terre et Mer

Zone humide d’Importance nationale (TN), 1993, Terre et Mer

international Zone humide d’importance internationale (RAMSAR), 2007, Terre et Mer

Description générale


Localisées sur la côte de Tunisie sud-orientale, dans le Golfe de Gabès et au large de la localité d’El Hchichina, les îles Kneiss se situent dans la délégation de Ghraïba du gouvernorat de Sfax (65 km au sud de la ville). L’archipel émerge faiblement au-dessus du niveau de la mer, entouré d’un système de marais littoraux englobant l’ensemble des îles et contribuant également à leur protection contre la houle et l’érosion marine. Cette barrière naturelle a d’ailleurs valu à l’archipel le nom de Surkenis, ou mur des Kneiss. Située à plus d’un mile et demi de la côte, El Bessila, ou Grande Kneiss, est l’île principale de l’archipel. D’une surface émergée de 436 ha, cette île plane et sableuse culmine à 7 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle s’étend sur un ensemble de haut-fonds sablo-vaseux de 5 850 ha, au sein desquels émergent 4 autres îlots d’une surface très modeste, El Hajar, El Laboua, El Garbia Nord et Sud. Le marnage important du secteur atteignant 2 mètres lors des plus fortes marées (Hattour et al., 2010), l’accès aux îles devient particulièrement délicat à marée basse, et contraint les navigateurs à une parfaite connaissance des chenaux (oueds) traversant les hauts-fonds. Sur le plan géologique et pédologique, l’île principale et les îlots sont formés de grès marin typique de la formation Rjiche attribuée à l’Eutyrrhénien (environ 120 000 ans B.P.), épisode transgressif du dernier interglaciaire au cours duquel le niveau de la mer était supérieur à l’actuel d’une dizaine de mètres (Gueddari & Oueslati, 2002). Le sol est marneux, fortement hydro-halomorphe et limo-sableux sur les points surélevés de l’ile de Bessila notamment. L’île est globalement constituée : – D’une zone fortement soumise à la marée, constituée d’une slikke et d’un schorre buissonnant, traversée par des chenaux de marée ; – D’une zone fortement halophile rarement submergée constituée de successions de sebkhas et chotts, caractérisés par une végétation buissonnante à Arthrocnemum, Sarcrocornia sur fonds limono-vaseux, – De plateaux éoliens de très faibles altitudes (7 mètres au maximum) dans la partie est de l’île, constitués d’une végétation steppique à buissons ponctuels plus clairsemée à Lygeum et Stipa sur sol sableux. On rencontre entre ces deux dernières formations des dunes éoliennes et sebkhas, dont on suppose au regard de la nature des déchets déposés, une submersion lors d’épisodes de très fortes marées. La zone intertidale des îles Kneïss apparait sous forme d’un large platier marin tapissé par les phanérogames (telles que les Cymodocées et les Zostères), parcouru par d’innombrables chenaux qui remontent jusqu’au niveau du continent. Les prospections menées en 1992 et en 1999 par Ben Mustapha et al., décrivaient l’herbier de posidonie dans la région des îles Kneïss comme étant un herbier en très bon état avec présence de nombreux récifs barrières. L’île n’est pas aménagée pour l’accueil touristique, et les usages, peu nombreux sur l’île, se limitent à la pêche et l’élevage ovins. L’île n’accueille aucune habitation permanente, mais des campements de pêcheurs quasi-permanents (10 mois par an) sont installés au nord de l’île, malgré l’absence de ressource en eau. Outre ces populations résidentes, des groupes de femmes pratiquant la pêche à pied sont débarqués chaque jour, et fouillent méticuleusement la vase à la recherche de bivalves (Palourdes, Clovisses…), soulignant l’importante ressource conchylicole de la vasière et le revenu que son exploitation représente pour les familles habitant les villages côtiers. Les déchets plastiques notamment, apportés par la marée ou laissés par les résidents, parsèment l’ensemble de l’île.

Connaissances


Les informations disponibles sur l’occupation humaine ancienne des îles Kneiss sont assez hétérogènes et concernent surtout, a priori de manière assez paradoxale, les plus petites entités insulaires. En effet, la Grande Kneiss (El Bessila) ne semble avoir été occupée que de façon très sporadique, et bien peu de vestiges ont été jusqu’alors signalés.

Durant l’Antiquité classique, l’archipel des îles Kneiss est uniquement mentionné dans le périple grec du pseudo-Scylax, document anonyme daté du IVe ou IIIe siècle avant notre ère. Ce portulan souligne le caractère « d’île déserte », mais sans que le nom de ces lambeaux de terre ne soit parvenu jusqu’à nos jours.

Le nom collectif d’îles Kneiss (pluriel de Knissa signifiant église en arabe) tire son origine de la présence d’un édifice religieux chrétien dont la fondation remonte à l’Antiquité tardive (Trousset et al, 1992 ; Trousset, 2008). Le monastère, dont seules quelques traces sont encore visibles aujourd’hui, aurait servi de retraite à Saint Fulgence de Ruspe au VIè siècle (voir encadré).

 

Il existe en outre sur El Bessila des vestiges d’une citerne antique, au sud-est de l’île, entourée de débris d’amphores datant du Vè – Viè siècles).

En 1587, le recueil Costa e discorsi di Barbaria de F. Lanfreducci et J.O. Bosio, de l’Ordre de Malte, mentionne les îles Kneiss sous le terme de Friscioli : « les Friscioli, dans les bancs, à vingt-cinq milles de Tarf el-Ma, constituent un bon ancrage parce qu’il y a partout des bas fonds« .

Sur les cartes marines de la Renaissance et un portulan du Moyen Âge, l’île principale était en effet nommée Frixols, Frissols ou Frexolis.  Sur plusieurs cartes marines des XIXe et XXe siècles, l’ensemble formé par les bancs et les îlots est désigné par l’appellation traditionnelle arabe de Surkenis qui signifie le « mur » ou la « clôture » des Kneiss. L’île Kneiss est ainsi encore appelée Surkenis dans la carte anglaise de Smyth, Elson et Slatyer et dans la carte au 1 : 35 000 datant de 1960 élaborée par le Service hydrographique de la marine (SHOM).

 

Sur le plan biologique, le premier inventaire de la flore vasculaire a été réalisé en 2003 par M. Chaïeb, faisant suite à un inventaire détaillé des diptères (par Cassar en 2002), puis à un inventaire des reptiles et les scorpions  étudiés en 2004 par S. Nouira. L’avifaune reste de loin le compartiment biologique terrestre le plus étudié. Les oiseaux hivernants font l’objet de suivis réguliers depuis 1995 par l’Arrondissement des Forêts de Sfax. Sur la base de ces inventaires, une mission organisée en avril 2015 par l’initiative PIM a pu permettre aux experts mobilisés de comparer ces résultats.

La biodiversité marine est en parallèle bien connue. Les premières description des zones intertidales des Kneiss sont livrées par Seurat en 1929 et 1934 (in Bouain et al., 2004) qui décrivait cette zone comme étant caractérisée par du sable vaseux mou enlisant tapissé de végétaux généralement découvert à marée basse de vive eau. Cet auteur livrait également un descriptif précis des diverses espèces de mollusques exploitant ces habitats littoraux. La zone intertidale a continué de bénéficier de campagnes d’évaluations complémentaires en 1992 et 1999, puis en 2004.  Ces récentes prospections ont permis de mettre en évidence la présence d’herbiers de Zostères, jusqu’à lors non documentée sur les îles Kneiss (Bouain et al., 2004).

Intérêts


Il est rapidement apparu que l’archipel des îles Kneiss et son complexe de zones humides était d’importance internationale pour la conservation des oiseaux d’eaux. Les îles Kneiss sont décrites comme l’une des principales zones d’hivernage des limicoles en Méditerranée. Birdlife International relate plus de 330 000 oiseaux d’eau hivernants. Le site est le plus important de la région eurafricaine pour l’hivernage du bécasseau variable (Calidris alpina), avec une estimation de 125 000 individus.

Plusieurs espèces menacées sont également recensées, parmi lesquelles peuvent être citées : la Grande Aigrette (Egretta alba), le Flamand rose (Phoenicopterus roseus), la Spatule blanche, (Platalea leucorodia) et le Goeland railleur (Larus genei).

Des effectifs importants de limicoles nichent également sur l’île et ses abords : le Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus), l´Avocette élégante (Recurvirostra avosetta), l´Echasse blanche (Himantopus himantopus) et le Chevalier gambette (Tringa totanus). Une autre spécificité remarquable des espèces nicheuses est celle de l’aigrette garzette (Egretta garzetta), qui niche sur le sol uniquement aux Kneïss, au contraire des autres sites connus.

Cette richesse avifaunistique ne peut être dissociée de la forte productivité du milieu intertidal entourant les îles : l’étendue des zones vaso-limoneuse ainsi que l’abondance et le recouvrement des herbiers font de cet espace une zone de ressource essentielle à ces populations. Par ailleurs, outre l’intérêt ornithologique qu’entraine cette productivité, cette dernière bénéficie largement aux populations humaines littorales, exploitant largement ces ressources halieutiques et conchylicoles.

Toutefois, cette richesse avifaunistique contraste avec la faible diversité herpétologique et floristique. En effet, sur le plan herpétologique, en l’état actuel des connaissances, le cortège est limité à 4 espèces (1 gekkonidé, 1 scincidé, 1 lacertidé et 1 ophidien). La faible diversité d’habitat et l’absence de source d’eau douce sont certainement les principaux paramètres expliquant cette faible diversité. Les inventaires floristiques dressent un constat similaire. Seuls 74 taxons ont été retrouvés en 2015. Outre les pressions qui s’exercent sur le site et les éventuelles erreurs de déterminations, les botanistes expliquent cette faible diversité par la monotonie du modelé topographique de l’île qui ne permet pas la présence d’habitats variés ; l’altitude très faible et la grande extension des sansouires et sebkas limitent la diversité des niches écologiques potentielles et donc l’expression d’un contingent floristique varié. La flore liée aux pelouses xérophiles rocailleuses, aux habitats rupicoles ou aux zones humides d’eau douce est ainsi totalement absente.

A titre plus anecdotique, notons que l’inventaire mené sur les diptères en 2004 a permis de mettre en évidence la présence de 4 espèces endémiques tunisiennes, dont 7 signalées pour la première fois en Tunisie et 3 nouvelles pour la science. Cependant, ce dernier groupe faisant l’objet de très rares inventaires, la mise en perspective biogéographique de ces résultats doit être limitée.

Globalement, ces éléments concourent à une mise en valeur écotouristique du site, dont le potentiel est aujourd’hui largement sous exploité.

Pressions


Les études menées sur le site mettent en évidence (APAL, 2008) :

–          une production halieutique  en forte baisse en raison d´interférences avec des méthodes plus destructrices comme le chalutage dans des zones interdites très proches de la côte. Cette baisse indique une perturbation profonde des écosystèmes et des chaînes de production qu´ils supportent, notamment les herbiers de phanérogames (Posidonies et Zostères).

–          L´accroissement de l´industrialisation le long du littoral au sud du complexe des Kneïss, et de ce fait de la pollution, ont un impact négatif certain sur les ressources marines de la région.

 

Par ailleurs, on peut supposer que la présence des troupeaux d’ovins non gardés entraîne une perturbation des oiseaux nicheurs sur la zone émergée, tandis que les limicoles nicheurs et hivernants sont dérangés par l’intense activité de pêche, se traduisant par un dérangement le long de l’estran et une baisse de la ressource halieutique. Ces facteurs pourraient entraîner à terme une baisse de la richesse avifaunistique, tandis que les effectifs de Goélands leucophée, Larus michaehellis, sont en augmentation. La gestion de ces populations est d’ores et déjà envisagée dans les éléments de synthèse préalable au plan de gestion rédigé par l’APAL en 2008. Enfin, la collecte d’œufs par les populations de pêcheurs est un dernier aspect dont l’impact n’est pas évalué sur les populations d’oiseaux.

 

Sur le plan floristique, la comparaison des inventaires menés en 2015 et 2003 met en évidence un profond turn-over floristique. En effet, 50 taxons (espèces et sous-espèces) parmi les 89 recensés sur la totalité de l’île par Chaieb (2003) n’ont pas été revus en 2015, tandis que 35 taxons recensés en avril 2015 n’avaient pas été inventoriés par M. Chaieb. Au final, seulement 39 taxons sont communs aux deux inventaires, soit seulement 31 % de la flore totale de l’île. Les auteurs soulignent l’impact humain accru (campements semi-permanents) ajouté au pastoralisme qui a probablement engendré une modification de la structure de certaines communautés végétales, et de leur composition floristique. D’autre part, ils identifient la submersion sous l’effet de la marée et l’accroissement des zones de sansouires constaté durant cette dernière décennie, comme facteur ayant engendré aussi la raréfaction de plusieurs taxons, sans bien entendu oublier l’effet des épisodes de sécheresse qui s’intensifient en Tunisie méridionale durant ces dernières années. Enfin, ils identifient également l’impact potentiel des populations de Goéland leucophée sur ce turn-over floristique.

 

En synthèse, on observe que l’île El Bessila, est soumise à deux principales sources de pressions dont l’impact est identifié aujourd’hui, et dont les conséquences devraient s’accroître à court terme :

–          Un impact lié aux activités humaines, malgré le statut d’espace protégé à l’échelle nationale et internationale, dont la présence quasi permanente entraine une probable surexploitation des ressources, une perturbation et une modification des cortèges biologiques encore présents ;

–          Une forte vulnérabilité liée aux changements climatiques, et notamment à la remontée du niveau marin, dont le chapelet d’îles au sud d’El Bessila (vestige d’une île plus importante aujourd’hui érodée et submergée) illustre parfaitement les conséquences.

Gestion & Conservation


L’île d’El Bessila, à l’instar de l’ensemble des îles de l’archipel des Kneiss, bénéficie du statut de réserve naturelle depuis 1993, intégrant les surfaces émergées et les haut-fonds environnants, sur une surface globale de 5 850 ha. Sa gestion est la responsabilité de la Direction Générale des Forêts, dépendant du ministère de l’Agriculture et du Développement Rural. La surveillance et la communication envers le public sont effectuées depuis le local d’El Kaouala. Cependant, le gestionnaire ne dispose pas de moyen de surveillance nautique.

La richesse biologique marine et terrestre du site a été reconnue à l’échelle internationale, se traduisant par un classement en tant qu’ASPIM (Aire Spécialement Protégée d’Importance Méditerranéenne) en 2001, puis son inscription en tant que zone humide d’importance internationale sous la convention de Ramsar en 2007, notamment du fait de la richesse ornithologique qu’il accueille. Par l’agrégation de ces différents statuts, la surface protégée est aujourd’hui de 22 027 ha, intégrant l’ensemble du complexe de zones humides, insulaires et littorales, et engageant le site dans un processus de gestion intégrée, la GIZC (Gestion Intégrée des Zones Côtières).

