Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Archipel de Zembra

Sous-bassin : TUNISIE NORD

Zembra

Contributeurs :

Sami Ben Haj

Date de création : 22 Février 2021

 

Pour citer cette version : BEN HAJ , S. (2021). Fiche île : Zembra – Sous-bassin : Tunisie Nord. Atlas des Petites Iles de Méditerranée. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/zembra/

zembra-carte
Commune Nabeul
Archipel Archipel de Zembra
Surface (ha) 389
Linéaire côtier (mètre) 9000
Distance à la côte (Mile nautique) 6
Altitude max (mètre) 433
Coordonnée géographiques Latitude 37.1277771
Longitude 10.80611134
Propriété foncière 100% Publique
Gestionnaire(s) Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (APAL)/ Association ASPEN
Statut de protection national Parc National (1977)
international ASPIM et ZICO (2001)

Description générale


L’île de de Zembra fait partie de l’archipel de Zembra-Jebel Haouaria, situé dans la partie à l’ouest de la pointe du Cap Bon tunisien. En face du littoral de Sidi Daoud et à l’extrémité orientale du golfe de Tunis, l’île de Zembra, la plus grande île de l’archipel s’étend sur une superficie de 389 ha avec un linéaire côtier de 9000m. Elle se trouve à 13 km de Ras EL Hmar, 15 km de Sidi Daoud et 55 km de la Goulette.

 

Zembra appartient au climat subhumide supérieur à hivers chaud en basse altitude et frais en haute altitude. Il est de type méditerranéen, caractérisé par des périodes prolongées d’ensoleillement, les périodes tempérées sont relativement courtes. La saison chaude caractéristique de cet étage bioclimatique se prolonge aux mois d’automne. Les pluies sont généralement sous forme de violentes averses de courte durée, accompagnées le plus souvent de vents très forts. C’est un site très ventilé avec en moyenne 300 jours ventés par an. La pluviométrie varie entre 450 et 600 millimètres par an et se situent généralement vers 550 mm.

 

Le golfe de Tunis doit son existence à un effondrement situé sur le prolongement de la grande faille Nord Sud qui traverse la Tunisie et qui passe à quelques kilomètres seulement à l’ouest de Zembra. La structure de l’île de Zembra présente une série monoclinale faillée de façon importante. L’île est constituée par une série stratigraphique allant des calcaires massifs gris coquillés du Crétacés supérieur aux argiles et grès fins du Miocène.

 

Au niveau de l’île de Zembra, la morphologie se caractérise par des côtes accores dont des falaises importantes atteignant les deux cent mètre de hauteur au niveau de Capo Grosso. Il existe des éboulis importants, des blocs rocheux et des plages de galets. L’île culmine à 433m, son hauteur moyenne dépasse les 200m.

 

La côte Est de Zembra est la moins abrupte, elle présente des reliefs moins accusés et des grottes aériennes. La côte sud est sous forme de vallée plus basse dans laquelle sont installé l’ancien hôtel et le port. La côte ouest située entre la Cathédrale et capo grosso présente les falaises les plus imposantes et les paysages les plus impressionnants (conque de vénus, Lantorcho…).

 

La bathymétrie de l’île de Zembra révèle un profil assez serré qui s’étend entre 0 et 60 m. Le voisinage sous-jacent à l’ile et les fonds voisins du Cap Bon présentent des pentes relativement plus douces avec des profondeurs variant entre 0 et 20-25 m.

 

Concernant la courantologie générale, l’île est située dans une zone sous l’influence du courant général de méditerranée, des eaux du golfe de Tunis et des interactions entre les régimes de vents, de houle et la morphologie côtière. Quant à la marée, elle est principalement semi diurne. Le marnage de cette aire maritime septentrionale ne dépasse pas souvent 0,45m (avec un maximum de 0,6 m) (BCEOM, 1960).

