Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Kuriat

Sous-bassin : TUNISIE EST

Petite Kuriat

Contributeurs :

Sabri JAZIRI ; Sami BEN HAJ

Date de création : 14 Décembre 2021

 

Pour citer cette version : JAZIRI , S., BEN HAJ, S. (2021). Fiche île : Petite Kuriat – Sous-bassin : Tunisie Est. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/petite-kuriat/

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Commune Monastir
Archipel Kuriat
Surface (ha) 49.6
Linéaire côtier (mètre) 4000
Distance à la côte (Mile nautique) 7.1
Altitude max (mètre) 4
Coordonnée géographiques Latitude 35.76750183
Longitude 11.00833321
Propriété foncière Etat – Domaine public maritime (100%)
Gestionnaire(s) Unité de co-gestion : APAL (Agence de protection et d’aménagement du littoral) / NGB (Notre Grand Bleu)
Statut de protection national  
international

Description générale


La petite Kuriat fait partie de l’archipel des îles Kuriat, composé principalement des deux îles, la grande île Qûriya el Kbira et la petite île Qûriya es Sghira  « Conigliera ». La petite Kuriat est située à 35°46’05.77’’ de latitude Nord et à 11°00’22.24’’ de longitude Est à une distance de 15 à l’Est du Cap Monastir. Cet îlot fait 49.6 ha de superficie et 4 km de linéaire côtier, elle est située à une distance de 2,5 km au Sud-ouest de la grande île. La petite Kuriat est de forme quasi-triangulaire qui se caractérise par un relief bas et un couvert végétal dominé par les halophytes. Les côtes sablonneuses de la petite Kuriat s’étale principalement sur les côtes Est et Sud-Est de l’île, le reste des côtes sont soit rocheuses ou marécageuses. Le trait de côte est soumis à une dynamique sédimentaire qui rend visible la constitution et de disparition de flèches sableuses, notamment sur la côte situées sous le vent des vents dominants de nord-ouest. L’importance de l’archipel pour la navigation et la pêche a été mise en évidence depuis les anciens temps. En effet, plusieurs vestiges découverts sur l’île témoignent d’une occupation ancienne, à l’égard des installations de séchage du poisson et des cuves de salaisons qui remontent à l’époque Romaine. On rencontrera également les anciennes infrastructures d’une madrague témoignant d’une pêche prospère jusqu’à la première moitié du XXe siècle.

Connaissances


Vestiges des bâtiments de l’ancienne madrague (A. Abiadn, 2015)

Comme tous les îles et îlots en Tunisie, les prospections naturalistes sont relativement récentes. 

En effet, la première mission de terrain sur l’inventaire aranéologique a été conduite en 2014 sur l’archipel Kuriat dans le cadre des missions PIM. Ces prospections ont permis d’identifier 37 espèces d’arachnide sur l’archipel, les familles d’araignées les plus répandues sont les Araneidae, Gnaphosidae, Salticidae et Theridiidae. Lors de cette mission, on signale la présence de 24 espèces sur la petite Kuriat ( Argiope trifasciata, Argiope trifasciata, Larinioides cornutus et Loxosceles rufescens).

En ce qui concerne la description de la flore terrestre, les principales missions ont été conduites entre 2014 et 2015 dans le cadre de l’initiative des petites îles de Méditerranée (PIM) sur l’archipel. De point de vue descriptif, les plages sablonneuses sont pauvres en espèces édificatrices (seule la présence de Elytrigia juncea a été signalée). Dans les sansouïres, on note la présence de Cynomorio coccinei-Halimionetum portulacoidis sur le fond des sebkhas ainsi que des groupements de Halocnemum cruciatum ou de Arthrocaulon meridionale sur leurs bordures supérieures ; ailleurs, Arthrocaulon participe à une formation mixte avec Sarcocornia perennis et Sarcocornia fruticosa. Les effectifs de goélands qui ne cessent de proliférer d’une année à une autre impact directement les formations de Saginetea, on assiste à la prolifération d’espèces rudérales et nitrophiles opportunistes des Stellarietea mediae.