Toutefois, compte tenu des contraintes d’accès et logistique, le site ne bénéficie pas d’une surveillance permettant de faire respecter la réglementation. Ainsi, les activités illégales de pêches, telle que la pratique du Kys, sont encore pratiquées. De plus, malgré ces différents statuts de protection, il faut attendre 2008 pour que l’APAL (Agence d’Aménagement et de Protection du Littoral), produise le premier plan de gestion du site.

Ce plan de gestion dresse un programme de mise en œuvre d’actions de priorité hierarchisée. Ces actions concernent la gouvernance du site, la constitution de l’unité de gestion, le zonage spécifique et l’application de la réglementation, les suivis et amélioration des connaissances, et le développement des activités écotouristiques impliquant les populations locales.

Ce plan de gestion et les actions s’appuient sur un diagnostic solide de l’existant. Les actions proposées sont cohérentes avec les expertises réalisées lors des missions scientifiques organisées dans le cadre de l’initiative PIM, même si certains ajustements pourraient être envisagés à la lumière des expertises complémentaires réalisées. Des actions sur la gestion des espèces invasives n’ont pas été identifiées pour exemple.

Au regard de la vulnérabilité de l’archipel des îles Kneiss, et a fortiori d’El Bessila, concentrant la majorité des enjeux terrestres, la priorité des actions à mener est la mise en œuvre du plan de gestion.

Principales ressources bibliographiques


  1. APAL, 2008. Elaboration d’un plan de gestion des îles Kneiss et préparation de sa mise en oeuvre ; rapport définitif de première phase ; Bilan socio-économique et environnemental. République tunisienne, Ministère de l’environnement et du développement durable. 116 p.
  2. Bouain A., Bradai M.N. et Hamza A., 2004 – Caractéristiques de l’environnement marin des îles Kneïss, Bionomie et richesses halieutiques- Projet de préservation de la biodiversité dans la Réserve Naturelle des Iles Kneïss Projet de micro financement/TUN / 98 / G 52 / 13.
  3. Chaieb M., 2003 – Caractéristiques floristiques des Iles Kneïss – Projet de préservation de la biodiversité dans la Réserve Naturelle des Iles Kneïss Projet de micro financement/TUN / 98 / G 52 / 13.
  4. Chaker K., 2004 – Etat de la biodiversité avifaune des Iles Kneïss – Projet de préservation de la biodiversité dans la Réserve Naturelle des Iles Kneïss Projet de micro financement/TUN / 98 / G 52 / 13.
  5. Gueddari M. & A. Oueslati, 2002. Le site de Kneiss, Tunisie : Géomorphologie et aptitudes à l’aménagement. In : Recherche de base pour une gestion durable des écosystèmes sensibles côtiers de la Méditerranée. Felicita Scapini (ed.) and the partners of the MECO Project. IAO. 63 – 71.
  6. Hattour M. J., Sammari C., Ben Nassrallah S., 2010. Hydrodynamique du golfe de Gabès déduite à partir des observations de courants et de niveaux. Revue Paralia, Volume 3 (2010) pp 3.1-3.12
  7. Médail F., Charrier L., Charrier M., Doxa A., Pasta S. & Chaïeb M., 2015.Vulnérabilité de la biodiversité végétale face à l’élévation du niveau marin : le cas des petites îles et îlots de Tunisie orientale. In : Beltrando G., Dahech S., Daoud A. & Etienne L. (eds.), Vulnérabilité des littoraux méditerranéens face aux changements environnementaux contemporains. Actes du symposium international, Kerkennah (Tunisie) du 20 au 24 octobre 2015, Sfax : pp. 227-236.
  8. Médail F., Charrier M., Charrier L. & Chaieb M., 2016. Flore et végétation des îles Kneiss (Tunisie sudorientale). Bilan de la biodiversité végétale terrestre, impacts environnementaux et recommandations de gestion. Note naturaliste PIM, Aix-en-Provence : 49 p.
  9. RIVIERE V., LO CASCIO P., 2016. Inventaire herpétologique des îlots satellites de Djerba et de l’archipel des îles Kneiss ; Tunisie ; Compte-rendu de prospections ; préconisations de gestion. Version définitive du 06/06/2016. Initiative PIM, 32 p.
  10. Trousset P., 2008. Kneiss (îles). In : Encyclopédie berbère, vol. 28-29 (Kirtēsii – Lutte). Edisud, Aix-en-Provence : pp. 4251-4254. URL : http://encyclopedieberbere.revues.org/99
  11. Trousset P., Slim H., Paskoff R. & Oueslati A., 1992. Les îles Kneiss et le monastère de Fulgence de Ruspe. Antiquités africaines, 28, 223-247.
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Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Kuriat

Sous-bassin : TUNISIE EST

Petite Kuriat

Contributeurs :

Sabri JAZIRI ; Sami BEN HAJ

Date de création : 14 Décembre 2021

 

Pour citer cette version : JAZIRI , S., BEN HAJ, S. (2021). Fiche île : Petite Kuriat – Sous-bassin : Tunisie Est. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/petite-kuriat/

petite-kuriat-carte
petite-kuriat-generale
Commune Monastir
Archipel Kuriat
Surface (ha) 49.6
Linéaire côtier (mètre) 4000
Distance à la côte (Mile nautique) 7.1
Altitude max (mètre) 4
Coordonnée géographiques Latitude 35.76750183
Longitude 11.00833321
Propriété foncière Etat – Domaine public maritime (100%)
Gestionnaire(s) Unité de co-gestion : APAL (Agence de protection et d’aménagement du littoral) / NGB (Notre Grand Bleu)
Statut de protection national  
international

Description générale


La petite Kuriat fait partie de l’archipel des îles Kuriat, composé principalement des deux îles, la grande île Qûriya el Kbira et la petite île Qûriya es Sghira  « Conigliera ». La petite Kuriat est située à 35°46’05.77’’ de latitude Nord et à 11°00’22.24’’ de longitude Est à une distance de 15 à l’Est du Cap Monastir. Cet îlot fait 49.6 ha de superficie et 4 km de linéaire côtier, elle est située à une distance de 2,5 km au Sud-ouest de la grande île. La petite Kuriat est de forme quasi-triangulaire qui se caractérise par un relief bas et un couvert végétal dominé par les halophytes. Les côtes sablonneuses de la petite Kuriat s’étale principalement sur les côtes Est et Sud-Est de l’île, le reste des côtes sont soit rocheuses ou marécageuses. Le trait de côte est soumis à une dynamique sédimentaire qui rend visible la constitution et de disparition de flèches sableuses, notamment sur la côte situées sous le vent des vents dominants de nord-ouest. L’importance de l’archipel pour la navigation et la pêche a été mise en évidence depuis les anciens temps. En effet, plusieurs vestiges découverts sur l’île témoignent d’une occupation ancienne, à l’égard des installations de séchage du poisson et des cuves de salaisons qui remontent à l’époque Romaine. On rencontrera également les anciennes infrastructures d’une madrague témoignant d’une pêche prospère jusqu’à la première moitié du XXe siècle.

Connaissances


Vestiges des bâtiments de l’ancienne madrague (A. Abiadn, 2015)

Comme tous les îles et îlots en Tunisie, les prospections naturalistes sont relativement récentes. 

En effet, la première mission de terrain sur l’inventaire aranéologique a été conduite en 2014 sur l’archipel Kuriat dans le cadre des missions PIM. Ces prospections ont permis d’identifier 37 espèces d’arachnide sur l’archipel, les familles d’araignées les plus répandues sont les Araneidae, Gnaphosidae, Salticidae et Theridiidae. Lors de cette mission, on signale la présence de 24 espèces sur la petite Kuriat ( Argiope trifasciata, Argiope trifasciata, Larinioides cornutus et Loxosceles rufescens).

En ce qui concerne la description de la flore terrestre, les principales missions ont été conduites entre 2014 et 2015 dans le cadre de l’initiative des petites îles de Méditerranée (PIM) sur l’archipel. De point de vue descriptif, les plages sablonneuses sont pauvres en espèces édificatrices (seule la présence de Elytrigia juncea a été signalée). Dans les sansouïres, on note la présence de Cynomorio coccinei-Halimionetum portulacoidis sur le fond des sebkhas ainsi que des groupements de Halocnemum cruciatum ou de Arthrocaulon meridionale sur leurs bordures supérieures ; ailleurs, Arthrocaulon participe à une formation mixte avec Sarcocornia perennis et Sarcocornia fruticosa. Les effectifs de goélands qui ne cessent de proliférer d’une année à une autre impact directement les formations de Saginetea, on assiste à la prolifération d’espèces rudérales et nitrophiles opportunistes des Stellarietea mediae.

En ce qui concerne le suivi de la tortue caouanne, les prospections conduites en 1988 par Luc Laurent sur l’archipel, ont mis en évidence la nidification de la tortue caouanne Caretta caretta. Depuis 1990, des missions de terrain ont été réalisé par l’INSTM en collaboration avec l’APAL et le SPA/RAC pour le suivi de cette espèce, et ont montré que la tortue caouanne (Caretta caretta) est la seule espèce qui nidifie régulièrement sur les plages des îles Kuriat, qui sont principalement sablonneuse s’étalant de l’est au sud-est de l’île et ce qui reste des plages sont soit marécageuses ou bien rocheuses. Sur la petite Kuriat, les nids sont déposés généralement sur la plage Est où sont installées toutes les bases de tous les opérateurs touristiques ce qui augmente les risques de perte et de perturbation. En 2019, on a enregistré un total de 16 nids sur la petite île qui est plus important que la moyenne des nids déposés depuis 1993.

Les connaissances relatives à l’avifaune dans la petite Kuriat remonté en 1963 suite aux observations faites par M Smart et depuis 2014 des missions de terrain sont organisées par l’AAO/Birdlife en partenariat avec les PIM et l’APAL. Aux alentours de 99 espèces appartenant à 35 familles différentes ont été dénombrées dans l’archipel des îles Kuriat. Sur la petite Kuriat on signale la présence d’essentiellement : la Caille des blés (Coturnix coturnix), Canard souchet (Spatula clypeata), le Canard pilet (Anas acuta), le Martinet pâle (Apus pallidus), le Coucou geai (Clamator glandarius), la Tourterelle des bois (Streptopelia turtur), la Tourterelle maillée (Spilopelia senegalensis), la Grèbe huppé (Podiceps cristatus), la Grèbe à cou noir (Podiceps nigricollis), le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola), le Grand Gravelot (Charadrius hiaticula), le Goéland railleur (Chroicocephalus genei), la 

Mouette mélanocéphale (Larus melanocephalus), le Goéland leucophée (Larus michahellis) dont les effectifs ne cessent d’augmenter ces dernières années pour atteindre 6750 individus en 2019 sur la petite île. La présence importante d’oiseaux terrestres, surtout au printemps, vient confirmer l’utilisation des îles Kuriat comme site de passage et d’escale par de nombreuses espèces durant les migrations.

Les connaissances relatives aux habitats marins dans l’archipel ont été conduites suite aux expertises chapoté par le SPA/RAC et l’APAL (2008, 2010 et 2011), qui ont pu mettre en évidence une multitude d’espèces et d’habitats marins d’intérêt majeur pour la conservation.

– Les faciès à herbier de Posidonies, qui peuvent être différenciés en (Herbier à Posidonies sur roche ; herbier à Posidonies sur sable ; Matte morte de Posidonies) (Posidonia oceanica est inscrite dans l’annexe II de la convention de barcelone et l’annexe I de la convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe (Convention de Berne))

– Les récifs barrières de posidonies ;

– Bancs de sable

– Herbier à Cymodocées

– Fonds à macroalgues photophiles

– Fond de maërl

Les connaissances relatives à l’activité de la pêche dans les îles Kuriat sont très anciennes (De Fages e. et Ponzevera C. 1903). Actuellement, plusieurs actions de suivi de la part de l’équipe de cogestion de l’AMCP Kuriat sont menées (SPA/RAC, 2018, 2019, 2021) pour la gestion de l’activité de pêche dans la zone. D’après le dernier diagnostic sur l’activité de pêche au tour de l’AMCP kuriat (SPA/RAC, 2021) plusieurs activités de pêche illicite sont identifiées dans la zone particulièrement, le chalutage, El Derra, Kiss cherkaou (pour la pêche de l’athérine), les nasses en plastiques, la pêche sous-marine anarchique surtout en apnée autour de la grande Kuriat qui est très fréquente et cible le poulpe et le mérou.

Les efforts de conservation de la caouanne Caretta caretta face à la fréquentation estivale :


La fréquentation des bateliers touristiques ne concerne que la petite Kuriat, puisque la grande Kuriat n’est pas accessible au grand public. La fréquentation des visiteurs se concentre sur la côte Est et sud-ouest de l’île « zone Kairouana » sur un linéaire côtier de 1400m. En 2019 on a enregistré à peu près 16 814 visiteurs, avec 15734 arrivants sur des embarcations touristiques, et on estime que la moyenne des visiteurs est de 330 par jour pour le mois d’Aout. 

Cette fréquentation des estivants et bateliers coïncide avec la période de pente de la tortue caouanne Caretta caretta sur la petite Kuriat qui est une qui nidifie sur les plages de la petite île principalement entre Juin et Aout.

La ponte et l’émergence des nouveau-nés commence au mois d’Août et s’étend jusqu’à Octobre. La caouanne est « En Danger » en vertu du classement de la Liste Rouge des Espèces Menacées de l’UICN. Sur le plan national, sa protection est assurée par la promulgation de la loi n° 94-13 du 31 juillet 1994 du Ministère de l’Agriculture et son décret d’application du 28 septembre 1995 qui organise les activités de pêche et le décret annuel du Ministère de l’Agriculture organisant la chasse. Ces textes législatifs interdisent la capture, le colportage et le commerce des tortues marines. 

 

Dans le but de protéger cette espèce et son habitat, l’équipe de cogestion APAL/NGB ne cessent d’entreprendre des campagnes de sensibilisation des visiteurs présents sur l’île, dans les ports de pêche.  Plusieurs campagnes d’éducation environnementale ont été conduites dans ce sens pour les écoliers de la région.

 

Avec cet effort de sensibilisation, s’ajoute l’effort de signalisation. En effet, des signalétiques indiquant la présence des nids ont été installées sur la plage, pour éviter la perturbation de ces nids.

 

Une canalisation de la fréquentation sera nécessaire sur la petite île. Cette approche ne sera que bénéfique pour la préservation des habitats cette espèce. Sans pour autant oublier l’activité de pêche au tour de l’île, qui est intense. Les filets de pêche posés près des côtes peuvent gêner les femelles nicheuses ainsi que les nouveau-nés, qui peuvent finir émaillés dans ces filets après leur émergence. Ce qui nécessite un suivi plus rapproché de l’activité de pêche de la part de l’équipe de cogestion durant toute cette période.

Intérêts


Pancratium maritimum caractéristique des plages sableuses au niveau du campement (S. Ben Haj, 2015)

La petite île présente un intérêt considérable pour la conservation sur tous les plans.