 

La présence de l’homme sur Zembra remonte très probablement au paléolithique moyen (durant la civilisation atérienne, 20000 à 18000 av. J.-C.) lorsque l’archipel était rattaché au continent par le haut fond en direction d’Ain Jorf-Rass El Ahmar au Nord-Est de Sidi Daoud (Oueslati, 1995). 

 

L’île de Zembra est restée sans présence humaine importante jusqu’en 1960, date à laquelle, la Société Tunisienne de Banque (STB) installa un centre nautique constitué de plusieurs bungalows. Après l’échec de ce projet en 1976, a permis à la Marine Nationale de revendiquer le site et de l’occuper à partir de 1979. Cette présence militaire poursuivi jusqu’à nos jours est justifiée par le contrôle des eaux marines au large de l’archipel.

Connaissances


Puffin de Scopoli ( ©Louis Marie Préau)

Sur le plan historique, l’île de Zembra a fait l’objet d’une occupation humain sur une très longue période. Les fouilles effectuées au début des années 1990 sur les sites archéologiques de l’île montrent une occupation dense dans l’antiquité et révèlent une présence allant de l’époque punique à celle Byzantine. Ceci montre que Zembra constituait jadis une étape de navigation sur la route maritime du port de Carthage (Oueslati 1995), une amère de délimitation des frontières maritime et des voies de navigation (dans le cadre de traités entre Romains et Carthaginois) (Weyland 1926 in Boudouresque et al. 1986), ainsi qu’une terre à vocation religieuse. En effet, les récits anciens et les vestiges du terrain (nécropole punique de Zembra) soupçonnent les Carthaginois d’accomplir certains rituels et sacrifices religieux sur l’ile (Weyland op. cit ; Oueslati 1995).

 

D’autre part, A. Oueslati (1995) note la présence de témoins d’aménagement de pente (terrassettes, murs de soutènement) appartenant à différentes générations depuis l’antiquité jusqu’à peut-être le moyen âge (probable occupation médiévale). Ces aménagements auraient servi à une mise en valeur agricole et de protection du sol contre l’érosion avec certaines présentant des formes circulaires pouvant jouer le rôle d’enclos pour le bétail. Une présence assez notable marque l’époque moderne. Au 19ème siècle, Zembra fut un abri pour les italiens fuyant la répression de Garibaldi (Boudouresque op cit). Cependant, l’archipel était resté plutôt déserté au cours des temps récents (essentiellement présence militaire et douanière). La période de l’après-guerre a connu une occupation de quelques familles d’origine sicilienne vivant de l’élevage caprin et de la fabrication de fromage.

 

Le classement de l’archipel de Zembra comme parc national depuis 1977 a joué rôle très important dans la préservation de la végétation terrestre de l’île de Zembra qui constitue des garrigues et maquis ressemblant à la végétation de la zone de Kroumirie, Mogod du nord de la Tunisie et surtout à celle du Cap Bon. Sur l’île de Zembra les groupements identifiés sont ceux à  Staticeto-Loletum allionii ; Oleo lentiscetum Helianthemetalea et Isoetalea.

 

La flore de Zembra est épanouie et luxuriante au centre de l’île et plus pauvre vers les flancs qui sont exposés aux vents forts et aux embruns. L’île a la particularité de présenter trois zones distinctes: 

 

-Une ceinture littorale qui est la zone battue par les vents et les embruns et dont la végétation est contituée d’espèces telles que Chritmum maritimum, Senecio leucanthemifolius ssp crassifolia, Senecio cinerea var typicus, Capparis spinosa, Brassica cretica ssp atlantica, Lavatera Punctata, Mesembryanthemum crystallinum, Mesembryanthemum nodiflorum, Daucus carotasso hispanicus… 

 

– Une enveloppe externe ventée qui se présente sous forme de buisson de lentisques avec des pieds d’oléastres et Genévrier de Phénicie. Ce buisson ne dépasse généralement pas 1m de hauteur et prend plusieurs formes selon la pente, l’altitude et l’exposition aux vents. Ainsi, plus il est exposé à des vents forts plus il est dégradé. 

