Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Côte Nord

Sous-bassin : TUNISIE NORD

Plane

Contributeurs :

Aida Abdennadher (PIM), Ridha El Ouni (Consultant) et Yassine Ramzi SGHAIER (Abysse Plongée)

Date de création :  Février 2022

 

Pour citer cette version : ABDENNADHER , A., EL OUNI, R., SGHAIER, Y-R.  (2022). Fiche île : Plane – Sous-bassin : Tunisie Nord. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/plane/

plane-carte
plane-general
Commune Bizerte
Archipel Plane
Surface (ha) 7.3
Linéaire côtier (mètre) 2220
Distance à la côte (Mile nautique) 2
Altitude max (mètre) 14
Coordonnée géographiques Latitude 37° 10′ 54″ N
Longitude 10° 19′ 40″ E
Propriété foncière L’Etat
Gestionnaire(s) Aucun
Statut de protection national Aucun
international Aucun

Description générale


L’île Plane est une île entièrement rocheuse située au prolongement de Cap Farina, plus précisément à 2 km du Cap de Ras el tarf. C’est un plateau s’élevant de huit mètres au-dessus du niveau de la mer et abritant un bâtiment de la marine nationale tunisienne et un phare haut de douze mètres peint en blanc et rouge. Comme tous les phares de la Tunisie, il est sous l’autorité des phares et balises (SPHB) relevant de l’Armée de la Mer du Ministère de la Défense Nationale tunisienne (TUN024). Le phare de l’ile Plane a été construit en 1860 et mis en service en 1888, il mesure 21m (hauteur de la tour), a une hauteur focale de 20m et une portée de 11 à 15 km. La tour est posée sur une base carrée, avec galerie et lanterne. 

Connaissances


L’ile Plane a été décrite lors de la visite du Cutter El Violante d’Albertis, en 1876.

Elle se situe à 4 km au large de rass el tarf montrant une topographie plate, décrite comme un bas plateau. L’altitude maximale y est de 14 m. L’ossature géologique de l’ile est la même que celle des Caps qu’elle devance, à savoir du grès pliocène. Les cartes bathymétriques montrent des profondeurs allant de 10 à 20 m entre Plane et le continent.

Delaugerre et Ouni ont également enrichi les connaissances sur la faune et la flore de cette ile lors de leur expédition de 2009.

Une mission d’actualisation des connaissances a été menée en juin 2021 par une équipe mixte PIM et Abysse plongée avec des experts de différentes disciplines.

 

Gravelot à collier interrompu sur Plane (©A.A.)

PARTIE TERRESTRE

Compartiment ornithologique

Aucun signe de nidification d’oiseaux marins n’a pu être détecté sur l’ile lors de la visite. Un gravelot à collier interrompu montrait un comportement de nicheur mais, ni le nid, ni le poussin n’ont pu être retrouvés.

 

Compartiment botanique

La présence humaine sur un espace aussi réduit a totalement dévasté la diversité écologique de l’îlot: une végétation rare et monotone (Atriplex), des lapins nombreux, des pieds de lentisque étaient présents çà et là (D’Albertis 1878); ils ont aujourd’hui disparu.

Au cours de notre visite de l’île (juin 2021), la seule plante qui gardait encore ses feuilles et était en bon état, est Dittrichia viscosa. Cette dernier est protégée de l’attaque des lapins grâce à la viscosité caractérisant ses feuilles, tandis que les autres plantes, identifiées à l’état sec, sont totalement broutées par les lapins à ras de sol. Au total 9 espèces ont pu être identifiées :

  • Limonium cf. intricatum 
  • Cynomorium coccineum
  • Lavatera trimestris
  • Pancratium maritimum
  • Inula crithmoides
  • Dittrichia viscosa
  • Atriplex sp.
  • Heliotropium supinum 
  • Frankenia pulverulenta

De nouvelles investigations devront être réalisées par des botanistes à des saisons favorables pour cerner la liste finale de la flore de cette île.

 

Compartiment herpétologique

Dans le récit de Violante (1876), les visiteurs ont réussi à capturer un petit reptile de la famille des Gekkonidés identifié comme Hemidactylus verruculatus. Ce dernier n’a pu être retrouvé lors de la visite del’équipe PIM en 2019, ni lors de la visite PIM-Abysse Plongée de 2021. Durant cette dernière visite, deux autres especes ont pu être contactés : Chalcides ocellatus tuligugu et Hemidactylus turcicus. Plusieurs juvéniles ont été observé sous les tas des pierres. Donc au total l’île abrite aujourd’hui deux espèces de reptiles.