Sur le plan faunistique, plusieurs espèces recensées dans l’île figurent dans la liste des espèces menacées ou en danger (Annexe II du protocole ASP/DB), notamment la tortue caouanne où la nidification dans le site est très ancienne décrite pour la première fois en 1988. La posidonie (Posidonia oceanica) qui est une espèce emblématique de la méditerranée.

Pour l’avifaune marine et terrestre, la petite île est considérée comme un site de passage pour plusieurs espèces d’oiseaux marins et terrestres durant la période de migration.

L’archipel d’une manière générale est reconnu comme une zone clé pour la Biodiversité. Il est considéré comme un site d’hivernage et de nidification pour plusieurs espèces d’intérêt pour la conservation. Le couvert végétal terrestre est caractéristique des avants-plages et des zones humides situées à l’intérieur de l’île.

Pour les écosystèmes marins, il existe une multitude d’espèces et d’habitats qui ont un d’intérêt majeur pour la conservation. Notamment, les faciès à herbier de Posidonies, qui peuvent être différenciés en (Herbier à Posidonies sur roche ; herbier à Posidonies sur sable ; Matte morte de Posidonies), les récifs barrières de posidonies, les herbiers à Cymodocées, les fonds à macroalgues photophiles et les fond de maërl.

Pressions


Amoncellement de déchets dans la nature (A. Abiadh, 2015)

L’AMCP Kuriat subit plusieurs formes de pressions qui sont la cause de la détérioration de la faune et la flore. Sur la petite Kuriat, on peut citer principalement :

La présence du rat noir Rattus rattus qui constituait une menace pour les espèces en danger notamment pour la tortue caouanne, les œufs des oiseaux et les poussins. Cette espèce a été éliminée suite à la campagne menée en 2015, la première en son genre sur une île aussi grande et qui a conduit à une éradication de ce prédateur des deux îles.

La fréquentation humaine : qui doit être bien gérer pour ne pas mettre en entrave les efforts de conservation. Le campement installé au sud  de l’archipel entraîne un amoncellement de déchets, des perturbations sonores et par le mouvement même des visiteurs. L’enlèvement systématique des banquettes de posidonies (protectrices contre l’érosion) favorise l’érosion d’une île très vulnérable. L’activité pêche autour de l’archipel est intense. Cette activité peut impacter les femelles des tortues caouanne lors de leurs déplacements vers la plage ou bien pour les nouveau-nés qui peuvent finir émaillés dans les filets après leur émergence. 

Plusieurs techniques de pêche prohibées sont utilisées aux alentours de l’archipel, qui nécessite une interdiction totale, vu que ces pratiques notamment El Derra, les nasses en plastiques et les arts traînants dans les faibles profondeurs sont dangereuses pour l’écosystème marin.

Gestion & Conservation


Réflexion autour du plan de gestion participatif de 2015 (S.Ben Haj, 2015)

A ce jour, les îles Kuriat ne disposent pas d’un statut particulier de protection, l’accès y est néanmoins limité. Toutefois des camps sont aménagés sur la côte sud et sud-ouest, ces camps destinés aux estivants transportés par des bateliers depuis la côte. La petite Kuriat n’est pas protégée aussi bien que la grande Kuriat qui est zone militaire.  

La petite Kuriat comme la grande Kuriat a fait l’objet de nombreuses actions : jusqu’à 2015 des inventaires sous-marins ont été engagés par l’APAL, l’INSTM et le CAR/ASP, d’autre part la caouanne a fait l’objet d’un suivi annuel régulier par l’INSTM.

Depuis 2015, les actions de conservation et de mise en valeur se sont multipliées : inventaires terrestres, campagne de dératisation, de cabanes d’accueil et de sensibilisation… ainsi que la sensibilisation et l’éducation environnementale toutes ces actions ont été menées par le tandem Notre Grand Bleu et APAL, avec l’appui du CAR/ASP, du CEPF, du Conservatoire du littoral et des PIM ainsi que de nombreux autres experts et bénévoles. 

Dès l’achèvement du plan de gestion, en 2015, les actions se sont poursuivies de plus belle : aménagements de sentiers sous-marins, de sentiers, comptage de poissons,, poursuite des inventaires, outre les actions de routine programmées dans le plan de gestion.

Pour la concrétisation des différentes actions prévues dans le plan de gestion, l’APAL a adopté une approche participative basée sur le principe de cogestion. De ce fait, une équipe de cogestion est présente sur la petite Kuriat qui assure les activités de suivi et mise en œuvre le plan de gestion de l’AMCP depuis 2015 dans le cadre d’une convention de partenariat tripartite entre l’APAL, l’association Notre Grand Bleu et le The Medfund.

Actuellement, l’enquête publique est achevée à l’échelle nationale pour aboutir à la création de l’aire protégée de l’archipel de Kuriat à travers un décret de création.

Principales ressources bibliographiques


  1. SPA/RAC– ONU Environnement/PAM, APAL, NGB, 2019. Suivi de la nidification de la tortue marine Caretta caretta sur les îles Kuriat. Par Imed Jribi et Mohamed Nejmeddine Bradai. Ed SPA/RAC – Projet Kuriat, Tunis : 27 pages.
  2. SPA/RAC– ONU Environnement/PAM, 2021. Cartographie des habitats marins clés et évaluation de leur vulnérabilité aux activités de pêche dans l’AMCP des îles Kuriat – Tunisie. CAR/ASP – Projet MedKeyHabitats II n° 7/2018_RAC SPA, Tunis, 179 pages.
  3. DIMASSI Najet, SAYADI Mohamed Amine, JRIJER Jamel, 2015. Inventaire Aranéologique de l’Archipel des îles Kuriat. Note naturaliste Initiative PIM. 12 pages.
  4. Hichem AZAFZAF, Yves KAYSER, Claudia FELTRUP-AZAFZAF, Sami REBAH, Naoufel HAMMOUDA, Hedi AISSA, Hammed MALLAT, Samar KILANI, Ahmed ZADEM, Sahbi DOREI, Amel MECHEMECH et Jamel JRIJIR. 2020. Go-South Bull., 17, 140-155.
  5. DE FAGES E. ET PONZEVERA C. 1903, Les pêches maritimes de la Tunisie, Tunis, Editions Bouslama, 181p.
  6. PNUE-PAM-CAR/ASP, 2021. Élaboration de Stratégie de surveillance pour atténuer les activités de pêche illégale sur les habitats marins sensibles à l’AMCP Kuriat. Par Jaziri Sabri et Ben Haj Sami., Ed. CAR/ASP – Projet NTZ/MPA, Tunis, 95 pages (en cours de publication).
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Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
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ILES

Cluster : Kuriat

Sous-bassin : TUNISIE EST

Grande Kuriat

Contributeurs :

Sabri JAZIRI (Thétis conseil- Cabinet Sami Ben Haj Etudes et Conseil en Environnement)

Date de création : 14 Décembre 2021

 

Pour citer cette version : JAZIRI , S. (2021). Fiche île : Grande Kuriat – Sous-bassin : Tunisie Est. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/grande-kuriat/

grande-kuriat-carte
grande-kuriat-general
Commune Monastir
Archipel Kuriat
Surface (ha) 251.3
Linéaire côtier (mètre) 6900
Distance à la côte (Mile nautique) 9.1
Altitude max (mètre) 4
Coordonnée géographiques Latitude 35.79694366
Longitude 11.03305531
Propriété foncière Etat – Domaine public maritime (100%)
Gestionnaire(s) Unité de co-gestion : APAL (Agence de protection et d’aménagement du littoral) / NGB (Notre Grand Bleu)
Statut de protection national  
international

Description générale


La grande Kuriat fait partie de l’archipel Kuriat, composé principalement par la grande et la petite île. L’archipel constitue le prolongement naturel du haut fond qui commence à Ras Dimès (Bekalta). Les îles sont situées à 15 km à l’Est du Cap Monastir. La grande Kuriat qui fait 251.3 ha de superficie et 6,9 km de périmètre est située à une distance de 2.5 km au Nord Est de la petite île.

La grande Kuriat est de forme ovoïde, avec une morphologie plane. Le relief est dans son ensemble peu élevé, les côtes nord sont essentiellement rocheuses, segmentées par des portions de plages à sable grossier. Les sebkhas couvrent une grande partie de l’île, elles sont évaporitiques. on dénombre principalement trois sebkhas, qui sont situées à Est, au sud-ouest et l’ouest.

Les bâtis retrouvés sur la grande Kuriat ne sont pas nombreux. On y trouve un phare situé au nord de l’île. Il est construit par les services des travaux publics Tunisiens en 1888. Il constitue le point le plus élevé de l’archipel culminant 30 m. Un marabout « Sidi Sâad » est situé juste à côté du phare qui est visité régulièrement par les habitants de la région en période estivale. 

La grande Kuriat est réservée aux autorités militaires, limitant ainsi l’accès touristique, mais cette restriction n’empêche pas les visites sporadiques  des estivants et des pêcheurs.

Connaissances


Le phare du Grand Kuriat (© Notre grand bleu (NGO))

En Tunisie, les connaissances relatives à la biodiversité insulaire se font rares et sont pour la plupart spécifiques, se focalisant aux espèces menacées ou en danger. Pour la tortue caouanne (Caretta caretta), la mise en évidence de sa nidification dans les îles Kuriat a été décrite pour la première fois par Luc Laurent en 1988. En 1997, le suivi de la tortue caouanne se fait dans le cadre de la mise en œuvre du plan d’action pour la conservation des Tortues Marines de Méditerranée, par l’Institut National des Sciences et Technologie de la Mer (INSTM) en collaboration avec l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (APAL), du Centre d’Activités Régionales pour les Aires Spécialement Protégées (SPA/RAC), la Faculté des Sciences de Sfax (FSS) et depuis sa création, l’association Notre Grand Bleu (NGB). Lors des prospections réalisées en 2019, l’équipe a signalé la présence de 25 nids principalement identifiés sur la plage Ouest de la grande Kuriat, contre 16 nids trouvés sur la petite île. En effet, la grande île est considérée comme un site majeur de nidification au sud de la Méditerranée, l’accès du public à la grande Kuriat est interdit depuis 1997 et des autorisations préalables pour y accéder sont nécessaires. Ce qui se révèle bénéfique pour la protection des sites de ponte de cette espèce.

En ce qui concerne la description de la flore terrestre, les principales missions ont été conduites depuis 2006 dans le cadre de l’initiative pour les petites îles de Méditerranée (PIM). De point de vue descriptif, la grande Kuriat se caractérise par une végétation halophile sur les bordures salées des sebkhas. Principalement dominé par Halocnemum, Arthrocnemum, Hordeum maritimum, Lygeum spartum et Suaeda fruticosa. On trouve aussi des buissons ligneux (Salicornia arabica). Les vents violents chargés d’embruns marins sont en faveur de développement d’un paysage de garrigue proche du sol. On signale aussi la présence de lys de mer Pancratium maritimum sur l’arrière plage.

En ce qui concerne les connaissances relatives aux herpétofaunes sur l’archipel, la prospection réalisée par Pietro Lo Cascio et al., en 2014, a montré la présence de 4 familles de lézard sur la grande île à savoir un gekkonidae (Hemidactylus turcicus), un phyllodactylidae (Tarentola fascicularis), un scincidae (Trachylepis vittata) et un lacertidae (Mesalina olivieri).

Les prospections relatives à l’avifaune des îles Kuriat ont commencé dès 1963 par Mike Smart à travers des notes personnelles. Dès lors, les principales missions ont été conduites depuis mars 2014 par l’Association « Les Amis des Oiseaux » (AAO/BirdLife en Tunisie) en collaboration avec l’Initiative des petites îles de la Méditerranée (PIM) et de l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (APAL).

Le dernier recensement en date réalisé par l’AAO/Birdlife (2020), signale la présence de 99 espèces appartenant à 35 familles différentes dans les îles Kuriat. Sur la grande île, on a identifié essentiellement la présence de : Tadorne de Belon (Tadorna tadorna), Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus), le Flamant rose (Phoenicopterus roseus),Le Goéland leucophée (Larus michahellis), la sterne naine (Sternula albifrons). La présence du Puffin yelkouan (Puffinus yelkouan) est récente en Tunisie et remonte à 2011 à Zembra qui semble le fruit des campagnes de dératisation initié par l’APAL et les PIM, seul un individu mort a été observé sur la grande île en juin 2018 ainsi que les sternes naines dont la population s’est développée après la dératisation de l’île.

Une approche globale de gestion pour soutenir un équilibre écosystémique fragile


Durant cette décennie, les efforts de conservation déployer pour la préservation des espèces et des habitats dans les AMCPs, sont de plus en plus perceptibles. En effet, plusieurs actions peuvent être évoquées dans ce sens, on peut mentionner la dératisation de l’archipel du rat noir (Rattus rattus) qui est une espèce invasive introduite sur l’archipel par la fréquentation humaine sur les îles. Cette espèce de rongeur omnivore et opportuniste provoquait des ravages principalement pour les nids de certains oiseaux nicheurs et les juvéniles des tortues marine. L’intervention du génie humaine dans le sens de rétablir l’équilibre écologique en éliminant la source d’invasion biologique est loin d’être achevée. En effet, l’exemple du goéland leucophée est le plus marquant pour inciter les gestionnaires et les parties prenantes à envisager une approche globale de gestion et éviter un déséquilibre écologique parfois irréversible. En effet, les effectifs des Goélands leucophées (Larus michahellis) dans l’archipel Kuriat ne cessent d’augmenter, ils sont plus abondants sur la grande île que la petite, avec respectivement 6700 individus contre 3537 individus (juin 2019). Cette population de goéland, qui est en nette augmentation, impacte directement plusieurs espèces nicheuses sur l’île par prédation, notamment la population de la sterne naine (Sternula albifrons) recensée exclusivement sur la grande île, qui est une espèce menacée (annexe II du Protocole ASP/DB), répertoriée dans la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN et considérée comme une espèce à protéger par de BirdLife International, dont on n’a recensé que seulement 30 nids dans la grande Kuriat. Cette espèce figure également sur l’annexe II du protocole de Barcelone.

Les goélands leucophée étant une espèce proliférant et nuisible car dérangeant et prédatrices  partage le même habitat que les espèces nicheuses et autres espèces vulnérables présentes sur le Grande Kuriat, ils est fortement recommandé d’étudier la population nicheuse du Goéland leucophée sur l’AMCP des Îles Kuriat en rapport avec les décharges publiques sur le continents qui constituent une source d’alimentation et favorise le développement de ces espèces opportuniste, pour envisager une gestion intégrée de la zone et ne pas contribuer intentionnellement à favoriser cette espèce au détriment d’autres espèces plus vulnérables.