 

– une zone intérieure à deux étages différents selon l’altitude. En effet, à moins de 200m d’altitude, la végétation est dominée par Pistacia lentiscus, Phillyrea angustifolia, Myrtus communis et Juniperus phoenicia, alors que plus haut on retrouve Arbutus unedo, Erica arborea comme espèces principales formant des buissons plus ou moins haut.

 

Pour la végétation marine, elle à son tour est bien développée sur les fonds des alentours de l’île de Zembra. La phanérogame marine, Posidonia oceanica,  présente dans toute la zone marine entourant l’île Zembra. Ne formant généralement pas d’herbiers étendus, elle se présente sous forme discontinue et éparpillée, souvent en touffes aussi bien sur les fonds meubles que plaquée sur les tombants rocheux et entre les rochers. 

 

La cymodocée Cymodocea nodosa peuple les substrats sableux de l’Est et du Sud-Est de l’île de Zembra. On la rencontre dans des zones bien éclairées et abritées de la houle, entre 15 et 35 mètres de profondeur, où elle forme des taches ou de vastes prairies sur le sable fin bien calibré. 

 

D’autres habitats marins sont aussi caractéristiques de l’île de Zembra à savoir les sables fin bien calibrés débutent dans les faibles profondeurs à proximité du port où ils peuvent s’étendre jusqu’à -40 mètres et les sables grossiers et fins graviers sous influence des courants de fonds qui commencent à partir de – 30 mètres en limite inférieure des éboulis rocheux et des grosses roches ainsi que du sable fin à l’Est de Zembra. Un faciès à maërl au Sud-Ouest de Zembra, autour de Lantorcho et à l’Est du Capo Grosso qui est formé de sable grossier blanc et de rhodophytes calcaires libres (Corallinacea).

 

Les fonds à coralligènes sont situés de part et d’autre de Capo grosso et autour de l’îlot Lantorcho. Il commence au nord de l’île de Zembra vers -45m il se caractérise par des peuplements d’algues rouges (Phyllophora nervosa), d’ascidies du genre Aplidium, de gorgones, de madrépores et de scléractinaires.

 

Sur le plan faunistique, l’île de Zembra se caractérise par une biodiversité animale très importante aussi bien pour la partie terrestre que la partie marine. Plusieurs études scientifiques et missions d’inventaires dans le cadre des actions PIM ont permis d’identifier des populations diversifiées (Andromède,. 2010 ; Ouni,. 2018 ; Ficetola & Padoa-Schioppa, 2009; Domina & EL Mokni,. 2012).

 

Pour herpétofaune, il a été observé cinq espèces de reptiles dont trois lézards (Chalcides ocellatus, Psammodromus algirus et Hemidactylus turcicus) et deux serpents (Ficetola & Padoa-Schioppa, 2009).

 

Concernant l’avifaune sur Zembra, plusieurs études ont permis de dénombrer 138 espèces d’oiseaux dont la majorité est de passage (RAC/SPA, 1986). Les principales espèces phare en méditerranée existant à Zembra sont le puffin cendré Calonectris diomedea, le puffin Yelkouan ou puffin de méditerranée Puffinus yelkouan, le goéland d’audouin Larus audouinii, le cormoran huppé Phalacrocorax aristotelis desmarestii, l’océanite tempête Hydrobates pelagicus melitensis etle faucon pèlerin Falco peregrinus.

 

Pour les mammifères terrestres, l’île de zembra est peuplée par le mouflon de Corse, un ovin sauvage endémique de la Corse et de la Sardaigne. Il s’agit d’une espèce introduite par les forestiers sur ce site pendant les années 60. La population n’a pas subit de comptage ni d’évaluation depuis les années 80 où elle comptait une vingtaine d’individus. 

