Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Oran

Sous-bassin : ALGÉRIE

Habibas - Gharbia

Contributeur :

Tarik MOKHTARI

Date de création : 19 Décembre 2017

Habibas (Bing Maps)
KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA
Commune Oran
Archipel Archipel des îles Habibas
Surface (ha) /
Linéaire côtier (mètre) 4400
Distance à la côte (Mile nautique) 5
Altitude max (mètre) 105
Coordonnée géographiques Latitude
Longitude
Propriété foncière Domaine public de l’Etat (100%)
Gestionnaire(s) Commissariat National du Littoral (2011)
Statut de protection national  Réserve naturelle (2002) , Réserve naturelle marine (2003)
international ASPIM (2005)

Description générale


Avec ses 40 hectares, l’archipel des îles Habibas est le plus grand archipel d’Algérie. Il est situé 9 km au large du Cap Blanc et de la plage de Madagh et à 17 km du port de Bouzedjar et du Cap Figalo. Depuis 2003 les îles Habibas bénéficient d’un statut de réserve naturelle marine et terrestre. La partie marine s’étend sur 2700 hectares. L’île Gharbia (l’île à l’ouest en arabe) est la plus grande île de l’archipel, elle mesure 1300 mètres de long et abrite 3 baies : la baie des nymphes, la baie de la morte et la baie des pêcheurs. Cette dernière est la plus fréquentée. En contournant le grand rocher, on arrive au petit débarcadère qui est adjacent à une toute petite plage. Dans cette baie en face du quai, les pêcheurs avaient construit une quinzaine de cabanons, les premiers semblent avoir été bâtis dans les années 1930, la vie aux îles Habibas était rythmée par les pêches extraordinaires. Ces cabanons ont été délaissés avec le temps et sont tombés en ruine. Dans le cadre de la mise en place de la réserve naturelle et l’aménagement de l’archipel, ces ruines ont été rasées en novembre 2012 pour que la baie retrouve son état naturel et sauvage. Il existe un petit sentier terrestre qui mène à la plage de la baie de la morte ou au phare qui culmine à 105 mètres d’altitude. Ce phare est habité en permanence par un gardien de l’ONSM (Office National de Signalisation Maritime) qui veille sur son bon fonctionnement. Lorsque le ciel est dégagé, depuis cet endroit, on a une superbe vue d’ensemble de l’archipel, sur l’île Plane à l’est et sur une bonne partie de la côte oranaise allant du Cap Figalo au Cap Lindless.

A l’issue de l’escale de La Calypso aux îles Habibas en août 1977, le commandant Jacques Yves Cousteau avait écrit un très bel article faisant l’éloge de l’archipel, il décrivait l’archipel comme un paradis, un eden sous-marin : « Je me pince, je n’y crois pas. J’ai l’impression de rêver les yeux ouverts. Je me suis déshabitué à contempler tant de splendeurs en Méditerranée. Je suis saoulé de beautés. Aux îles Habibas, la Méditerranée ressemble à ce qu’elle devrait partout redevenir si nous étions assez sages”. Il cite la rencontre furtive avec le phoque moine. Jean Georges Harmelin qui faisait partie de l’équipage scientifique lors de cette mission a réussi a immortaliser cette rencontre par de belles photos. Les phoques moines fréquenteront l’archipel jusqu’au début des années 1990 puis ils ont disparu aussi bien des Habibas que des côtes algériennes en général.