 

Compartiment des mammifères

Les lapins sont un peu partout sur l’ile, surtout autour du phare. Plusieurs cadavres ont été retrouvés. Les individus ne semblent pas être dans la meilleure des formes et, à l’époque de la visite, la végétation était peu abondante pour leur assurer une alimentation suffisante.

 

PARTIE MARINE

La ligne de rivage de l’ile Plane est rocheuse à l’exception d’une petite baie sableuse sur la zone sud de l’ile, utilisée par le personnel du phare comme abri. Les fonds marins proches sont peu profonds (entre 2 à 5 m de profondeur) caractérisés par un relief accidenté et le tout entourés par un large herbier de posidonie sur roche pour la partie Nord et sur sable et roche pour la partie Sud. L’épave (37°10’53.68″N/ 10°19’31.44″E) ajoute un élément de complexité au fond marin de l’ile. Les débits métalliques sont éparpillés sur au moins 300 m et jouent le rôle d’un récif artificiel. Les algues photophiles (Padina pavonica, Corallina elongata, Jania rubens, Dictyota dichotoma, Dictyota dichotoma var. intricata, Halopteris scoparia) et les herbiers de posidonie sont en couverture dense et abritent une très grande diversité en termes d’espèces (PNUE/PAM-CAR/ASP, 2009). La paroi présente de nombreuses cavités où un peuplement algues sciaphiles à mode battu est fortement installé.

Au moins cinq grottes sous-marines ont été visitées lors de la mission de terrain à l’ile Plane. Toutes les grottes visitées sont localisées sur la face Sud de l’ile Plane. Toutes les grottes ont des entrées au-dessus du niveau de la mer et le sol est constitué de blocs petits à moyens (2 m max). Les parois de la grotte sont richement colonisées par des éponges encroûtantes et de colonies d’Astroides calycularis qui disparaissent peu à peu vers l’intérieur. On observe aussi l’holothurie (Holothuria forskali), la datte de mer (Lithophaga lithophaga), l’oursin (Paracentrotus lividus), la tomate de mer (Actinia equina), un spirographe (Sabella spallanzani) ; et la crevette (Palaemon sp.). Nous avons également vu un congre (Conger conger), des apogons (Apogon imberbis) et des rascasses de Madère (Scorpaena maderensis). Les champs de Cystoseira mediterranea en mode battu sont développés et forment une ceinture complète de l’ile. De même pour les trottoirs à vermets (Dendropoma petraeum). L’association avec des algues photophiles sur roche représente l’habitat le plus dominant pour la zone proche de l’ile suivie par les herbiers à Posidonie sur roche pour la partie Nord et sur sable et roche pour la partie Sud. 

En plus des 24 espèces de poisson observées au niveau de l’ile Plane, les bancs d’alevin de poisson sont très fréquents au niveau des herbiers à posidonie et au niveau des algues. La faune est dominée d’une part par des petits poissons comme les castagnoles (Chromis chromis), les saupes (Salpa salpa), les mendoles (Spicara maena), le serran-écriture (Serranus scriba) et de très jeune individu du mérou brun (Epinephelus marginatus). Des poissons ichtivores sont également observés (Sparus aurata, Dicentrachs labrax, Seriola dumerili). 

Intérêts


Trottoir à vermets à l’ile plane (© Y. R. SGHAIER)

Le phare de l’ile constitue certainement un point d’attrait principal de l’ile.

Les Espèces observées et inscrites dans l’Annexe II (Liste des espèces en danger ou menacées) et l’Annexe III (Liste des espèces dont l’exploitation est réglementée) par le protocole concernant les aires spécialement protégées et la diversité biologique en Méditerranée sont : Cystoseira mediterranea, Posidonia oceanica, Astroides calycularis, Lithophaga lithophaga, Dendropoma petraeum, Epinephelus marginatus.

Les champs de Cystoseira mediterranea en mode battu, Les trottoirs à vermets (Dendropoma petraeum), les grottes sous-marines et les herbiers de posidonie en bon état de conservation constituent les habitats marins les plus remarquable de l’ile et d’intérêt pour la conservation.

Pressions


 

(Des rejets de fuel sur l’ile Plane Photo ©A.A.)

L’état de dégradation du milieu est notable. Des déchets de construction et des déchets en plastique sont très abondants un peu partout sur la petite ile. 

Quelques espèces exotiques marines ont été inventoriées : Caulerpa cylindracea, Asparagopsis armata, Acrothamnion preissii, et Percnon gibbesi.