En ce qui concerne le suivi de la tortue caouanne, les prospections conduites en 1988 par Luc Laurent sur l’archipel, ont mis en évidence la nidification de la tortue caouanne Caretta caretta. Depuis 1990, des missions de terrain ont été réalisé par l’INSTM en collaboration avec l’APAL et le SPA/RAC pour le suivi de cette espèce, et ont montré que la tortue caouanne (Caretta caretta) est la seule espèce qui nidifie régulièrement sur les plages des îles Kuriat, qui sont principalement sablonneuse s’étalant de l’est au sud-est de l’île et ce qui reste des plages sont soit marécageuses ou bien rocheuses. Sur la petite Kuriat, les nids sont déposés généralement sur la plage Est où sont installées toutes les bases de tous les opérateurs touristiques ce qui augmente les risques de perte et de perturbation. En 2019, on a enregistré un total de 16 nids sur la petite île qui est plus important que la moyenne des nids déposés depuis 1993.

Les connaissances relatives à l’avifaune dans la petite Kuriat remonté en 1963 suite aux observations faites par M Smart et depuis 2014 des missions de terrain sont organisées par l’AAO/Birdlife en partenariat avec les PIM et l’APAL. Aux alentours de 99 espèces appartenant à 35 familles différentes ont été dénombrées dans l’archipel des îles Kuriat. Sur la petite Kuriat on signale la présence d’essentiellement : la Caille des blés (Coturnix coturnix), Canard souchet (Spatula clypeata), le Canard pilet (Anas acuta), le Martinet pâle (Apus pallidus), le Coucou geai (Clamator glandarius), la Tourterelle des bois (Streptopelia turtur), la Tourterelle maillée (Spilopelia senegalensis), la Grèbe huppé (Podiceps cristatus), la Grèbe à cou noir (Podiceps nigricollis), le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola), le Grand Gravelot (Charadrius hiaticula), le Goéland railleur (Chroicocephalus genei), la 

Mouette mélanocéphale (Larus melanocephalus), le Goéland leucophée (Larus michahellis) dont les effectifs ne cessent d’augmenter ces dernières années pour atteindre 6750 individus en 2019 sur la petite île. La présence importante d’oiseaux terrestres, surtout au printemps, vient confirmer l’utilisation des îles Kuriat comme site de passage et d’escale par de nombreuses espèces durant les migrations.

Les connaissances relatives aux habitats marins dans l’archipel ont été conduites suite aux expertises chapoté par le SPA/RAC et l’APAL (2008, 2010 et 2011), qui ont pu mettre en évidence une multitude d’espèces et d’habitats marins d’intérêt majeur pour la conservation.

– Les faciès à herbier de Posidonies, qui peuvent être différenciés en (Herbier à Posidonies sur roche ; herbier à Posidonies sur sable ; Matte morte de Posidonies) (Posidonia oceanica est inscrite dans l’annexe II de la convention de barcelone et l’annexe I de la convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe (Convention de Berne))

– Les récifs barrières de posidonies ;

– Bancs de sable

– Herbier à Cymodocées

– Fonds à macroalgues photophiles

– Fond de maërl

Les connaissances relatives à l’activité de la pêche dans les îles Kuriat sont très anciennes (De Fages e. et Ponzevera C. 1903). Actuellement, plusieurs actions de suivi de la part de l’équipe de cogestion de l’AMCP Kuriat sont menées (SPA/RAC, 2018, 2019, 2021) pour la gestion de l’activité de pêche dans la zone. D’après le dernier diagnostic sur l’activité de pêche au tour de l’AMCP kuriat (SPA/RAC, 2021) plusieurs activités de pêche illicite sont identifiées dans la zone particulièrement, le chalutage, El Derra, Kiss cherkaou (pour la pêche de l’athérine), les nasses en plastiques, la pêche sous-marine anarchique surtout en apnée autour de la grande Kuriat qui est très fréquente et cible le poulpe et le mérou.

Les efforts de conservation de la caouanne Caretta caretta face à la fréquentation estivale :


La fréquentation des bateliers touristiques ne concerne que la petite Kuriat, puisque la grande Kuriat n’est pas accessible au grand public. La fréquentation des visiteurs se concentre sur la côte Est et sud-ouest de l’île « zone Kairouana » sur un linéaire côtier de 1400m. En 2019 on a enregistré à peu près 16 814 visiteurs, avec 15734 arrivants sur des embarcations touristiques, et on estime que la moyenne des visiteurs est de 330 par jour pour le mois d’Aout. 