ENCADRE : Nordine, gardien du phare, gardien de l’archipel pendant 22 ans


Quand il était jeune homme, Nordine fréquentait régulièrement la plage de Madagh qui se trouve 8 km en face des îles Habibas. Il pouvait rester des heures a les contempler sans s’en lasser. A l’âge de 26 ans il a embarqué en tant que marin sur un sardinier de Bouzedjar, ça lui a permis de faire plusieurs escales sur l’archipel ce qui a confirmé son amour pour cet endroit féerique. Il s’est rapproché du gardien de phare et s’est renseigné sur la procédure de recrutement. La semaine d’après il était à la direction de l’ONSM (Office National de Signalisation Maritime) au port d’Oran avec son dossier soigneusement préparé. Après avoir fait un mois d’essai au port d’Oran, il a fait ses armes en effectuant des remplacements aux phares du Cap Falcon, sur l’îlot d’Arzew et sur les îlots des 2 frères à Ghazaouet. Ce n’est qu’après 3 ans qu’il a été affecté aux îles Habibas, il était tout content, il venait de concrétiser un rêve d’enfant. Ce rêve durera pendant 22 ans. Tous les jours c’était le même rituel. Nordine se leve, prend son café, s’attelle à quelques taches ménagères puis monte balayer la terrasse du toit. Celle-ci sert à la récupération des eaux pluviales qui sont stockées dans des bâches d’eau. Il utilise cette eau pour la vie quotidienne et comme eau potable aussi. Ensuite, il descend faire un tour d’inspection de l’ensemble de l’archipel. C’est impressionnant tous ce que la mer peut rejeter comme objets. Les plus insolites d’entre eux, Nordine les a collectionné dans une armoire dans le phare, c’était un peu son musée personnel. Ensuite il pêche un peu à la ligne, 2 ou 3 poissons, de quoi manger à midi. Puis se dirige vers le port et remonte au phare vers 16 heures. Au Coucher du soleil, il met en marche le phare et s’en occupe toute la nuit. Pour faire marcher le mécanisme d’éclairage il faut remonter un poids toutes les 2 heures puis en 1993 le phare est devenu automatique. Mais il faut quand même veiller à son bon fonctionnement. On n’est jamais à l’abri d’une défaillance. Il n’y a jamais eu d’incidents aux îles Habibas même mais dans les années 2000 un sardinier a percuté l’île Plane suite au dysfonctionnement de son phare et quelques années plus tard le même scénario s’est produit à Lourmiga. En milieu de nuit le patron-pêcheur avait confié la barre à son jeune neveu inexpérimenté et est allé s’assouplir un peu. Si le phare fonctionnait la collision aurait été évitée. Les longues journées passées en solitaire sur l’île convenaient très bien à Nordine. Il avait comme seul compagnon Kahla sa chienne. Mais il reconnait que recevoir de la visite de temps en temps était réconfortant. Dès qu’il y avait un bateau qui accostait dans le petit port, il allait à la rencontre de ses passagers. Parfois c’était de simples touristes à qui il était fier de faire visiter le phare en leur offrant un bon café bien chaud. Parfois c’était des hôtes plus prestigieux tels que les experts scientifiques algériens et étrangers venus étudier l’archipel. Alors le temps de leur séjour Nordine donnait le meilleur de lui-même pour les aider dans leur mission. Il garde aussi un souvenir émouvant de ces personnes hors du commun qui ont fait escale sur l’archipel. Parmi eux un Allemand solitaire sur son voilier de 35 mètres qui est venu 5 années de suite et cette Française d’un certain âge atteinte d’une maladie incurable qui pour réaliser son dernier souhait de faire le tour du monde a loué un voilier et les services de son skipper. Il y a eu aussi des moments moins conviviaux tels que ce jour où la mer s’est subitement agitée contraignant un sardinier avec les 27 ouvriers qu’il avait amené pour faire des travaux de réfection du phare a rester à quai pendant 3 jours. Un autre jour c’était le tour de 5 glisseurs et un chalutier, faisant prisonniers leurs 54 passagers pendant 2 jours. Les hommes ont dormi dans les cabanes des pêcheurs dans des conditions précaires, les femmes et les enfants sont montés au phare pour qu’ils puissent bénéficier d’un minimum de confort. 2 des enfants sont tombés malades et ont dû être rapatriés sur le continent par les gardes-côtes dans des conditions difficiles de navigation dans une mer déchaînée. Cette vie de gardien de phare alternant semaines paisibles a surveiller le trafic maritime et contempler l’horizon, journées conviviales à la rencontre de visiteurs et journées tumultueuses où le mer est capricieuse s’est arrêtée un jour de 2012 suite à un malentendu. On avait fait miroiter à Nordine un poste mieux payé dans une autre entreprise toujours en rapport avec la mer, il a cru bien faire en démissionnant de l’ONSM mais n’a jamais signé d’autres contrats. Il regrette amèrement sa décision. De Bousfer il regarde la côte, il regarde les îles Habibas et tous les soirs il pleure. Les 22 ans passés sur l’archipel était la plus joyeuse partie de sa vie.
Tarik Mokhtari

Connaissances


Depuis toujours, les scientifiques algériens quel que soit leurs spécialités se sont intéressés aux îles Habibas, les études réalisées se sont multipliées lors du projet de classement de l’archipel en réserve naturelle par des missions de terrains menées par le ministère de l’environnement, le CNL (Commissariat National du Littoral) avec le renfort d’experts algériens et étrangers ce qui fait des Habibas, l’archipel dont on a le plus de connaissances aujourd’hui en Algérie.