Le suivi des espèces non indigènes dans l’AMCP Kuriat a été conduit grâce aux différentes actions et travaux de recherches réalisées dans la zone. Ainsi, les prospections réalisées aux alentours de la grande Kuriat a montré la présence de : Un Rhodophyta (Lophocladia lallemandii) d’origine mer rouge/indopacifique et un Rhodobiontes (Asparagopsis taxiformis), ainsi qu’un bivalve Pinctada imbricata radiata (Leach, 1814) d’origine mer rouge/indopacifique et une ascidie Ecteinascidia turbinata (Herdman, 1880). On signale que le pétrolier échoué sur la côte nord de la grande île depuis 2014 a fait l’objet d’une prospection spécifique en 2019. Cette prospection n’a pas montré la présence d’autres espèces exogènes dans la zone.

La caractérisation des biocénoses et les habitats dans l’archipel a fait l’objet de plusieurs études, notamment celles réalisées par le SPA/RAC et l’APAL (2008, 2010 et 2011), qui ont pu mettre en évidence la présence de récifs-barrières à Posidonia oceanica dans quatre zones au voisinage des îles Kuriat, principalement dans zone Sud-Ouest et Sud-Est de la grande Kuriat. Les substrats durs dans la grande île sont caractérisés par des fonds rocheux de type « sandstones » et « limestones » ainsi que des petits blocs qui sont dominés par des peuplements algaux. Les fonds à maërl et rhodolites caractéristiques de la grande Kuriat s’accumulent dans certaines cuvettes et dépressions rocheuses à faible profondeur allant de 0,5 à 3 mètres sur les fonds rocheux au nord de la grande île et de 0,5 à presque 2 mètres à l’ouest de la petite île. Mélangé avec du sable et du gravier coquiller, les rhodolites sous se trouvent sous forme de concentrations d’algues calcaires en boules ou pralines atteignant les 5-8 cm de diamètre. Les « Jardins » à éponges le faciès à éponges (Spongia offcinalis, Hippospongia communis, Ircinia spp., Sarcotragus spp., Tethya aurantium) se trouve sur dalles et petits blocs rocheux entre 3 et 10 m de profondeur. Il s’agit essentiellement de fortes densités des éponges du genre Ircinia et Sarcotragus formant de véritables ‘jardins’ d’éponges dans le secteur Nord et Nord-ouest de la grande Kuriat ainsi que la façade Nord-ouest et Ouest de la petite Kuriat.

Les connaissances relatives à l’activité de la pêche dans les îles Kuriat sont très anciennes. Plusieurs auteurs ont détaillé les engins et techniques utilisés auparavant dans cette zone (De Fages e. et Ponzevera C. 1903). Actuellement, plusieurs actions de suivi de la part de l’équipe de cogestion de l’AMCP Kuriat sont menés (SPA/RAC, 2018, 2019, 2021), ainsi que d’autres travaux de recherche (Sellemi, 2015). D’après le dernier diagnostic sur l’activité de pêche au tour de l’AMCP kuriat (SPA/RAC, 2021) plusieurs activités de pêche illicite sont identifiées dans la zone particulièrement, le chalutage, El Derra, Kiss cherkaou (pour la pêche de l’athérine), les nasses en plastiques, la pêche sous-marine anarchique surtout en apnée autour de la grande Kuriat qui est très fréquente et cible le poulpe et le mérou.

Intérêts


Fou de Bassan (H. Azafzaf, 2014)

La grande Kuriat présente un intérêt considérable pour la conservation sur tous les plans. En effet, sur le plan patrimoine architectural, le phare dont la construction remonte au 19ème siècle conserve son identité, ainsi que le marabout « sidi Sâad » qui est à ce jour visité par les habitants de la région. 

Sur le plan archéologique, le port punique sur la grande île est le seul site historique qui nécessite plus d’intérêt pour à la zone une dimension culturelle et patrimoniale susceptible de participer d’une manière active au développement de la région. 

Sur le plan faunistique, plusieurs espèces recensées dans l’île figurent dans la liste des espèces menacées ou en danger (Annexe II du protocole ASP/DB), notamment la tortue caouanne où la nidification dans le site est très ancienne décrite pour la première fois en 1988. La posidonie (Posidonia oceanica) qui est une espèce emblématique de la méditerranée, 

Pour l’avifaune marine et terrestre, la grande île est considérée comme un site de passage pour plusieurs espèces d’oiseaux marins et terrestres durant la période de migration.

L’archipel d’une manière générale est reconnu comme une zone clé pour la Biodiversité. Il est considéré comme un site d’hivernage et de nidification pour plusieurs espèces d’intérêt pour la conservation.

Pressions


   

Troupeau de chèvres évacué de l’île (S. Ben Haj, 2015)

L’AMCP Kuriat subit plusieurs formes de pressions qui sont en cause de la détérioration de la faune et la flore. Sur la grande Kuriat, on peut citer principalement :

L’invasion biologique du rat noir Rattus rattus a perturbé les espèces en danger notamment la tortue caouanne. Cette espèce opportuniste et invasive a été éliminée suite à la campagne menée en 2015.

Il en a été ainsi pour l’évacuation d’un troupeau de chèvres paissant sur lîle, ce troupeau ayant lourdement impacté le couvert végétal a été évacué en totalité.

La fréquentation humaine : La grande Kuriat est une zone militaire nécessitant une autorisation préalable à l’accès, sauf que des visites ponctuelles de la part des pêcheurs et estivants peuvent être enregistrées surtout pendant la période de nidification de la tortue marine. Ce qui peut causer une perturbation des nids.

L’activité pêche autour de l’archipel est intense. Cette activité peut impacter les femelles des tortues caouanne lors de leurs déplacements vers la plage ou bien pour les nouveau-nés qui peuvent finir émaillés dans les filets après leur émergence. 

Plusieurs techniques de pêche prohibées sont utilisées aux alentours de l’archipel, qui nécessite une interdiction totale, vu que ces pratiques notamment El Derra, les nasses en plastiques et les arts trainants dans les faibles profondeurs sont dangereuses pour l’écosystème marin.

Gestion & Conservation


Mission d’évaluation des populations de rats noirs (S. Ben Haj, 2015)

De point de vue législatif les îles Kuriat ne disposent pas d’un statut particulier de protection, sauf que la grande Kuriat est décrétée comme zone militaire qui nécessite des autorisations pour y accéder.

Une équipe permanente de la marine nationale est installée durant toute l’année sur la grande île pour assurer la surveillance et le bon fonctionnement du phare du site. 

Actuellement, l’enquête publique est achevée à l’échelle nationale pour aboutir à la création de l’aire protégée de l’archipel de Kuriat à travers un décret de création.

Entretemps, le site a bénéficié de nombreuses actions de terrain à son actif qu’il s’agisse d’actions d’inventaire, de suivi, de restauration écologique et de sensibilisation. Sur le continent se sont également déroulées de multiples actions d’éducation environnementale et de communication. A ce jour, cette future aire marine et côtière protégée apparaît exemplairement gérées.

Pour la concrétisation des différentes actions prévues dans le plan de gestion, l’APAL a adopté une approche participative basée sur le principe de cogestion. De ce fait, une unité de cogestion a été créée suite à l’élaboration d’une convention de partenariat tripartite entre l’APAL, l’association Notre Grand Bleu financée par TheMedfund.

Principales ressources bibliographiques


  1. DE FAGES E. ET PONZEVERA C. 1903, Les pêches maritimes de la Tunisie, Tunis, Editions Bouslama, 181p.
  2. PNUE-PAM-CAR/ASP, 2021. Élaboration de Stratégie de surveillance pour atténuer les activités de pêche illégale sur les habitats marins sensibles à l’AMCP Kuriat. Par Jaziri Sabri et Ben Haj Sami., Ed. CAR/ASP – Projet NTZ/MPA, Tunis, 95 pages (en cours de publication).
  3. SPA/RAC– ONU Environnement/PAM, APAL, NGB, 2019. Surveillance de l’activité pêche aux alentours des îles Kuriat (2019). Par Emna Ben Lamine. Ed SPA/RAC – Projet Kuriat, Tunis : 40 pages.
  4. SPA/RAC– ONU Environnement/PAM, APAL, NGB, 2018. Surveillance de l’activité pêche aux alentours des îles Kuriat (2018). Par Emna Ben Lamine. Ed SPA/RAC – Projet Kuriat, Tunis : 39 pages.
  5. SPA/RAC– ONU Environnement/PAM, APAL, NGB, 2019. Suivi de la nidification de la tortue marine Caretta caretta sur les îles Kuriat. Par Imed Jribi et Mohamed Nejmeddine Bradai. Ed SPA/RAC – Projet Kuriat, Tunis : 27 pages.
  6. SPA/RAC– ONU Environnement/PAM, APAL, NGB, 2019. Identification et recensement des espèces non indigènes dans la Marina Cap Monastir et dans l’AMCP de l’île petit Kuriat (2019). Par Ghazi BITAR. Ed SPA/RAC – Projet Kuriat, Tunis : 21 pages.
  7. SPA/RAC– ONU Environnement/PAM, 2021. Cartographie des habitats marins clés et évaluation de leur vulnérabilité aux activités de pêche dans l’AMCP des îles Kuriat – Tunisie. CAR/ASP – Projet MedKeyHabitats II n° 7/2018_RAC SPA, Tunis, 179 pages.
  8. Sallemi, R., 2015. Strategies spatiales et gestion de la biodiversité marine. Le cas de l’Aire Marine Protégée et Côtière des îles Kuriat en Tunisie. Carnets de géographes, (8).
  9. Hichem AZAFZAF, Yves KAYSER, Claudia FELTRUP-AZAFZAF, Sami REBAH, Naoufel HAMMOUDA, Hedi AISSA, Hammed MALLAT, Samar KILANI, Ahmed ZADEM, Sahbi DOREI, Amel MECHEMECH et Jamel JRIJIR. 2020. Go-South Bull., 17, 140-155.
  10. Cascio, P.L. and Rivière, V., 2014. Herpetofaunal inventory of Kuriat and Jbel islets. Biodiversity Journal, 2014, 5 (3): 391–396.
  11. Laurent L., Nouira S., Jeudy De Grissac A. et Bradai, M.N. (1990). Les tortues marines de Tunisie : Premières données. Bull. Soc. Herp. Fr. 53 : 1-17.
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Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Galite – Tabarka

Sous-bassin : TUNISIE NORD

Galiton

Contributeurs :

S. Ben Haj

Date de création : 1 Mars 2021

 

Pour citer cette version : BEN HAJ , S. (2021). Fiche île : Galiton – Sous-bassin : Tunisie Nord. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/galiton/

galiton-carte
galiton-general
Commune Bizerte
Archipel Le Galiton
Surface (ha) 29.9
Linéaire côtier (mètre) 2700
Distance à la côte (Mile nautique) 22
Altitude max (mètre) 120
Coordonnée géographiques Latitude 37.497386N 
Longitude 8.875057E
Propriété foncière 100% Etat
Gestionnaire(s) Unité de co-gestion :

Gestionnaire principal : Agence de Protection et d ‘Aménagement du Littoral 

Co-gestionnaire : Association Méditerranée Action Nature

Statut de protection national Aire Marine et Côtière Protégée 

Réserve naturelle depuis (1980)

international Aire Spécialement Protégées d’Intérêt Méditerranéen (2001)

Description générale


Le Galiton est l’une des six îles qui forment l’archipel de la Galite. Elle appartient au Galiton de l’ouest de l’archipel avec une surface de 29,9 ha et une ligne côtière de 2700m. C’est la plus grande île parmi les 5 îlots de l’Est et Ouest.

Situé au large de la côte Nord de la Tunisie, la Galite est soumise à un climat du type méditerranéen à étage humide inférieur et semblable à celui des côtes septentrionales de l’Afrique du Nord, caractérisé par une alternance entre les périodes prolongées de beau temps et des périodes relativement courtes de mauvais temps. 

Le Galiton fait partie d’un insulaire montagneux et volcanique, à rattacher géologiquement à la zone septentrionale est de l’Algérie. Sa structure géologique est à base de roches magmatiques qui s’agissent essentiellement de micro-granodiorites et de microgranite (Rekhiss, 1996).

Le Galiton n’a pas constitué une aire préférée pour l’installation des populations humaines durant l’histoire et jusqu’aux nos jours. La présence humaine s’est limitée uniquement aux militaires depuis la deuxième guerre mondiale et ce grâce à sa position géographique stratégique permettant une bonne surveillance des eaux tunisiennes.

Durant ces dernières décennies, le Galiton a fait l’objet de plusieurs études et inventaires biologiques pour la caractérisation de sa faune et flore. Différentes actions ont été menées par l’initiative PIM et le conservatoire de littoral ce qui a permis de récolter beaucoup de données sur les spécificités biologiques de cet endroit.

Connaissances


Le phare du Galiton (L. Malherbe, 2008)

Les traces d’occupation historique de l’île du Galiton et qui sont présentes jusqu’aux nos jours sont représentées essentiellement par le phare du Galiton. En effet, dans le but de sécuriser les routes maritimes, les forces coloniales françaises ont construit le phare sur le sommet du Galiton entre 1914 et 1919. C’est une tour carrée de quatorze mètres de haut, avec galerie et lanterne, montée sur une maison de gardiens de deux étages et à côté d’autres bâtiments techniques. Le haut de la tour et la lanterne sont noirs et le reste des bâtiments est gris et blanc. Il émet un groupe de quatre éclats blancs toutes les vingt secondes. 

Sur le plan biologique, le Galiton est caractérisé par une importante richesse spécifique développée sur la partie terrestre et marine. 

Les études ornithologiques ont permis d’identifier plusieurs espèces d’oiseaux marins qui viennent nicher ou qui passent une période sur le Galiton. Le Faucon d’Eléonore (Falco eleonorae) et le Faucon pèlerin (Falco peregrinus) sont les deux principales espèces rencontrées sur le Galiton. Le Goéland leucophée et le Cormoran huppé sont présent à leur tour mais avec des couples isolés (Martinez Abrain.A_&Oro de Rivas.D, 2008).

L’herpétofaune est à son tour présente sur le Galiton par quatre espèces à savoir le Psammodrome algire, le Phyllodactyle d’Europe, l’Hémidactyle verruqueux et Le Seps ocellé. Les amphibiens, par contre, ne sont pas présents sur le Galiton.

Le groupe taxonomique des mammifères a fait l’objet d’un inventaire réalisé dans le cadre des initiatives PIM EN 2008 qui a permis d’identifier la présence d’un prédateur introduit de Rattusrattus et du chat haret. 

Le couvert végétal sur le Galiton est présent avec des pelouses halophiles et halo-résistantes à Rumex bucephalophorus, Mesembryanthemum crystallinum, sont observées sur le versant Sud-Ouest de l’île. La flore exotique existe aussi sur cet îlot avec la présence des griffes de sorcières au niveau du phare du Galiton.

Le paysage sous-marin du Galiton est très diversifié avec des paysages spécifiques et typiques. Les herbiers de posidonie sur roches forment des vastes prairies allant des faibles profondeurs jusqu’au -35m. Les sables grossiers et fins graviers sous influence des courants de fond couvrent les fonds dans la partie sur de l’îlot. La présence de la posidonie dans les alentours du Galiton est un facteur en faveur d’une importante diversité ichtyologique.