Lors de notre prospection, aucun filet de pêche n’a été observé aux alentours de l’ile. Il est surprenant que malgré la complexité et l’hétérogénéité des fonds rocheux à l’ile Plane, très favorables à la présence en abondance des grands poissons (serranidés, sparidés, scorpénidés), ces espaces présentent une pauvreté flagrante de ces espèces. Quelques petits mérous et quelques loups, ont été observé mais avec une très faible abondance. Cela traduit une très forte pression de la chasse sous-marine dans la zone. Cependant, le potentiel de récupération des deux îles serait très élevé, si cette activité était correctement contrôlée.

Gestion & Conservation


   

Photo de l’ile Plane et de son phare emblématique (©A.A.)

Comme tous les phares de la Tunisie, le Phare de l’ile Plane (TUN024) est sous l’autorité des phares et balises (SPHB) relevant de l’Armée de la Mer du Ministère de la Défense Nationale tunisienne.

L’ile ne bénéficie pas jusqu’à aujourd’hui d’un statut de conservation particulier et les données sont encore fragmentaires. Des expéditions plus longues seront intéressantes à mener afin de mieux connaitre les attributs de cette ile et de mieux la protéger de l’impact humain négatif. 

ISOLA PIANA

Extrait d’Albertis, E. (1878): Parte narrativa. Crociera del Violante comandato dal Capitano-Armatore Enrico d’Albertis durante l’anno 1876. Ann. Mus. Storia Nat. Genova, XI: 11-324.


Quest’ isoletta è distante 2 miglia da Capo Farina, nella di-
rezione di Ponente; la sua superficie piana ed elevata di pochi
metri soltanto sul livello del mare diede origine indubitatamente
al suo nome. Essa si estende per due terzi di miglia in lunghezza
da Ponente a Levante, sopra un quarto di miglio di larghezza,
ed è tutta circondata di scogli e frangenti che rendono angusto
il passaggio tra quest’ isola e Capo Farina. Noi vi scendemmo
dal lato di Levante in una piccola insenatura praticata dal mare.
Ivi raccolsi campioni di una specie d’ arenaria giallastm e pa-
recchi fossili, tra i quali grosse ostriche, un pettine ed un bello
echinoderma.
Percorrendo 1′. isola vi trovammo due specie di cisterne fatte
a forma di orciolo e a metà ricolme di terriccio e tramino agevolmente e vi potemmo catturare un piccolo rettile della
tribù dei Gecotidi {HemidactyLus verruculatus) e qualche insetto.
Due colombi selvatici ed una quaglia fuggirono impauriti dalla
nostra presenza. Neil’ isola si trova qua e là qualche arbusto di
lentisco, ma gli spruzzi marini che di continuo la Ijagnano e la
mancanza di terra vegetale non permetterebbero, io credo, col-
tivazione di sorta. Nel centro di essa vidi una pila di pietre a
secco, la quale non è altro probabilmente che un segnale trigo-
nometrico.
Alle 10 rimetto in rotta dopo aver fatto una dragata in
22 metri di fondo con buon risultato. A Mezzogiorno rilevo il
fanale degli isolotti dei Cani per Mezzogiorno Tramontana,
distante 6 miglia.
Mantenendosi il tempo bellissimo e il mare tranquillo non re-
sisto alla tentazione di far qiii pure una discesa, mentre per
cura del nostromo si trae la draga sotto vela.

Principales ressources bibliographiques


  1. D’Albertis, E. (1878): Parte narrativa. Crociera del Violante comandato dal CapitanoArmatore Enrico d’Albertis durante l’anno 1876. Ann. Mus. Storia Nat Genova, 11: 11-324.
  2. Delaugerre, M. & Ouni, R. – Premières observations naturalistes sur Jouzour El Klebe ou Iles Cani (côte Nord de la Tunisie) avec une attention particulière pour la faune herpétologique. Mission de terrain août 09 – Rapport mars 2010, 10p+ annexes.
  3. Delaugerre, M. Ouni, R. et Nouira, S. (2010): Is the European Leaf-toed gecko Euleptes europaea also an African ? Its occurrence on Western Mediterranean landbrige islets and local extirpation.
  4. PNUE/PAM-CAR/ASP, 2009 – Rapport du Projet MedPosidonia – Tunisie (Projet de développement d’inventaire, de cartographie et de suivi des herbiers de Posidonies dans quatre pays méditerranéens: Algérie, Libye, Tunisie et Turquie) par Rais C., Pergent G., Dupuy de la Grandrive R., et Djellouli A. (Groupement Nautilus-Okianos). Edit. CAR/ASP, Tunis: 88 pp + annexes.
  5. Oueslati, A. (2016). Les îles de la côte nord de la Tunisie de l’intérêt d’une géomorphologie encore peu connue et étudiée : le cas de l’archipel de la Galite. Dynamiques Environnementales, 38 :160-187.
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