Sur le plan botanique, la toute première étude publiée a été menée par le Dr R. MAIRE et le Dr E. WILCZEK en 1936, des études plus récentes ont été publiées notamment par Errol VELA de l’université d’Aix-Marseille suite à des missions de terrain dans le cadre de l’initiative PIM (Petites Îles de Méditerranée) au printemps 2006 et 2007. On compte 97 espèces présentes sur l’île, 7 groupements végétaux ont été cartographiés, ceux occupants le plus d’espace sont le groupement arbustif à Salsola oppositifolia et Lycium intricatum et la pelouse à Anthemis chrysantha en mosaïque avec arbustes. Hormis quelques facteurs de perturbation, la population végétale des îles habibas est dans un bon état de conservation.

Sur le plan ornithologique, l’île est habitée par une très dense population de goélands leucophées(Larus michahellis), leur nombre a été estimé à 2150 couples lors d’une mission de terrain en mai 2006. Leur présence perturbe les populations de goélands d’Audouin(Larus audouinii), cette espèce rare et fragile a été observée lors de chaque mission mais avec des estimations très variables. En 2006 leur nombre a été évalué à 538 couples sur l’ensemble de l’archipel dont 257 couples sur l’île Gharbia. L’année d’après, curieusement aucun goéland d’Audouin n’a été observé. En 2008 uniquement 5 individus ont été vus et en juin 2011 trois colonies ont été observées sur l’archipel dont 2 sur l’île Gharbia avec une population de 32 individus. Le faucon d’Eléonore est une espèce exclusivement insulaire ; il hiverne en Afrique orientale et à Madagascar et rejoint les îles méditerranéennes en avril-mai pour se reproduire de mi-juillet à octobre. 5 couples avaient été observés par BOUKHALFA en 1990, les observations lors des missions PIM ont confirmé sa présence avec une population estimée à 30 couples. L’île abrite aussi 500 couples de puffins cendrés et d’autres espèces présentes en quantité moindre tel que le cormoran huppé de méditerranée, l’aigrette garzette, le balbuzard pêcheur ou encore le faucon pèlerin.

En ce qui concerne le milieu marin, les habitats sont exceptionnels, propices à une vie sous-marine riche. Sur les photos prises par des pêcheurs il y a quelques décennies, on note la prise de poissons de grandes tailles telles que les mérous, les badèches, les liches et les dentis. La présence de crustacés était aussi très importante avec de grosses langoustes et de grandes cigales et une présence beaucoup moins marquée pour les homards. Suite à la pêche excessive, les stocks halieutiques se font effondrés. Lors d’un inventaire fait par Jean Georges HARMELIN et Michel TILMANN en 2006 et 2007, une trentaine d’espèces ont été inventoriées ce qui est une abondance moyenne. Il a été noté la présence de badèches (Epinephelus costae) de petites tailles (30 – 40 cm) et quelques mérous (Epinephelus marginatus) dont un qui mesurait 80 cm. Leur comportement était fuyant ce qui est un indicateur de chasse sous-marine soutenue. Le paysage sous-marin est exceptionnel avec de larges couloirs à gorgones et une riche faune fixée. Il y a beaucoup moins de poissons que ce qu’on pourrait espérer compte tenu du potentiel de l’habitat. On déplore l’absence de corbs et de posidonie (Posidonia oceanica) pourtant présente sur le contient. On note aussi la présence de patelles géantes (Patella ferruginea), une espèce devenue rare en méditerranée. Lors d’un recensement de F. ESPINOSA en avril 2008, leur nombre était estimé à 577, lors d’un recensement en novembre 2014 par Mohammed El Mustapha KALLOUCHE leur nombre a été estimé à 321 individus dont les plus grandes atteignent presque 10 cm, signe que les visiteurs de l’île ne sont pas intéressés par le prélèvement de cette espèce.