Intérêts


Il était une fois…
Sortie d’une grotte à phoque moine sur le Galiton (PIM, 2008)

La faune ornithologique sur le Galiton se caractérise par la présence des espèces nicheuses patrimoniales. Le Faucon d’Eléonore est une espèce menacée qui s’est installée au niveau de l’archipel de Galite. Il s’agit de la deuxième population la plus importante du bassin occidental de la Méditerranée, après la population des Iles Baléares. En 2007, 5 couples du Faucon d’Eléonore ont été observés sur le Galiton (Ben Haj et al., 2008 ; Ouni & Tlailia, 2013). Le Faucon pèlerin est à son tour une autre espèce d’oiseau qui s’est installé sur le Galiton et qui est représenté par un faible nombre d’individus. 

Concernant l’herpétofaune, le Galiton se caractérise par un endémisme écologique spécifique se traduisant par la présence du Psammodrome algire de La Galite Psammodromus algirus doriae qui est une sous-espèce endémique de ce milieu. Cette sous-espèce présente un grand intérêt scientifique et patrimonial. Elle est très différente des Psammodromes algires du continent, aussi bien en termes de taille, de dessin dorsal, de pigmentation et même de comportement. De ce fait, cette population constitue des isolats intéressants à conserver pour leur importance pour le patrimoine génétiue génétique.

La deuxième espèce de reptile présente sur l’île et qui a une grande valeur patrimoniale est le gecko Euleptes europaea, espèce inscrite sur la liste rouge de l’UICN et endémique des îles et îlots de la partie orientale de la Méditerranée occidentale (avec quelques stations continentales en Italie et en France). 

Le paysage marin de l’îlot de Galiton se caractérise par la présence des herbiers de posidonie, espèce endémique de la méditerranée. C’est une espèce de phanérogame marine qui constitue un refuge pour les espèces de poissons en tant que nurserie et frayère. La présence de la posidonie en bon état est un indice qui renseigne sur la bonne qualité des eaux dans ce site. 

La faune ichtyologique est à son tour bien diversifiée dans les eaux du Galiton. Plusieurs inventaires des populations de poissons dans l’archipel de la Galite ont été menés dans le cadre des initiatives PIM (Harmelinet al., 2010). Ces études ont permis d’identifier des espèces patrimoniales et de haute valeur écologique et économique telle que le mérou brun Epinephelus marginatus, le mérou royal Mycteroperca rubra et le corb commun Sciaena umbra.

L’îlot abrite une structure patrimoniale spécifique : le phare du Galiton. Ce phare, témoin du passage humain sur l’îlot, surtout pendant la période coloniale, joue un rôle très important dans le domaine de la navigation maritime en Méditerranée. Le phare est toujours fonctionnel et il est sous le contrôle de la marine tunisienne et l’occupation humaine est limitée aux agents de la marine nationale.

Pressions


 

Une fois n’est pas coutume, toujours des passages de
bateaux de pêche et toujours du braconnage autour des
petites îles (L. Malherbe, 2008)

Vu sa position isolée et la difficulté d’accès, le Galiton n’est pas soumis aux pressions anthropiques. Les passages humains sont relativement rares et limités généralement aux agents de la marine nationale installés au niveau du phare.

Concernant la Faune terrestre, la principale menace identifiée et qui pourrait mettre à mal la durabilité des populations d’oiseaux et de reptiles sur l’île concerne la présence de prédateurs non autochtones. Le principal prédateur est le rat (rat noir) qui, en milieu insulaire, peuvent créer des dégâts considérables et anéantir des populations d’oiseaux marins ou de reptiles endémiques en quelques décennies. Les espèces concernées par cette menace sont le Puffin cendré chez les oiseaux ; le Phyllodactyle d’Europe, le Psammodrome algire doriae chez les reptiles.

Pour la partie marine, le Galiton fait l’objet d’un braconnage assez important des ressources halieutiques. En effet, les pêcheurs qui viennent de Tabarka et Bizerte pratiquent souvent des activités de pêche à la ligne. L’impact de ces activités de braconnage est réel puisque les campagnes d’inventaires de l’ichtyofaune mettent en évidence la quasi absence des espèces cibles (Dentis, Pagres), mais aussi leur comportement extrêmement farouche à l’approche des plongeurs (Andromède, 2010). Les plaisanciers à leur tour, viennent de plusieurs destinations (nationales et internationales) pour pratiquer la chasse sous-marine illégale. Cette activité cible, dans la plupart des cas, les espèces patrimoniales à haute valeur commerciale comme le mérou brun, le Bar commun, les Dorades, etc…

Les filets fantômes représentés généralement par les tramails sont aussi une autre menace pour les espèces de poissons et les oiseaux pêcheurs comme le Cormoran huppé de Méditerranée.

Gestion & Conservation


Le Galiton fait partie de l’AMCP de l’archipel de la Galite dont l’accès nécessite une autorisation au préalable de la part des autorités responsables (APAL, Garde nationale). Une équipe permanente de la marine nationale est installée durant toute l’année sur l’îlot pour assurer la surveillance et le bon fonctionnement du phare du site. 

Pour une bonne connaissance des caractéristiques naturelles et biologique de ce site, plusieurs campagnes d’inventaires et de diagnostics ont été menées par l’APAL, le Conservatoire du Littoral et l’initiative PIM. Ces études ont permis de mettre le focus sur la valeur écologique et patrimoniale de l’îlot du Galiton. Par la suite, une démarche de mise en place d’une politique de protection a été initiée par l’APAL et qui a abouti à l’élaboration d’un plan de gestion adopté selon les caractéristiques de chaque îlot de l’archipel. Dans ce plan de gestion, l’îlot de Galiton a été classé comme une zone de protection renforcée du fait de spécificité des espèces qui l’occupent. La protection envisagée dans le plan de gestion intéresse les parties terrestres et marines de l’îlot. Actuellement, une enquête publique est en cours de réalisation à l’échelle régionale afin d’aboutir à la création de l’aire protégée de l’archipel de la Galite à travers un décret de création.

Pour la concrétisation des différentes actions prévues dans le plan de gestion, l’APAL a adopté une approche participative basée sur le principe de cogestion. De ce fait, une unité de cogestion a été mise en place à la suite de l’élaboration d’une convention de partenariat tripartite entre l’APAL, l’association Méditerranée Action Nature et le bailleur The Medfund. Cette unité est actuellement fonctionnelle et elle a entamé la réalisation des activités planifiées pour l’année 2020-2021.

Les moyens logistiques pour accéder et travailler sur l’îlot de Galiton sont disponibles auprès de l’APAL qui a acquis une embarcation adaptée avec la spécificité de ce milieu.

Principales ressources bibliographiques


  1. Andromede., 2010. Etude et cartographie des biocenoses marines de l’Archipel de la Galite. Rapport PIM. 132 pages.
  2. Ben Haj S., Abbes I., Bernard F., Delaugerre M., KtarI N., Maamouri M., Martinez A., Muracciole M., Oro D., OuniI R., Rouissi., Tranchant Y., Vidal P. (2008). Recueil de notes ornithologiques. PIM Initiative
  3. Harmelin J.G., Ben Lamine E., Ghanem R., Zarrouk A. & Agrebi S., 2010. Statut des assemblages de poissons de la Galite : point zéro et recensement d’espèces cibles le long de la bordure littorale par la methode pmt. NOTE NATURALISTE Mission PIM Septembre 2010.
  4. Martínez Abraín A. & Oro de Rivas D. 2008. Notes ornithologiques sur l’expédition de la Galite 2007. Petites Iles pour la Méditerranée.
  5. Ouni R & Tlailia S., 2013. Mission naturaliste, Archipel de la Galite et les îles Fratelli Dénombrement de la population du Faucon Eléonore. NOTE NATURALISTE Mission PIM Septembre 2013.
  6. Rekhiss F., 1996. L’archipel de la Galite, jalon entre Massifs Kabyles et Monts Peloritains (Méditerranée Occidentale, Marge nord-tunisienne). Géologie Méditerranéenne 23-3-4. Pp 201-210.
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Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
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ILES

Cluster : Galite – Tabarka

Sous-bassin : TUNISIE NORD

La Galite

Contributeurs :

S. Ben Haj

Date de création : 10 Février 2021

 

Pour citer cette version : BEN HAJ , S. (2021). Fiche île : Galite – Sous-bassin : Tunisie Nord. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/galite/

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Commune Bizerte
Archipel La Galite
Surface (ha) 732
Linéaire côtier (mètre) 15000
Distance à la côte (Mile nautique) 21.5
Altitude max (mètre) 391
Coordonnée géographiques Latitude 37°32’ N 
Longitude 08° 56’ E
Propriété foncière 100% Etat
Gestionnaire(s) Unité de cogestion : APAL/Méditerranée Action Nature
Statut de protection national Aire Marine et Côtière Protégée
international Aire Spécialement Protégées d’Intérêt Méditerranéen

Description générale


Cette île de 732 ha de surface, avec 5,3 Km de long sur 3 Km de large, culmine à 391 m au niveau du Bout de Somme ou « la vigie ». Elle  présente une superficie plane de 6,5 km2 et elle a la forme d’un « T » couché orienté NE-SW. Elle montre trois crêtes de taille et d’allure différente, faisant preuve des pentes souvent fortes et d’un relief très accidenté; on y distingue : 

– La crête du Bout de Somme : longue de 4 km et orientée WSW-ENE. 

– La crête de la Garde: longue de 1 km et orientée NNE-SSW, avec une altitude maximale de 361 m. 

– La crête de la Bosse des Galines : ne dépasse pas 212 m et orientée NNW-SSE. 

– La zone de rencontre de ces trois crêtes correspond à la plaine

Situé au large de la côte Nord de la Tunisie, la Galite est soumise à un climat du type méditerranéen à étage humide inférieur et semblable à celui des côtes septentrionales de l’Afrique du Nord, caractérisé par une alternance entre les périodes prolongées de beau temps et des périodes relativement courtes de mauvais temps. Les pluies sont irrégulières sous formes de violentes averses de courtes durées. Les températures sont dans l’ensemble très clémentes. Les vents peuvent être très violents dans la zone. Ces données permettent de placer l’archipel dans l’étage bioclimatique subhumide à hiver chaud.

La géologie de La Galite est relativement variée malgré sa faible superficie. Par ailleurs, les affleurements géologiques présentent essentiellement des roches intrusives sous forme de massifs microdioritiques dans le secteur oriental (pic de la Garde) et dioritiques dans le secteur occidental.

Au Moyen Age, l’île semble avoir été désertée pour servir de refuge aux marins de passage, aux pirates et aux corsaires. Le voyageur arabe, Ibn Jobair nomma la Galite « Jalita » lors de son passage à l’archipel le 1er avril 1185. Au XIII ème siècles, les récits, les descriptions et les témoignage autour de la Galite se multiplient portés par les nombreux navigateurs et scientifiques arabes (Al Qazwini, Al Himyari…) et même par les ennemis de l’époque, les Chrétiens, dont le Pape Clément VI, le 15 novembre 1344, désigna les Canaries et La Galite comme faisant partie d’un fief insulaire attribué à l’infant Louis d’Espagne, arrière-petit-fils de Louis IX (Saint Louis) Roi de France, sous condition de les convertir au christianisme.

Parfait témoin de la difficulté d’appréhender la Galite, le protectorat de la France, instauré en Tunisie depuis 1881, ne mis pied à la Galite que le 3 août 1903 par le biais du Baron d’Anthouard. A partir de cette date, de nombreuses infrastructures ont été mises en place à La Galite (Ecole, Gendarmerie, Eglise, Dispensaire, Phare, Mines, Carrières, Débarcadères, Liaison par Hydravions…).

Au cours de la lutte contre la libération de la Tunisie, la France fît emprisonner le leader Habib Bourguiba dans une résidence surveillée à la Galite pendant 743 jours de 1952 à 1954. Bourguiba dont le rêve de voir la Tunisie libre ne fût jamais abandonné, conduisît le pays à son Indépendance le 20 Mars 1956 et devint son Premier Président de la République.

Durant la dernière décennie, plusieurs actions de réhabilitation de nombreuses habitations du village de la Galite ont été entreprises par l’agence de protection et d’aménagement du littoral et la marine tunisienne et c’était dans le but d’améliorer les conditions de travail des agents, de valoriser le patrimoine culturel du site et développer des activités de découverte de la nature (Plongée sous-marine, randonnée, clubs scientifiques…). En 2020, une unité de cogestion de l’archipel de la Galite a été mise en place suite à l’établissement d’une convention de partenariat tripartite entre l’APAL, l’association Méditerranée Action Nature et The Medfund dans le but de la mise en place d’un plan de gestion établie spécifiquement pour ce site.

Connaissances


Prospections sous-marine (L. Ballesta, 2010)

Les traces d’occupation historique de L’île de la Galite sont présentes jusqu’au nos jours. A des centaines d’années de différence, à l’Antiquité, la Galite connu une présence et une exploitation importante, plus précisément à l’époque Punique. Les Puniques fondèrent à la Galite un petit village qui formait à la fois un poste militaire avancé mais également une plateforme commerciale importante en plein milieu de la Grande Méditerranée. Les romains après eux continuèrent cette exploitation qui fît de l’archipel un important point stratégique liant, par voie de commerce maritime, La Galite aux trois continents : L’Afrique, l’Europe et l’Asie. Les diverses nécropoles, maisons troglodytes, colonnes, stèles, figurines, murets de forteresse, terrasses agricoles, ruelles, monnaies et lampes à huiles comptent parmi les nombreux vestiges que l’archéologie permet peu à peu de mettre à jour.

A l’aire moderne et contemporaine, la Galite connut un nouvel essor, dû entre autre à l’expansion de l’exploitation du corail en méditerranée. D’abord les Pisans dès le XIVème siècle, puis les Génois au XVIème siècle jusqu’à la confiscation par la France au XVIIème siècle, La Galite formait un refuge et une halte aux bateau corailleurs.

En 1872, avec l’arrivée, depuis de l’île de Ponza (Italie), d’un certain Antonio D’Arco que la Galite connu à nouveau « un âge d’or ». En effet encouragé par D’Arco, plusieurs familles originaires de l’île de Ponza, viennent coloniser l’île et y exploitèrent terre et mer et redonnèrent vie aux exploitations agricoles Puniques et Romaines délaissées depuis des décennies.

Sur le plan biologique, la Galite est caractérisée par une importante richesse spécifique développée sur la partie continentale et marine. 