Cette fréquentation des estivants et bateliers coïncide avec la période de pente de la tortue caouanne Caretta caretta sur la petite Kuriat qui est une qui nidifie sur les plages de la petite île principalement entre Juin et Aout.

La ponte et l’émergence des nouveau-nés commence au mois d’Août et s’étend jusqu’à Octobre. La caouanne est « En Danger » en vertu du classement de la Liste Rouge des Espèces Menacées de l’UICN. Sur le plan national, sa protection est assurée par la promulgation de la loi n° 94-13 du 31 juillet 1994 du Ministère de l’Agriculture et son décret d’application du 28 septembre 1995 qui organise les activités de pêche et le décret annuel du Ministère de l’Agriculture organisant la chasse. Ces textes législatifs interdisent la capture, le colportage et le commerce des tortues marines. 

 

Dans le but de protéger cette espèce et son habitat, l’équipe de cogestion APAL/NGB ne cessent d’entreprendre des campagnes de sensibilisation des visiteurs présents sur l’île, dans les ports de pêche.  Plusieurs campagnes d’éducation environnementale ont été conduites dans ce sens pour les écoliers de la région.

 

Avec cet effort de sensibilisation, s’ajoute l’effort de signalisation. En effet, des signalétiques indiquant la présence des nids ont été installées sur la plage, pour éviter la perturbation de ces nids.

 

Une canalisation de la fréquentation sera nécessaire sur la petite île. Cette approche ne sera que bénéfique pour la préservation des habitats cette espèce. Sans pour autant oublier l’activité de pêche au tour de l’île, qui est intense. Les filets de pêche posés près des côtes peuvent gêner les femelles nicheuses ainsi que les nouveau-nés, qui peuvent finir émaillés dans ces filets après leur émergence. Ce qui nécessite un suivi plus rapproché de l’activité de pêche de la part de l’équipe de cogestion durant toute cette période.

Intérêts


Pancratium maritimum caractéristique des plages sableuses au niveau du campement (S. Ben Haj, 2015)

La petite île présente un intérêt considérable pour la conservation sur tous les plans.

Sur le plan faunistique, plusieurs espèces recensées dans l’île figurent dans la liste des espèces menacées ou en danger (Annexe II du protocole ASP/DB), notamment la tortue caouanne où la nidification dans le site est très ancienne décrite pour la première fois en 1988. La posidonie (Posidonia oceanica) qui est une espèce emblématique de la méditerranée.

Pour l’avifaune marine et terrestre, la petite île est considérée comme un site de passage pour plusieurs espèces d’oiseaux marins et terrestres durant la période de migration.

L’archipel d’une manière générale est reconnu comme une zone clé pour la Biodiversité. Il est considéré comme un site d’hivernage et de nidification pour plusieurs espèces d’intérêt pour la conservation. Le couvert végétal terrestre est caractéristique des avants-plages et des zones humides situées à l’intérieur de l’île.

Pour les écosystèmes marins, il existe une multitude d’espèces et d’habitats qui ont un d’intérêt majeur pour la conservation. Notamment, les faciès à herbier de Posidonies, qui peuvent être différenciés en (Herbier à Posidonies sur roche ; herbier à Posidonies sur sable ; Matte morte de Posidonies), les récifs barrières de posidonies, les herbiers à Cymodocées, les fonds à macroalgues photophiles et les fond de maërl.

Pressions


Amoncellement de déchets dans la nature (A. Abiadh, 2015)

L’AMCP Kuriat subit plusieurs formes de pressions qui sont la cause de la détérioration de la faune et la flore. Sur la petite Kuriat, on peut citer principalement :

La présence du rat noir Rattus rattus qui constituait une menace pour les espèces en danger notamment pour la tortue caouanne, les œufs des oiseaux et les poussins. Cette espèce a été éliminée suite à la campagne menée en 2015, la première en son genre sur une île aussi grande et qui a conduit à une éradication de ce prédateur des deux îles.

La fréquentation humaine : qui doit être bien gérer pour ne pas mettre en entrave les efforts de conservation. Le campement installé au sud  de l’archipel entraîne un amoncellement de déchets, des perturbations sonores et par le mouvement même des visiteurs. L’enlèvement systématique des banquettes de posidonies (protectrices contre l’érosion) favorise l’érosion d’une île très vulnérable. L’activité pêche autour de l’archipel est intense. Cette activité peut impacter les femelles des tortues caouanne lors de leurs déplacements vers la plage ou bien pour les nouveau-nés qui peuvent finir émaillés dans les filets après leur émergence. 