Sur le plan herpétologique, F. Doumergue avait fait un premier inventaire qu’il avait publié dans “Essai sur la faune erpétologique de l’Oranie” en 1901. Une actualisation des connaissances en Algérie est en cours. En mai 2007 lors d’une mission PIM sur le terrain, des prospections ont été faites par Olivier PEYRE du cabinet Naturalia. Pendant 4 jours. 6 espèces de reptiles ont été recensées et aucune espèce amphibienne. Il s’agit de 5 sauriens (lézards) : la tarente de Maurétanie avec plus d’une centaine d’individus observés sur l’ile gharbia), l’Hémidactyle verruqueux, le Seps ocellé, le lézard à lunettes et le Trogonophide de Wiegmann. Une seule espèce de serpent a été observé furtivement, une couleuvre à capuchon d’Abubaker.

Intérêts


L’archipel des îles Habibas présente un grand patrimoine bio-écologique avec un niveau d’endémisme élevé et la présence de nombreuses espèces rares ou menacées aussi bien terrestres que marines.

Sur le plan ornithologique on peut noter la présence d’une des plus importantes colonies de goélands d’Audouin en Méditerranée, c’est une espèce protégée en Algérie et par plusieurs convention internationales(les conventions de Barcelone, de Bonn et de Ramsar et par le plan Birdlife international. Les puffins cendrés sont difficiles a observer car ils ne fréquentent leurs nids que la nuit. Des prospections ont été faites régulièrement et leur population est estimée à 500 couples ce qui fait des îles Habibas, le site le plus important de reproduction des puffins cendrés en Algérie.

Le cormoran huppé est une espèce rare, il n’a été décrit que 6 sites de nidification en Algérie, 5 à l’est du littoral algérien entre l’île de Colombi et El Kala et le 6eme aux îles Habibas. Cette espèce est protégée en Algérie par décret et par les conventions de Ramsar et celle de Barcelone. 13 couples ont été répertoriés lors d’une mission de terrain en 2008, leur maintenir et leur développement est une des priorités du plan de gestion de l’archipel. D’autres espèces bénéficiant d’un statut de protection en Algérie sont présente sur l’archipel tel que le Faucon d’Eléonore, le balbuzard pêcheur et l’Aigrette garzette.

Sur le plan botanique, il y a 16 espèces végétales d’intérêt patrimonial, parmi elles Anthemis chrysantha et Stachys brachyclada, il y a 9 espèces végétales endémiques, parmi elles le choux des Habibas ou Brassica spinescens endémique du Nord-Ouest de l’Algérie, cette espèce n’a été observée qu’aux îles Habibas et sur une falaise du Cap Falcon à l’ouest d’Oran et Spergularia pycnorrhiza dont la présence n’a été décrite qu’aux Habibas et à Aïn Franin à l’est d’Oran.

Au niveau marin de nombreuses espèces rares, remarquables et protégées en méditerranée on été inventoriées aux alentours de l’île, on citera les algues rouges (Lithophyllum lichenoides et Hypnea cervicornis), l’algue brune Cystoseira stricta, et la présence importante de patelles géantes (Patella ferruginea). Parmi les espèces animales on note la présence du madréporaire colonial Astroides calycularis, du triton Charonia nodifera et de l’étoile de mer Ophidiaster ophidianus, la présence de la gorgone rouge Paramucea clavata et de la grande nacre Pinna nobilis et de la petite nacre Pinna pernula. L’oursin diadème Centrostephanus longispinus est aussi présent mais plus rare.

Les habitats sous-marins sont propices pour accueillir en bon nombre des espèces emblématiques de la méditerranée tel que le mérou brun Epinephelus marginatus ou la grande cigale, ces espèces sont présentes mais en faible quantité. Pour le reste des espèces, les fonds marins autour de l’île représentent une zone de nurserie pour un bon nombre d’entre eux. De nombreux alevins et juvéniles sont observés à faible profondeur lors des différents inventaires.