La Galite présente un nombre important de paysages sous-marins et d’espèces d’intérêt biologique. Les habitats sont très bien préservés: les seules traces de dégradation qui sont observées se situent au niveau de la baie de Galite et sont inhérentes au mouillage des bateaux. Les fonds dans les alentours de La Galite témoignent d’une bonne qualité des eaux, leur faible turbidité permet à des espèces comme Padina pavonica, Posidonia oceanica ou Cymodocea nodosa de se développer à des profondeurs importantes. La bonne qualité des eaux se traduit aussi par l’abondance d’espèces indicatrices de la pureté des eaux comme les cystoseires ou les sargasses. 

Les mammifères marins sont aussi présents au niveau de la Galite et ils sont essentiellement présentés par le grand dauphin, espèce commune sur le littoral nord de la Tunisie et jusqu’aux année 70 le phoque moine. A l’heure actuelle, la recolonisation de la Galite par le Phoque moine est possible, compte-tenu de la qualité et de la tranquillité des habitats de ce site, et du nombre croissant d’observation en Méditerranée occidentale ces dernières années (Algérie, Lybie, Corse, sud-ouest de l’Italie).

Toutefois, les études scientifiques qui se sont intéressées à la caractérisation des écosystèmes côtiers et des espèces marines clés dans les alentours de la Galite sont assez nombreuses.

La partie terrestre a fait l’objet de plusieurs missions et études scientifiques qui ont permis de recueillir beaucoup d’informations sur le couvert végétal et la diversité animale.  

La Galite a fait l’objet de plusieurs investigations botaniques et les plantes identifiées ont été signalées par plusieurs auteurs dans plusieurs ouvrages: la croisière scientifique du Violante, Durieu De Maisonneuve explore l’île entre 1840 et 1844. Roux en 1880, Bonnet et Barratte en 1896 mentionnent des plantes de la Galite dans « Catalogue raisonné des plantes vasculaires de la Tunisie ». Chabrolin (1933) fait mention de 118 espèces réunies en 38 familles. Cuénod et ses collaborateurs y contribuent également dans « La Flore analytique et synoptique de la Tunisie » parue en 1954 et enfin Pottier-Alapetite dans « Flore de la Tunisie » parue en deux tomes successivement en 1979 et 1981. Les inventaires de Chaabane et d’El Hamrouni effectués dans le cadre du projet Life « Conservation et réhabilitation d’Ecosystèmes insulaires fragiles », cofinancé par la Commission Européenne et le Ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire français, font mention d’une richesse spécifique plus élevée que celle mentionnée historiquement, puisque jusqu’ici 300 taxons ont pu être identifiés.

Sur le plan faunistique, plusieurs actions de l’initiative PIM, du Conservatoire du littoral ont permis d’inventorier plusieurs groupes taxonomiques sur la Galite. 

En ce qui concerne l’avifaune, la Galite est à la fois un site intéressant pour les oiseaux marins typiques de Méditerranée qui trouvent ici un site de reproduction idéal et pour les oiseaux terrestres migrateurs qui font des haltes migratoires régulières lors des migrations printanières et automnales. A cela s’ajoute des oiseaux terrestres venus coloniser l’île pour y nicher car ils y trouvent des conditions favorables (isolement, proies abondantes). C’est le cas en particulier du Faucon d’Eléonore. La synthèse des effectifs recensés lors des différentes missions PIM, en particulier celles effectuées en 2006 et 2007 et dont les résultats ont été publiés en 2008 (Abbès I, Ben Haj S. et al., 2008).

Le peuplement mammalien terrestre de l’archipel compte au total 5 espèces dont seulement deux autochtones ; la Pipistrelle de Kuhl et la Musaraigne musette présente uniquement sur l’île de La Galite. La Musaraigne musette Crocidura russula, très rare, en limite de répartition. – La Pipistrelle de Kuhl Pipistrellus kuhli. – La Souris grise Mus musculus praetextus, présent uniquement au niveau de la grande île – Le Rat noir Rattusrattusfrugivorus. A cela s’ajoute des espèces domestiques, amenées puis abandonnées au fil du temps en lien avec la désertion de l’île à savoir le chat haret Felissp. , des chèvres ensauvagées et des lapins domestiques. Comme mammifère patrimonial on signalera uniquement la musaraigne étrusque re-signalée lors d’une mission PIM par Pierre Caraglio à Souk Ettfach.

Les reptiles et les amphibiens ont été très bien étudiés sur l’Archipel, en particulier lors des missions PIM (Delaugerre & Ouni, 2007, 2008, 2009), qui constituent les dernières mises à jour sur le peuplement. La Galite est la seule île de l’archipel sur laquelle on peut observer des amphibiens car il existe des sources d’eau douce qui permettent leur reproduction. On trouve sur l’île deux espèces, assez opportunistes : – le Discoglosse peint Discoglossus pictus auritus (Liste rouge UICN Monde : LC) – la Grenouille verte d’Afrique du Nord Pelophylax saharicus (Liste rouge UICN Monde : LC). 

Pour la population d’insectes sur la Galite, les travaux sont rares et sont limités à l’inventaire des Tenebrionidés (coléoptères) et des cigales a eu lieu lors des missions PIM (Soldati F., 2005).

LE VILLAGE DE LA GALITE, TEMOIN DE L’OCCUPATION HUMAINE RECENTE DE LA GALITE


L’île est inhabitée pendant des siècles jusqu’à ce que des familles italiennes viennent s’y installer au XIXème  siècle. Elles vivent de la pêche à la langouste et de la cueillette du corail rouge. D’autres familles arrivent de la péninsule italienne et mettent en valeur l’endroit en y pratiquant l’agriculture et l’élevage. En 1903, l’île est rattachée administrativement à Bizerte. Elle comportait alors 174 Européens dont 67 Français et 107 Italiens. La zone urbanisée De la Galite s’étend sur une surface approximative de 100000 m². La concentration la plus importante se situe en bordure de mer et dans la zone délimitée par les cours d’eau naturels descendant vers la mer. Les bâtiments présents sur l’île sont au nombre de 44. Le statut foncier des immeubles (terres, constructions…) de l’ile de La Galite sont actuellement propriété de l’état tunisien. Ils sont répartis en 73 titres fonciers couvrant 719 ha. Après l’indépendance de la Tunisie, tous les habitants de la Galite ont quitté le site vers leurs pays d’origine. Actuellement, la présence humaine sur l’île est limitée uniquement aux représentants de la marine nationale et  la garde nationale.

Intérêts


 

Mycoptera rubra (J. J. Harmelin)

La Galite présente un intérêt culturel important se traduisant par la présence, jusqu’à ce jour, d’un patrimoine historique qui témoigne le passage de l’homme depuis la période punique jusqu’au 20ème siècle. 

Avec les Phéniciens, peuple marin et agent civilisateur par excellence, Carthage et son emprise méditerranéenne puis Rome et son grand empire ont tous deux su tirer profit des îles de Méditerranée et de leur position stratégique. La Galite n’a pas échappé à cette règle. Elle était riche avec des sources d’eau douce et relativement imprenable. C’est ainsi, que puniques puis romains ont colonisé l’île, y développant pêche et agriculture et y dissimulant une puissante flotte de guerre, capable de faire face à tout redoutable adversaire et de sécuriser un commerce transméditerranéen riche et florissant. Sentinelle militaire et plateforme commerciale, l’île de la Galite a connu une réelle prospérité avec ces grands empires marins.

Les restes du port construit en 1983/1985 se limitent à un quai en blocs orienté Nord Sud sur environ 30 m dont une quinzaine de mètres sont accostables. Le reste du quai, côté Sud est remblayé par les débris provenant de la digue de protection qui a été démolie lors des tempêtes de 1985 et 1989 ainsi que d’un quai côté Sud qui lui est complètement démoli.

Actuellement, la Galite constitue une destination pour les pêcheurs venus des Ports alentours (Tabarka, mais principalement Bizerte), qui viennent s’abriter dans la baie sud de l’île lors des forts coups de vent de Nord, mais aussi pour nettoyer leurs filets entre deux campagnes. La zone de pêche principale se situe sur le plateau des Sorelles situés à l’Ouest de La Galite. La Galite constitue donc une zone de halte située à mi-distance entre les ports et la zone de pêche, ce qui la rend hautement stratégique pour les pêcheurs. Les corailleurs, viennent à La Galite prélever des contrepoids (rochers) pour pouvoir exercer leur métier et descendre plus rapidement aux profondeurs où se développe le corail.

Comme indiqué dans la rubrique précédente, La Galite constitue un abri et refuge pour plusieurs espèces d’oiseaux marins et terrestres. En effet, dans le cadre de suivi de la faune ornithologique de l’île de la Galite mené en 2008, 26 espèces d’oiseaux ont été observées (Tranchant et al., 2008). Des espèces nicheuses comme le goéland d’Audouin Larus audouinii ou le cormoran huppé Phalacrocorax aristotelis ont régulièrement été observées sur la côte, les populations de faucon d’Eleonore, de puffins de Scopoli sont remarquables ; la cisticole des joncs Cisticola juncidisi, passereau nicheur, a de nouveau été observée dans le secteur de la plaine. En outre, de nombreuses espèces migratrices telles que le verdier d’Europe Carduelis chloris, le busard des roseaux Circusaeruginosus, le loriot d’Europe Orio lusoriolus, le rouge queue à front blanc Phoenicurus phoenicurus, les gobemouches gris Muscicapa striata et noir Ficedula hypoleuca, le guêpier d’Europe Merops apiaster ou encore le bihoreau gris Nycticorax nycticorax… ont été observées (Tranchant et al., 2008).

En ce qui concerne les reptiles, La Galite héberge 6 espèces qui sont respectivement La Tortue mauresque Testudo graeca; La Tarente de Maurétanie Tarentola mauritanica ; L’Hémidactyle verruqueux Hemidactylus turcicus; Le Seps ocellé Chalcides ocellatus tiligugu; Le Lézard ocellé d’Afrique du Nord Timon pater; La Couleuvre à capuchon Macroprotodon cucullatus ; La Couleuvre vipérine Natrix maura.

Les habitats marins de la Galite ont été étudiés et inventoriés par Andromède en 2010. Les phanérogames marines sont représentées par la posidonie et les cymodocées.  Le coralligène est rencontré au-delà de -45m de profondeur dans la partie Nord de la Galite. La présence des herbiers de posidonie dans les alentours de la Galite constitue un potentiel écologique fort en faveur d’une diversité biologique spécifique. En effet, ils constituent une nurserie et frayère pour toutes les espèces de poisson surtout celles hautement patrimoniales à valeur écologique et économique (espèces pêchées).  Les campagnes scientifiques effectuées dans l’Archipel de La Galite en 1997 et 1999 par Ramos-Espla et al., ont permis de déterminer par observations directes 82 espèces de poissons. L’inventaire mené par Andromède en 2010 permet d’ajouter 20 espèces de poissons supplémentaires. Toutes ces données rendent de la Galite une réserve des stocks de poissons  exploitables dans la région. Des missions de comptage de poissons ont été effectuées, ces campagnes (visual census) en apnée et hyperbares ont permis l’établissement d’un état de référence des ressources commerciales autour de l’île. Elles ont permis le constat de faibles effectifs, des tailles faibles et une biodiversité moyenne confirmant la surpêche autour de cette île.  

Vu la spécificité de sa morphologie, ses écosystèmes aussi bien marins que terrestres et la qualité de ses eaux, la Galite constitue une destination touristique très sollicitée. En effet, elle joue un rôle très important dans le développement des activités touristiques surtout pour la région de Tabarka (Nord-Est de la Tunisie). Plusieurs clubs de plongée sous-marine sont installés et ils reçoivent des visiteurs de l’intérieur du pays ou des étrangers qui sont, généralement, passionnés par la mer et la plongée et qui désirent visiter la Galite. Il y a aussi les propriétaires des bateaux de loisir qui viennent des ports de plaisance de Tabarka et de Bizerte pour faire des balades dans les alentours de la Galite, plonger et pêcher. La Galite est aussi connue à l’échelle méditerranéenne et elle est visitée pendant la saison estivale par les bateaux de plaisance qui viennent principalement de la France et de l’Italie pour profiter de la beauté des paysages offerts par cette île.

Le paysage terrestre, lui à son tour, constitue une composante attractive de la Galite. En effet, plusieurs sociétés de bateliers tunisiens proposent des excursions sur La Galite. De juin à septembre, 15 à 25 personnes débarquent par bateau lorsque ceux-ci arrivent à faire la traversée. La fréquentation est croissante ces dernières années Ces balades sont l’occasion pour certains passagers de s’intéresser à l’histoire de la Galite, visiter l’ancien village, comprendre comment la vie qui s’y déroulait, redécouvrir l’économie qui existait sur l’île (Pêche à la Langouste, mines de soufre et de cuivre, etc…).

Cette diversité de la flore marine est associée à une diversité ichtyologique importante représentée par plus de 100 espèces de poissons.

Pressions


 

Camping sur la plage de galets (Oussema Fersi, 2021)

En période estivale, il existe une fréquentation touristique de la Galite qui est croissante depuis la révolution en Tunisie. Des bateaux de promenade, mais aussi des embarcations privées, viennent pour la journée (tunisiens essentiellement) ou pour plusieurs jours (italiens principalement) pour profiter de la beauté des paysages de La Galite. En été, la fréquentation peut présenter des pics jusqu’ 50 bateaux de plaisance. Le mouillage des plaisanciers provoque des dommages assez importants sur les herbiers de Posidonies et sur d’autres habitats sous-marins. 

Les bateaux de promenade venant de Tabarka, peuvent débarquer 20 à 30 personnes par bateau, chaque jour. Ces visiteurs, non autorisés, non contrôlés, non sensibilisés à la fragilité de l’île peuvent être amenés à avoir des comportements risqués vis-à-vis de la préservation de l’île (feu de camp, ordures, cueillette, dérangement de colonies de reproduction d’oiseaux, etc…). 

La Galite fait l’objet d’un braconnage assez important des ressources halieutiques. D’une part, les pêcheurs de Tabarka et Bizerte, lors de leur halte à La Galite prélèvent de nombreux poissons pour assurer leur subsistance lors de leur séjour. D’autre part, les visiteurs en bateau venus pour quelques jours pratiquent souvent des activités de pêche à la ligne, en particulier autour des Galitons, mais aussi la chasse sous-marine. 

Plusieurs clubs de plongée tunisiens (à Tabarka et à Bizerte) programment des excursions sur l’Archipel. La qualité des fonds marins, la présence d’épaves bien préservées et la clarté de l’eau sont des atouts non négligeables pour le développement de cette activité. En absence de tout encadrement et sensibilisation, cette activité peut constituer une menace sérieuse pour les écosystèmes côtiers fragiles qui caractérisent l’île de la Galite.

Concernant la Faune terrestre, la principale menace identifiée et qui pourrait mettre à mal la durabilité des populations d’oiseaux et de reptiles sur l’île concerne la présence de prédateurs non autochtones, apportés par l’homme lors de ces allés et venus avec le continent. Le principal prédateur est le rat (rat noir et rat surmulot) qui, en milieu insulaire, peuvent créer des dégâts considérables et anéantir des populations d’oiseaux marins ou de reptiles endémiques en quelques décennies.