Plusieurs techniques de pêche prohibées sont utilisées aux alentours de l’archipel, qui nécessite une interdiction totale, vu que ces pratiques notamment El Derra, les nasses en plastiques et les arts traînants dans les faibles profondeurs sont dangereuses pour l’écosystème marin.

Gestion & Conservation


Réflexion autour du plan de gestion participatif de 2015 (S.Ben Haj, 2015)

A ce jour, les îles Kuriat ne disposent pas d’un statut particulier de protection, l’accès y est néanmoins limité. Toutefois des camps sont aménagés sur la côte sud et sud-ouest, ces camps destinés aux estivants transportés par des bateliers depuis la côte. La petite Kuriat n’est pas protégée aussi bien que la grande Kuriat qui est zone militaire.  

La petite Kuriat comme la grande Kuriat a fait l’objet de nombreuses actions : jusqu’à 2015 des inventaires sous-marins ont été engagés par l’APAL, l’INSTM et le CAR/ASP, d’autre part la caouanne a fait l’objet d’un suivi annuel régulier par l’INSTM.

Depuis 2015, les actions de conservation et de mise en valeur se sont multipliées : inventaires terrestres, campagne de dératisation, de cabanes d’accueil et de sensibilisation… ainsi que la sensibilisation et l’éducation environnementale toutes ces actions ont été menées par le tandem Notre Grand Bleu et APAL, avec l’appui du CAR/ASP, du CEPF, du Conservatoire du littoral et des PIM ainsi que de nombreux autres experts et bénévoles. 

Dès l’achèvement du plan de gestion, en 2015, les actions se sont poursuivies de plus belle : aménagements de sentiers sous-marins, de sentiers, comptage de poissons,, poursuite des inventaires, outre les actions de routine programmées dans le plan de gestion.

Pour la concrétisation des différentes actions prévues dans le plan de gestion, l’APAL a adopté une approche participative basée sur le principe de cogestion. De ce fait, une équipe de cogestion est présente sur la petite Kuriat qui assure les activités de suivi et mise en œuvre le plan de gestion de l’AMCP depuis 2015 dans le cadre d’une convention de partenariat tripartite entre l’APAL, l’association Notre Grand Bleu et le The Medfund.

Actuellement, l’enquête publique est achevée à l’échelle nationale pour aboutir à la création de l’aire protégée de l’archipel de Kuriat à travers un décret de création.

Principales ressources bibliographiques


  1. SPA/RAC– ONU Environnement/PAM, APAL, NGB, 2019. Suivi de la nidification de la tortue marine Caretta caretta sur les îles Kuriat. Par Imed Jribi et Mohamed Nejmeddine Bradai. Ed SPA/RAC – Projet Kuriat, Tunis : 27 pages.
  2. SPA/RAC– ONU Environnement/PAM, 2021. Cartographie des habitats marins clés et évaluation de leur vulnérabilité aux activités de pêche dans l’AMCP des îles Kuriat – Tunisie. CAR/ASP – Projet MedKeyHabitats II n° 7/2018_RAC SPA, Tunis, 179 pages.
  3. DIMASSI Najet, SAYADI Mohamed Amine, JRIJER Jamel, 2015. Inventaire Aranéologique de l’Archipel des îles Kuriat. Note naturaliste Initiative PIM. 12 pages.
  4. Hichem AZAFZAF, Yves KAYSER, Claudia FELTRUP-AZAFZAF, Sami REBAH, Naoufel HAMMOUDA, Hedi AISSA, Hammed MALLAT, Samar KILANI, Ahmed ZADEM, Sahbi DOREI, Amel MECHEMECH et Jamel JRIJIR. 2020. Go-South Bull., 17, 140-155.
  5. DE FAGES E. ET PONZEVERA C. 1903, Les pêches maritimes de la Tunisie, Tunis, Editions Bouslama, 181p.
  6. PNUE-PAM-CAR/ASP, 2021. Élaboration de Stratégie de surveillance pour atténuer les activités de pêche illégale sur les habitats marins sensibles à l’AMCP Kuriat. Par Jaziri Sabri et Ben Haj Sami., Ed. CAR/ASP – Projet NTZ/MPA, Tunis, 95 pages (en cours de publication).
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