En plus de la richesse de la biodiversité terrestre et marine qui attire les touristes et les scientifiques venant de la région, des autres villes d’Algérie ou de l’étranger, il est a noter plusieurs autres curiosités telles que le cimetière des naufragés du Sidi Bel Abbes, un paquebot qui a été torpillé par un sous-marin allemand le 20 avril 1943. Une quinzaine de corps rejetés par la mer sont enterrés dans un cimetière en hauteur de l’île, et au sommet, le beau phare de 12 mètres de hauteur est l’un des premiers phares d’Algérie, il a été construit par le service des phares et balises en 1879 et a une portée de 20 miles nautiques. Quelques rares vestiges suggèrent une présence romaine, aucun écrit ne relate cette partie de l’histoire qui reste a écrire.

ENCADRE : Le cimetière des îles Habibas



Sur les hauteurs des îles Habibas à mi-chemin entre le port et le phare, dans un petit carré entouré d’un muret, 4 mots laconiques sont écrits sur une plaque en marbre : « à nos camarades regrettés ». Plusieurs rumeurs circulaient sur l’origine de ce petit cimetière, certains disaient qu’une tempête s’était déclaré et que toutes les personnes sur l’île était mortes de faim et de soif, d’autres colportaient qu’une épidémie de choléra avait décimé l’équipage d’un bateau mais en lisant le livre « Eclats d’enfance à Mazagan » de Jean Louis Morel, on apprend ce qui s’est réellement passé ce 20 avril 1943. Un jour où le destin de son père a basculé alors que Jean Louis n’avait que 2 ans. Le Sidi-Bel-Abbes était un joli paquebot de 112 mètres de long, propriété de « La Société Générale de Transports Maritimes », il avait été réquisitionné pendant la 2eme guerre mondiale par la Marine Nationale Française pour le transport des troupes. En provenance de Dakar et après une escale à Casablanca, il devait rejoindre Oran avec à son bord le 7eme Régiment des Tirailleurs Sénégalais et leurs officiers Français, mais il n’arrivera jamais à bon port. Au large des îles Habibas, à 45 kilomètres au nord-ouest d’Oran, les 1287 passagers se sont fait surprendre par un sous-marin allemand ; La menace était permanente pendant cette période, et l’équipage savait que plusieurs sous-marins allemands sillonnaient la méditerranée. Dans les jours qui précédèrent le drame, l’alarme retentit plusieurs fois, c’étaient des exercices et tout le monde devait rejoindre le pont du bateau immédiatement. Quand la sonnerie retentit à 6h40 ce matin du 20 avril, beaucoup de passagers restèrent couchés, pensant que c’était encore un exercice comme les précédents. Sauf que cette fois-ci, il y avait réellement un sous-marin allemand dans les parages ; Quelques minutes plus tard, une torpille arrive droit sur Le Sidi-Bel-Abbès, percutant une des cales où se trouvent 50 tonnes de munitions. Puis une seconde, qui touche la chaufferie, achevant la dislocation de la partie avant de la coque. Le Sidi-Bel-Abbès coule instantanément, emportant avec lui 834 corps. Les autres bateaux qui faisaient partie du convoi ne se sont pas arrêtés pour porter secours aux naufragés du Sidi-Bel-Abbes, c’était la consigne car ils risquaient de se faire torpiller eux aussi. Seul le pétrolier Lorraine balança au passage quelques radeaux de sauvetage. Le sous-marin allemand réussi a prendre la fuite et ce n’est que vers 10 heures du matin que les secours revinrent sur les lieux du drame. Parmi les survivants, beaucoup sont évacués vers l’hôpital Baudens à Oran, ils souffraient de blessures ou de brûlures graves. Au cours de la matinée en faisant leur ronde sur l’île, Charles Crespo et monsieur Garcia découvrirent une scène macabre sur la face nord. Une quinzaine de corps se sont échoués sur les îles Habibas, ils gisaient sur les rochers. “J’ai aussitôt prévenu par morse la Marine Nationale française. Et une vedette est arrivée du Cap Figalo”, expliquera plus tard Charles Crespo qui vient d’apprendre que quelques heures auparavant, un convoi de plusieurs navires a été attaqué par un sous-marin allemand. Deux bateaux ont été coulés : Le Michigan, un pétrolier américain, et Le Sidi-Bel-Abbès. Avec l’aide de la Marine Nationale ils ont enterré ces corps sur les hauteurs de l’île. Il y avait une quinzaine de corps de Sénégalais et un seul corps de Français. Quelques temps plus tard, une femme venue de France s’est rendu sur l’île avec la Marine Nationale. Elle voulait savoir si son mari était enterré la. Le corps du blanc a été déterré mais au vu des effets personnels, il ne correspondait pas à son mari. En ce triste jour du 20 avril 1943, Jean Louis Morel est devenu orphelin de guerre et il ne connaitra jamais son père. La vie n’a pas été tendre avec lui et malgré le temps et les décennies passées, la peine ne s’est pas atténuée. Toute sa vie il a cherché a savoir si un hommage avait été rendu à son père ou si son sacrifice avait été oublié par tous. Ce n’est qu’en septembre 2015 qu’il découvrit avec grande émotion le nom de son père gravée sur la stèle commémorative de ce tragique naufrage qui se trouve dans le cimetière chrétien de p’tit lac à Oran. Son dernier souhait est que les visiteurs des îles Habibas connaissent l’origine de ce petit cimetière. Il a fait concevoir une belle plaque en faïence qui sera posée dans le cimetière. Avec ce geste symbolique il rend un dernier hommage a son père et aux 833 autres victimes du naufrage du Sidi Bel Abbes; de jeunes soldats français et sénégalais venus de Dakar pour combattre le nazisme et qui sont morts avant même de commencer la guerre.
Tarik Mokhtari