Il est important aussi de mentionner que de nombreuses plantations de pins d’Alep pouvant nuire à la dynamique de la flore locale (orchidées) et pouvant refermer et boiser des milieux méditerranéens ouverts caractéristiques des zones littorales thermo-méditerranéennes.

Le joyau inaccessible


La Galite est sans contestation l’île la plus farouche de Tunisie. Loin des yeux mais près  du cœur, elle reste jalouse de son extrême beauté. Son relief est torturé. Elle est éloignée et peu accessible. La mer y est forte tout au plus pendant 270 jours par an. En dehors de la fin du printemps et du début de l’été, on ne sait jamais quand on peut la rejoindre et quand on peut en repartir.  On peut même être surpris en pleine traversée. Une mission organisée en plein mois de mai nous a causé une frayeur. Le vent s’est établi à mi-chemin à force 7, l’embarcation avait à bord une quinzaine d’experts a eu une avarie moteur à 7 miles de Tabarka. Une fois réparée…panne vhf… silence radio. Le reste de l’équipe qui devait rejoindre l’île sur une seconde embarcation n’avait plus de nouvelles et vivait une détresse sans pareil. A bord, l’ambiance était délirante, psychotique, l’équipage et les experts étaient malmenés par les vagues et croyaient leur heure venir. La traversée était prévue pour trois heure et demie dura finalement cinq heures sans répit pour les passagers comme pour les gens qui étaient restés à terre. Puis, miracle, la garnison résident sur l’archipel aperçoit le bateau abrité derrière le Galiton. Rassurés mais à chaque fois inquiets pour toutes les missions. D’autres inquiétudes et d’autres frayeurs nous ont toujours accompagnés à chaque mission sur l’eau, sous l’eau et sur l’île.

Gestion & Conservation


Translocation de l’arapède de Zembra à la Galite (APAL, 2014)

La Galite fait partie de l’AMCP  de l’archipel de la Galite dont l’accès nécessite une autorisation au préalable de la part des autorités responsables (APAL, Garde nationale). Des équipes permanentes de la marine nationale et la garde nationale sont présentes sur l’île de la Galite durant toute l’année. Le dernier plan de gestion recommande prioritairement : i) sur le plan écologique, de conserver les habitats et les espèces notamment  celles en danger : herpétofaune et avifaune, ainsi que les habitats marins et  les poissons de valeur commerciale, ii) la poursuite des investigations et la valorisation du patrimoine culturel, iii) l’intégration des acteurs et des usagers pour une meilleure appropriation du site, IV) partager la gouvernance avec les acteurs et usagers notamment pour légitimer l’existence et le développement de l’aire protégée.

Dans le cadre de la création de l’AMCP de l’archipel de la Galite, l’APAL a mis en place un plan de gestion pour une période de 5 années (2015-2021). Pour la concrétisation de ce plan de gestion, une unité de cogestion a été mise en place en 2020 qui composée de l’APAL, l’association Méditerranée Action Nature et the MedFund (bailleur de fond). Actuellement, un comité local d’aide à la gestion (CLAG) est en cours de constitution pour appuyer l’unité de cogestion.

Pour la réalisation des missions de terrain, l’APAL a acquis une embarcation adaptée avec les caractéristiques naturelles du site (isolement). Des équipements de plongée, de survie, de communication sont aussi disponibles pour faciliter le travail sur l’île.

Actuellement, un appel à consultation est lancé par l’APAL pour acheter une deuxième embarcation afin de renforcer l’équipe de cogestion de la Galite.

Principales ressources bibliographiques


  1. Abbes I., Ben Haj S., Bernard F., Delaugerre M., Ktari N., Maamouri M., Martinez A., Muracciole M., Oro D., Ouni R., Rouissi F., Tranchant Y. & Vidal P., 2008. Archipel de la Galite : recueil de notes naturalistes. Rapport mission PIM. 75 pages.

  2. Andromede., 2010. Etude et cartographie des biocenoses marines de l’Archipel de la Galite. Rapport PIM. 132 pages.
  3. Biotope., 2015. Actualisation du plan de gestion de l’aire marine et côtière protégée de l’archipel de la Galite /Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral. 209 pages.
  4. Chaabane A., 2010. Etude botanique et phytosociologique de l’Archipel de la Galite. Inventaire de la flore et des végétations terrestres. Rapport pour le compte de l’APAL. 344 pages.
  5. Delaugerre M. &Ouni R., 2009. Archipel de la Galite : notes herpétologiques. Rapport PIM. 21 pages.
  6. Delaugerre M. &Ouni R., 2008. Archipel de la Galite : notes herpétologiques 2008. Rapport PIM. 21 pages.
  7. Delaugerre M. &Ouni R., (2007. Observations herpétologiques et naturalistes sur les îles et îlots du Nord de la Tunisie réalisées en mai-juin 2007. Rapport PIM. 30 pages. 
  8. GEOIDD. 2002, Plan de gestion de la Galite/ Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral. Phase 86 paages, phase 2 : 117 pages
  9. Mahé E. 2011 ,Actualiation Plan de gestion de la Galite. Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral. 65 pages plus annexes
  10. Soldati F., 2005. Distribution, taxonomy and lectotypedesignations of Asida Latreille, 1802 (Insecta:Coleoptera: Tenebrionidae) fromAlgeria and Tunisia. Annales Zoologici 2005, 55: 625-632.
  11. Tranchant Y., Ouni R., zarrouk A., Agrebi S., & Renou S., 2008. Archipel de la Galite : notes ornithologiques « oiseaux marins des îlots ». Rapport PIM. 29 pages.

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Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Côte Nord

Sous-bassin : TUNISIE NORD

Plane

Contributeurs :

Aida Abdennadher (PIM), Ridha El Ouni (Consultant) et Yassine Ramzi SGHAIER (Abysse Plongée)

Date de création :  Février 2022

 

Pour citer cette version : ABDENNADHER , A., EL OUNI, R., SGHAIER, Y-R.  (2022). Fiche île : Plane – Sous-bassin : Tunisie Nord. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/plane/

plane-carte
plane-general
Commune Bizerte
Archipel Plane
Surface (ha) 7.3
Linéaire côtier (mètre) 2220
Distance à la côte (Mile nautique) 2
Altitude max (mètre) 14
Coordonnée géographiques Latitude 37° 10′ 54″ N
Longitude 10° 19′ 40″ E
Propriété foncière L’Etat
Gestionnaire(s) Aucun
Statut de protection national Aucun
international Aucun

Description générale


L’île Plane est une île entièrement rocheuse située au prolongement de Cap Farina, plus précisément à 2 km du Cap de Ras el tarf. C’est un plateau s’élevant de huit mètres au-dessus du niveau de la mer et abritant un bâtiment de la marine nationale tunisienne et un phare haut de douze mètres peint en blanc et rouge. Comme tous les phares de la Tunisie, il est sous l’autorité des phares et balises (SPHB) relevant de l’Armée de la Mer du Ministère de la Défense Nationale tunisienne (TUN024). Le phare de l’ile Plane a été construit en 1860 et mis en service en 1888, il mesure 21m (hauteur de la tour), a une hauteur focale de 20m et une portée de 11 à 15 km. La tour est posée sur une base carrée, avec galerie et lanterne. 

Connaissances


L’ile Plane a été décrite lors de la visite du Cutter El Violante d’Albertis, en 1876.

Elle se situe à 4 km au large de rass el tarf montrant une topographie plate, décrite comme un bas plateau. L’altitude maximale y est de 14 m. L’ossature géologique de l’ile est la même que celle des Caps qu’elle devance, à savoir du grès pliocène. Les cartes bathymétriques montrent des profondeurs allant de 10 à 20 m entre Plane et le continent.

Delaugerre et Ouni ont également enrichi les connaissances sur la faune et la flore de cette ile lors de leur expédition de 2009.

Une mission d’actualisation des connaissances a été menée en juin 2021 par une équipe mixte PIM et Abysse plongée avec des experts de différentes disciplines.

 

Gravelot à collier interrompu sur Plane (©A.A.)

PARTIE TERRESTRE

Compartiment ornithologique

Aucun signe de nidification d’oiseaux marins n’a pu être détecté sur l’ile lors de la visite. Un gravelot à collier interrompu montrait un comportement de nicheur mais, ni le nid, ni le poussin n’ont pu être retrouvés.

 

Compartiment botanique

La présence humaine sur un espace aussi réduit a totalement dévasté la diversité écologique de l’îlot: une végétation rare et monotone (Atriplex), des lapins nombreux, des pieds de lentisque étaient présents çà et là (D’Albertis 1878); ils ont aujourd’hui disparu.

Au cours de notre visite de l’île (juin 2021), la seule plante qui gardait encore ses feuilles et était en bon état, est Dittrichia viscosa. Cette dernier est protégée de l’attaque des lapins grâce à la viscosité caractérisant ses feuilles, tandis que les autres plantes, identifiées à l’état sec, sont totalement broutées par les lapins à ras de sol. Au total 9 espèces ont pu être identifiées :

  • Limonium cf. intricatum 
  • Cynomorium coccineum
  • Lavatera trimestris
  • Pancratium maritimum
  • Inula crithmoides
  • Dittrichia viscosa
  • Atriplex sp.
  • Heliotropium supinum 
  • Frankenia pulverulenta

De nouvelles investigations devront être réalisées par des botanistes à des saisons favorables pour cerner la liste finale de la flore de cette île.

 

Compartiment herpétologique

Dans le récit de Violante (1876), les visiteurs ont réussi à capturer un petit reptile de la famille des Gekkonidés identifié comme Hemidactylus verruculatus. Ce dernier n’a pu être retrouvé lors de la visite del’équipe PIM en 2019, ni lors de la visite PIM-Abysse Plongée de 2021. Durant cette dernière visite, deux autres especes ont pu être contactés : Chalcides ocellatus tuligugu et Hemidactylus turcicus. Plusieurs juvéniles ont été observé sous les tas des pierres. Donc au total l’île abrite aujourd’hui deux espèces de reptiles.

 

Compartiment des mammifères

Les lapins sont un peu partout sur l’ile, surtout autour du phare. Plusieurs cadavres ont été retrouvés. Les individus ne semblent pas être dans la meilleure des formes et, à l’époque de la visite, la végétation était peu abondante pour leur assurer une alimentation suffisante.

 

PARTIE MARINE

La ligne de rivage de l’ile Plane est rocheuse à l’exception d’une petite baie sableuse sur la zone sud de l’ile, utilisée par le personnel du phare comme abri. Les fonds marins proches sont peu profonds (entre 2 à 5 m de profondeur) caractérisés par un relief accidenté et le tout entourés par un large herbier de posidonie sur roche pour la partie Nord et sur sable et roche pour la partie Sud. L’épave (37°10’53.68″N/ 10°19’31.44″E) ajoute un élément de complexité au fond marin de l’ile. Les débits métalliques sont éparpillés sur au moins 300 m et jouent le rôle d’un récif artificiel. Les algues photophiles (Padina pavonica, Corallina elongata, Jania rubens, Dictyota dichotoma, Dictyota dichotoma var. intricata, Halopteris scoparia) et les herbiers de posidonie sont en couverture dense et abritent une très grande diversité en termes d’espèces (PNUE/PAM-CAR/ASP, 2009). La paroi présente de nombreuses cavités où un peuplement algues sciaphiles à mode battu est fortement installé.

Au moins cinq grottes sous-marines ont été visitées lors de la mission de terrain à l’ile Plane. Toutes les grottes visitées sont localisées sur la face Sud de l’ile Plane. Toutes les grottes ont des entrées au-dessus du niveau de la mer et le sol est constitué de blocs petits à moyens (2 m max). Les parois de la grotte sont richement colonisées par des éponges encroûtantes et de colonies d’Astroides calycularis qui disparaissent peu à peu vers l’intérieur. On observe aussi l’holothurie (Holothuria forskali), la datte de mer (Lithophaga lithophaga), l’oursin (Paracentrotus lividus), la tomate de mer (Actinia equina), un spirographe (Sabella spallanzani) ; et la crevette (Palaemon sp.). Nous avons également vu un congre (Conger conger), des apogons (Apogon imberbis) et des rascasses de Madère (Scorpaena maderensis). Les champs de Cystoseira mediterranea en mode battu sont développés et forment une ceinture complète de l’ile. De même pour les trottoirs à vermets (Dendropoma petraeum). L’association avec des algues photophiles sur roche représente l’habitat le plus dominant pour la zone proche de l’ile suivie par les herbiers à Posidonie sur roche pour la partie Nord et sur sable et roche pour la partie Sud. 

En plus des 24 espèces de poisson observées au niveau de l’ile Plane, les bancs d’alevin de poisson sont très fréquents au niveau des herbiers à posidonie et au niveau des algues. La faune est dominée d’une part par des petits poissons comme les castagnoles (Chromis chromis), les saupes (Salpa salpa), les mendoles (Spicara maena), le serran-écriture (Serranus scriba) et de très jeune individu du mérou brun (Epinephelus marginatus). Des poissons ichtivores sont également observés (Sparus aurata, Dicentrachs labrax, Seriola dumerili). 

Intérêts


Trottoir à vermets à l’ile plane (© Y. R. SGHAIER)

Le phare de l’ile constitue certainement un point d’attrait principal de l’ile.

Les Espèces observées et inscrites dans l’Annexe II (Liste des espèces en danger ou menacées) et l’Annexe III (Liste des espèces dont l’exploitation est réglementée) par le protocole concernant les aires spécialement protégées et la diversité biologique en Méditerranée sont : Cystoseira mediterranea, Posidonia oceanica, Astroides calycularis, Lithophaga lithophaga, Dendropoma petraeum, Epinephelus marginatus.

Les champs de Cystoseira mediterranea en mode battu, Les trottoirs à vermets (Dendropoma petraeum), les grottes sous-marines et les herbiers de posidonie en bon état de conservation constituent les habitats marins les plus remarquable de l’ile et d’intérêt pour la conservation.

Pressions


 

(Des rejets de fuel sur l’ile Plane Photo ©A.A.)

L’état de dégradation du milieu est notable. Des déchets de construction et des déchets en plastique sont très abondants un peu partout sur la petite ile. 

Quelques espèces exotiques marines ont été inventoriées : Caulerpa cylindracea, Asparagopsis armata, Acrothamnion preissii, et Percnon gibbesi.

Lors de notre prospection, aucun filet de pêche n’a été observé aux alentours de l’ile. Il est surprenant que malgré la complexité et l’hétérogénéité des fonds rocheux à l’ile Plane, très favorables à la présence en abondance des grands poissons (serranidés, sparidés, scorpénidés), ces espaces présentent une pauvreté flagrante de ces espèces. Quelques petits mérous et quelques loups, ont été observé mais avec une très faible abondance. Cela traduit une très forte pression de la chasse sous-marine dans la zone. Cependant, le potentiel de récupération des deux îles serait très élevé, si cette activité était correctement contrôlée.