Pressions


La pêche était l’activité principale des séjours aux îles. Depuis toujours, les îles Habibas ont représenté le paradis des pêcheurs. Il y a eu une pêche excessive que ca soit en plongée sous-marine, à la ligne ou avec des filets et des chaluts, ce qui a fait baisser énormément les stocks halieutiques. Le nombre de bateaux fréquentant l’île pour pratiquer toute sorte de pêche a beaucoup augmenté pendant les années 2000. Lors des derniers recensements effectués, on note très peu de poissons de grandes tailles et leurs comportements est fuyant. L’interdiction de pêche a été effective en septembre 2011, la répression exercée par le service des gardes-côtes et le travail de sensibilisation des ecogardes du CNL a fortement limité le nombre de pêcheurs. Il persiste cependant quelques braconniers qui continuent a fréquenté l’île mais on espère que les stocks halieutiques vont se régénérer.

La présence de rats noirs (Rattus rattus) en quantité très importante sur l’île est un problème, cette espèce invasive a été introduite accidentellement grâce aux bateaux fréquentant l’île, les rats noirs n’ont aucun prédateur, par contre ils ont un impact négatif sur les populations d’oiseaux marins en consommant les œufs des puffins cendrés et sur la flore terrestre en consommant les graines, les plantules et les fruits des plantes. Des compagnes d’éradication des rats noirs sont menées régulièrement mais comme sur les autres îles qui subissent le même problème d’invasion, c’est un objectif très difficile a atteindre, ça reste une priorité pour la préservation des oiseaux marins.

La présence d’un grand nombre de colonies de goélands leucophées est un facteur de déséquilibre des écosystèmes de l’île. Leurs déjections est à l’origine de changements chimiques des sols par nitratation et enrichissement en matières organiques ce qui favorise le développement de plantes nitrophiles opportunistes aux dépens de la végétation originale. Le piétinement excessif sur les reposoirs entraine une dégradation de la flore et la mise à nue du sol. Ils dérangent les colonies de goélands d’Audouin avec lesquels ils sont tres probablement en compétition.

Le lichen gris ou Pepetra est une espèce remarquable présente sur l’île, il aurait des vertus pour soigner les calculs rénaux. Quelques malades demandent aux touristes ou aux gardiens de phares de leur en amener à l’occasion. Il est de temps en temps prélevé en petite quantité et ramené au continent.

Gestion & Conservation


Les îles Habibas dépendent administrativement de la commune d’Aïn el Karma, elles sont propriété du domaine de l’état algérien. En 1997 la direction générale de l’environnement a chargé l’ISMAL (Institut des Sciences de la Mer et de l’Aménagement du Littoral) de la réalisation d’une étude en vue du classement des îles Habibas en réserve naturelle. La procédure de classement a abouti en mars 2003. L’archipel est géré par le CNL, un organisme qui dépend du Ministère des Ressources en Eau et de l’Environnement. Il dispose de plusieurs directions régionales sur tout le littoral algérien, celle d’Oran est en charge de l’archipel où plusieurs ecogardes sont affectés y faisait des rotations régulières.