Gestion & Conservation


   

Photo de l’ile Plane et de son phare emblématique (©A.A.)

Comme tous les phares de la Tunisie, le Phare de l’ile Plane (TUN024) est sous l’autorité des phares et balises (SPHB) relevant de l’Armée de la Mer du Ministère de la Défense Nationale tunisienne.

L’ile ne bénéficie pas jusqu’à aujourd’hui d’un statut de conservation particulier et les données sont encore fragmentaires. Des expéditions plus longues seront intéressantes à mener afin de mieux connaitre les attributs de cette ile et de mieux la protéger de l’impact humain négatif. 

ISOLA PIANA

Extrait d’Albertis, E. (1878): Parte narrativa. Crociera del Violante comandato dal Capitano-Armatore Enrico d’Albertis durante l’anno 1876. Ann. Mus. Storia Nat. Genova, XI: 11-324.


Quest’ isoletta è distante 2 miglia da Capo Farina, nella di-
rezione di Ponente; la sua superficie piana ed elevata di pochi
metri soltanto sul livello del mare diede origine indubitatamente
al suo nome. Essa si estende per due terzi di miglia in lunghezza
da Ponente a Levante, sopra un quarto di miglio di larghezza,
ed è tutta circondata di scogli e frangenti che rendono angusto
il passaggio tra quest’ isola e Capo Farina. Noi vi scendemmo
dal lato di Levante in una piccola insenatura praticata dal mare.
Ivi raccolsi campioni di una specie d’ arenaria giallastm e pa-
recchi fossili, tra i quali grosse ostriche, un pettine ed un bello
echinoderma.
Percorrendo 1′. isola vi trovammo due specie di cisterne fatte
a forma di orciolo e a metà ricolme di terriccio e tramino agevolmente e vi potemmo catturare un piccolo rettile della
tribù dei Gecotidi {HemidactyLus verruculatus) e qualche insetto.
Due colombi selvatici ed una quaglia fuggirono impauriti dalla
nostra presenza. Neil’ isola si trova qua e là qualche arbusto di
lentisco, ma gli spruzzi marini che di continuo la Ijagnano e la
mancanza di terra vegetale non permetterebbero, io credo, col-
tivazione di sorta. Nel centro di essa vidi una pila di pietre a
secco, la quale non è altro probabilmente che un segnale trigo-
nometrico.
Alle 10 rimetto in rotta dopo aver fatto una dragata in
22 metri di fondo con buon risultato. A Mezzogiorno rilevo il
fanale degli isolotti dei Cani per Mezzogiorno Tramontana,
distante 6 miglia.
Mantenendosi il tempo bellissimo e il mare tranquillo non re-
sisto alla tentazione di far qiii pure una discesa, mentre per
cura del nostromo si trae la draga sotto vela.

Principales ressources bibliographiques


  1. D’Albertis, E. (1878): Parte narrativa. Crociera del Violante comandato dal CapitanoArmatore Enrico d’Albertis durante l’anno 1876. Ann. Mus. Storia Nat Genova, 11: 11-324.
  2. Delaugerre, M. & Ouni, R. – Premières observations naturalistes sur Jouzour El Klebe ou Iles Cani (côte Nord de la Tunisie) avec une attention particulière pour la faune herpétologique. Mission de terrain août 09 – Rapport mars 2010, 10p+ annexes.
  3. Delaugerre, M. Ouni, R. et Nouira, S. (2010): Is the European Leaf-toed gecko Euleptes europaea also an African ? Its occurrence on Western Mediterranean landbrige islets and local extirpation.
  4. PNUE/PAM-CAR/ASP, 2009 – Rapport du Projet MedPosidonia – Tunisie (Projet de développement d’inventaire, de cartographie et de suivi des herbiers de Posidonies dans quatre pays méditerranéens: Algérie, Libye, Tunisie et Turquie) par Rais C., Pergent G., Dupuy de la Grandrive R., et Djellouli A. (Groupement Nautilus-Okianos). Edit. CAR/ASP, Tunis: 88 pp + annexes.
  5. Oueslati, A. (2016). Les îles de la côte nord de la Tunisie de l’intérêt d’une géomorphologie encore peu connue et étudiée : le cas de l’archipel de la Galite. Dynamiques Environnementales, 38 :160-187.
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Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Côte Nord

Sous-bassin : TUNISIE NORD

Fratelli

Contributeurs :

Aida Abdennadher (PIM), Ridha El Ouni (Consultant) et Yassine Ramzi SGHAIER (Abysse Plongée)

Date de création :  Février 2022

 

Pour citer cette version : ABDENNADHER , A., EL OUNI, R., SGHAIER, Y-R.  (2022). Fiche île : Fratelli – Sous-bassin : Tunisie Nord. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/fratelli/

fratelli-grande-carte
fratelli-petite-carte
fratelli-grande-general.png
fratelli-petite-general
Commune Bizerte
Archipel
Surface (ha) 0.8 ha
Linéaire côtier (mètre) 806
Distance à la côte (Mile nautique) 2.5
Altitude max (mètre) 45
Coordonnée géographiques Latitude 37.304699°
Longitude 9.408790°
Propriété foncière L’Etat
Gestionnaire(s) Apal (Agence de protection et d’aménagement du littoral)
Statut de protection national Aucun
international Aucun

Description générale


Les îles Fratelli sont deux îlots rocheux inhabités situés au nord de la Tunisie. Ils se trouvent au large de Kef Abbed, plus précisément à deux miles de la côte du gouvernorat de Bizerte. Les îlots fratelli comprennent les îlots Nord et Sud. Ces deux îlots, compacts et abrupts, sont spectaculaires. Une vaste grotte est présente à la base de l’îlot Nord : elle permet le débarquement, puis l’accès au reste de l’îlot en passant par l’orifice supérieur de la grotte, qui a sans doute été ‘percée’ par des tirs et des restes d’obus (Delaugerre et Ouni, 2008).

La façade Est de l’îlot nord de Fratelli est relativement facile d’accès, parvenir au sommet (et en descendre) est nettement plus difficile. Nombreux reste d’obus et impact de tirs.

Connaissances


Puffin cendré en incubation à Fratelli (©H.Z.)

Les îlots sont abrupts et montrent plusieurs traces de tirs d’artillerie. Les courants y sont très forts rendant l’accostage assez difficile. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PARTIE TERRESTRE

 

Compartiment ornithologique

Lors de la visite de juin 2021, plusieurs espèces d’oiseaux ont pu être identifiés : 

  • Environ 10 couples de faucon d’Éléonore en vol
  • Une colonie de puffin cendré en phase d’incubation (10 individus ont pu être recensés durant le temps de la visite)
  • Une colonie de goélands leucophée (environ 30 individus) à des différents stades de la phase de reproduction. Nous avons pu retrouver des poussins âgés de quelques jours mais aussi des adultes encore en phase d’incubation des œufs.

Il n’a pas été possible à l’équipe d’estimer la taille totale de la colonie de puffin cendré vu le temps limité qui nous a été permis par les conditions météorologiques. Des visites nocturnes seraient intéressantes à faire afin d’évaluer la taille de la colonie et sa densité.

Sur la Petite Fratelli, nous avons pu identifier :

  • Quelques adultes de Faucon d’Éléonore (en 2008, 70 couples ont été recensés)
  • Des goélands leucophée (une quarantaine) en différente phase de reproduction: des poussins de quelques jours et des adultes incubant leurs œufs
  • Puffin cendré (une quinzaine d’individus) en phase d’incubation

 

Compartiment botanique

Neuf espèces de plantes ont été identifiées lors de la visite de juin 2021 : 

  • Asteriscus maritimus
  • Limonium cf. intricatum 
  • Cynomorium coccineum
  • Lavatera trimestris
  • Pallenis maritima
  • Rostraria litorea
  • Sarcocornia fruticosa Sedum sp.
  • Capparis sp
  • Beta vulgaris

Lors de la prospection antérieure, celle de Delaugerre et Ouni en 2008, quelques taches d’Inula crithmoides et quelques pieds de Hyosiris radiata et de Beta vulgaris spp. Maritima ont été identifiées. 

Il a aussi été noté que la partie sommitale est bien plus végétalisée avec un peuplement dense de Lavatera sp., de Beta vulgaris, de Sueda vera, mesembryanthemum nodiflorum, Sedum coeruleum et d’ Hyosiris radiata.

 

Compartiment herpétologique

Deux espèces uniquement ont pu être identifiées lors de la visite de juin 2021 : la tarente Tarentola mauritanica et le seps ocellé Chalcides ocellatus tiligugu, ce dernier surtout présent dans la zone sommitale bien végétalisée. Nous n’avons pas pu voir de gecko.

 

PARTIE MARINE

Les îles Fratelli présentent des fonds rocheux dans les dix premiers mètres constitués de tombants abrupts (jusque 10 à 15 m de profondeur) ou/ et de gros blocs rocheux (2 à 4 m de taille sur un fond de 10 m de profondeur) placés en amas chaotiques. Ils sont caractérisés par leur relief accidenté et par la présence de failles, de cavités et de surplombs leur conférant une très forte valeur paysagère. La roche est recouverte d’algues photophiles en couverture dense et très diversifiée en termes d’espèces (Dictyota dichotoma, Halopteris scoparia, Dictyopteris polypodioides…).

La vie fixée est bien répartie entre les espèces animales, dominante sur les parois verticales, protégée de la lumière incidente directe, et la vie végétale dominante quant à elle sur les surfaces subhorizontales. Sur les parois verticales et surtout moins exposée à la lumière, les colonies orange d’Astroides calycularis présentent un caractère remarquable.

Des champs de Cystoseira spp. sont également observés au niveau des iles Fratteli. Ces cystoseires sont en bon état et forment des forêts qu’on peut regrouper en forêts (ou ceinture) à Cystoseira en mode battu. Elles sont fréquentes sur la partie dans les substrats durs soumis à une forte agitation (zone nord et nord-ouest pour la petite Frattelli ; zone nord et nord-ouest pour la grande Frattelli). L’espèce caractéristique est Cystoseira mediterranea. 

Des forêts à Cystoseira en mode calme sont également observés dans les premiers mètres de l’étage infralittoral à l’instar de Cystoseira coespitesa dans les haut-fonds de la zone nord et nord-ouest pour la grande Frattelli.

L’association avec des algues photophiles sur roche représente l’habitat le plus dominant pour les deux iles Fratteli. L’association encorbellement à Corallinales encroûtantes et les faciès à astroides calycularis ont une distribution verticale et sont limite à la partie moyennement à faiblement illuminée dans les tombants des deux iles. Cependant, aucune grotte sous-marine n’a été observée.

Les poissons sont assez nombreux et diversifiés au niveau des iles Fratteli. Pas moins de 26 espèces de poisson ont été observées sur le site. La faune ichtyque est dominée d’une part par des petits poissons comme les castagnoles (Chromis chromis), les oblades (Oblada melanura), les girelles (Coris julis), les saupes (Salpa salpa), les mendoles (Spicara maena)… Dans cette zone nous avons rencontré à plusieurs reprises deux espèces de mérous : le mérou brun (Epinephelus marginatus) et la badèche (E. costae).  D’autre poissons ichtivores sont également observés (Seriola dumerili, Dentex dentex, Dicentrachs labrax, Seriola dumerili).

Micro-évolution ou adaptation morphologique de la tarente à Fratelli


Les observations de 2008 ont relevé la particularité de la population de Tarentola mauritanica de l’ile Fratelli. En effet, il a été noté que « les écailles latérales, sur les flancs et surtout sur la queue sont très développées et hérissées jusqu’à former comme un peigne. Le dessin dorsal se caractérise par un motif de 4-5 barres transversales plus sombres ». Le plus étonnant est certainement le comportement locomoteur ; les adultes observés ‘de nuit en activité) se tiennent la tête dressée et de déplacent par bonds en ne marchant quasiment pas. Cette évolution comportementale très originale n’avait jamais été remarquée ailleurs (Tunisie, Provence, Corse, Sardaigne, Sicile, Lazzio, Toscane, Ligurie) par les observateurs. Les tarentes de ce Fratello Nord ont sans doute engagé un processus de micro-évolution affectant déjà le comportement et l’écaillure.

Intérêts


  PRESENCE DE BATI PATRIMONIAL - non

Ceinture à Cystoseira mediterranea à la petite ile Fratelli (© Y. R. SGHAIER)

Au sein des blocs rocheux et le long du tombant, la vie animale est diversifiée et riche en éponges, bryozoaires, mollusques et crustacés. Sur les blocs, les algues brunes envahissent la surface libre des roches. Les Espèces observées et inscrites dans l’Annexe II  (Liste des espèces en danger ou menacées) et l’Annexe III  (Liste des espèces dont l’exploitation est réglementée) par le protocole concernant les aires spécialement protégées et la diversité biologique en Méditerranée sont : Cystoseira mediterranea, Cystosera Caespitosa, Astroides calycularis, Epinephelus marginatus, Sciaena umbra, Paracentrotus lividus.

Pressions


 

Aucun signe de pollution visible (plastique, déchets divers, filets, etc) n’a été détecté sur l’ile. L’était écologique semble être bon et le site favorable à la reproduction de plusieurs espèces. Des visites nocturnes sont indispensable si une étude approfondie est à envisager.

Les îles Fratelli : la Grande et la Petite, sont deux îles qui se protègent naturellement de la présence humaine par un accès naturellement difficile, de par les courants particulièrement forts autour d’elles rendant l’accostage difficile et risqué. 

Quelques espèces exotiques marines ont été inventoriées : Caulerpa cylindracea, Asparagopsis armata, Lophocladia lallemandii et Oculina patagonica. Seule C. cylindracea somble avoir un caractère invasif au niveau de la grande Fratelli.

A l’exception de filets de pêche observé antre Kef Abed et les iles Fratelli, aucun objet de pêche (y compris perdu) n’as été observé. La présence des espèces-cibles et de tailles intéressante pour la chasse sous-marine (grands serranidés, grands sparidés) confirme que la pression humaine est assez réduite. En raison de la topographie irrégulière des fonds marins et la difficulté d’accès, le site est naturellement protégé.

Gestion & Conservation


   

Photo Fratelli (©Hassen Zaghdoudi)

L’ile ne bénéficie pas jusqu’à aujourd’hui d’un statut de conservation particulier et les données sont encore fragmentaires. Des expéditions plus longues seront intéressantes à mener afin de mieux connaitre les attributs de cette ile et de mieux la protéger de l’impact humain négatif.

Principales ressources bibliographiques


  1. Delaugerre, M. et Ouni, R. 2008. Observations herpétologiques et naturalistes sur les îles et îlots du Nord de la Tunisie; Notes ornithologiques « Oiseaux marins des îlots ». Rapport PIM, 21pp.
  2. Oueslati, A. (2016). Les îles de la côte nord de la Tunisie de l’intérêt d’une géomorphologie encore peu connue et étudiée : le cas de l’archipel de la Galite. Dynamiques Environnementales, 38 :160-187.
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