Dans le cadre de la convention de Barcelone, les îles Habibas ont été classées en 2005 comme ASPIM (Aire Spécialement Protégée d’importance méditerranéenne). Le Conservatoire du Littoral français a porté assistance au ministère de l’environnement algérien pour faire aboutir le projet de mise en place de la réserve naturelle. Plusieurs missions scientifiques ont été organisées dans le cadre de l’initiative PIM (Petites Îles de Méditerranée) ayant eu comme résultats l’amélioration des connaissances et la formalisation de propositions pour la rédaction et la mise en œuvre du schéma de gestion. Ce dernier a été rédigé en 2005 et réactualisé en avril 2013. On y trouve une description précise et détaillée de l’archipel, de ses atouts en matière de biodiversité marine et terrestre et leur valeur patrimoniale, les programmes et les actions a mettre en œuvre et les objectifs a atteindre pour une gestion optimale de ce site paradisiaque.

La réouverture de l’archipel au grand public se fera à court terme. Il faudra que cet accueil soit encadré autrement il risque d’y avoir des impacts négatifs sur les espèces fragiles de l’archipel. La réglementation doit être clairement affichée dès l’arrivée sur l’archipel des touristes et les actions de sensibilisation devront être multipliées. Les îles Habibas peuvent devenir rapidement un site phare et exemplaire pour le développement du tourisme de la nature en Algérie. Avec un développement d’activités économiques axées sur l’accueil et l’hébergement du public sur les communes proches du site. Il faut déterminer les différentes zones soumises à une réglementation particulière. Les zones de nidification des goélands d’Audouin ou les zones de présence d’une flore exceptionnelle seront interdites au public qui devra circuler sur l’île en suivant des sentiers bien balisés. Des activités jugées non destructrices seront autorisés tout en étant contrôlées. L’accès à l’île ne sera autorisé que pour de courtes durées, a savoir une visite à la journée, de préférence encadré par un guide de la réserve. L’accès à l’île de nuit et le bivouac seront interdits. Les aires marines protégées est une notion nouvelle en Algérie et la mise en réserve des îles Habibas a été perçue comme une contrainte par la population locale, l’accès y est interdit depuis 2011. À terme l’accès devrait être autorisé, réglementé et la pêche interdite. Un grand travail de sensibilisation doit être fait pour faire accepter le projet à la population en leur expliquant la valeur patrimoniale de la richesse de sa biodiversité et sa capacité a devenir un exemple pour le développement de l’écotourisme du Pays, ca serait un modèle en méditerranée avec des retombées économiques qui peuvent être conséquentes pour la région.

Le ministère charge de l’environnement a initié depuis un processus pour accélérer le classement de cet espace biostratégique pour le bassin sud occidental de la Méditerranée et un Schéma d’aménagement et d’orientation de gestion de l’île de Rachgoun a été élaboré par les experts mobilisés par le Conservatoire Français du Littoral en 2006 dans le cadre de la coopération algéro-française (projet d’Appui au Commissariat National du Littoral (MATE/CNL-FFEM.CdL/2006-2012).

Principales ressources bibliographiques


  1. Réserve des iles Habibas, notes naturalistes, petites îles de méditerranée. 2004/2007
  2. Mission de terrain Réserve Naturelle des îles Habibas PIM08, Vincent Mouret, avril 2008.
  3. DOUMERGUE F., 1901. – Essai sur la faune erpétologique de l’Oranie. bull.Soc. Géogr Archéol. Oran, XIX-XXI, Imprimerie Fouque, Oran : 404 p
  4. Jean-Patrick DURAND, Suivi ornithologique des populations d’oiseaux marins des îles Habibas (Algérie), Note naturaliste PIM, 2011.
  5. MAIRE R. et WILCZEK E., 1936 – Florule des îles habibas.- Bull. Soc. Hist. Nat. Afr. Nord, 26 Bis : 61-78
  6. Schéma de gestion de l’archipel des îles Habibas. Avril 2013
  7. Morel J.L.,Eclats d’enfance à Mazagan. Livre édité à compte d’auteur.
  8. Le journal des orphelins de guerre et des pupilles de la nations. numéro 731(Novembre 2015).
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