 

Le lapin de garenne est un autre mammifère commun à Zembra. Elle fréquente les zones côtières et les espaces ouverts où la végétation n’est pas très dense comme la plaine, les oueds et les ravins. L’île de Zembra étant rocheuse les lapins se sont adaptés en ne creusant pas de terriers mais en confectionnant des cachettes sous la végétation ou en vivant dans des crevasses entre les rochers.

 

Pour les invertébrés marins, 194 espèces sont connues à Zembra, dont une majorité d’éponges, de cnidaires et de mollusques. Les populations de poissons sont, à leur tour, très diversifiées avec plus de 74 espèces identifiées. Les mammifères marins sont représentées à Zembra par une seule espèce qui le grand dauphin. 

L’Archipel de Zembra…dernier rempart de la Patelle géante Patella ferruginea en Méditerranée ?


Patella ferruginea est l’invertébré marin endémique le plus menacé des côtes rocheuses de la Méditerranée occidentale. En 1986, un total de 20 000 individus ont été estimés, avec 0,7 ind /m2, 4,4 cm de taille adulte moyenne et un faible taux de recrutement. En 2009, la population de Zembra a été estimée à 38 559 individus avec 2,65 ind / m2, 5,42 cm de taille moyenne adulte et un taux de recrutement assez élevé. En Tunisie, l’espèce ne survit que sur quelques côtes rocheuses du nord du pays (Tlig-Zouari et al ,. 2010, Espinosa et al., 2013), mais selon Espinosa & Bazairi (2009) et Espinosa et al. (2013), le Parc national de l’archipel de Zembra abrite toujours l’une des plus grandes populations de Patelle ferrugineuse. Aujourd’hui, la population du Parc National de Zembra est considérée étant la plus importante en Tunisie et peut être dans toute la Méditerranée Occidentale. En 2015, cette population de l’Archipel de Zembra a été estimée à 40 404 en 2015, avec une densité moyenne allant de 0,1 à 8,5 ind /m2 avec un maximum de 25 ind /m2 sur certains rivages. Cela fait de l’archipel l’un des «points chauds» méditerranéens les plus importants pour P. ferruginea, car il possède une population importante et bien conservée de cette espèce.

La variabilité de la taille de la population est influencée par divers facteurs biotiques et abiotiques, mais elle est principalement affectée par le braconnage de l’espèce. Les braconniers ciblent des individus de plus de 6 cm de longueur, et l’étude du sex-ratio a montré que plus de 70% des individus deviennent des femelles à cette taille. De plus, le taux de croissance est faible et P. ferruginea peut nécessiter de nombreuses années pour atteindre une taille adulte importante. La perte de potentiel de reproduction due au braconnage entraîne inévitablement un déséquilibre important dans la population de la patelle. Cependant, la protection de l’archipel de Zembra à partir de 1977, même si elle a été transgressée par moments, a probablement déterminé l’état actuel de conservation de P. ferruginea dans l’archipel de Zembra.

Source : Anis Zarrouk

Intérêts


L’île de Zembra présente un intérêt culturel important se traduisant par la présence, jusqu’au ce jour, d’un patrimoine historique qui témoigne le passage de l’homme depuis la période punique jusqu’au 19ème siècle. Les éclats d’obsidiennes, de silex et de fragments de poterie trouvés sur l’île montre la présence de l’homme au Néolithique qui a du se servir des excavations de type taffonis comme abris. Un site néolithique comprenant des ossements fossiles a été découvert derrière Onk Jmel à l’Est, face aux bungalows. La proximité de l’île du continent est facteur qui a pu peut être encouragé l’homme à à s’y installer.

 

Zembra est caractérisée par un intérêt écologique très important à signaler vu qu’elle abrite une multitude d’espèces animales et végétales, marine et terrestres considérées comme espèces patrimoniales, protégées, menacées ou de grande valeur commerciale et économique.

 

Pour la flore terrestre, l’île de Zembra abrite des espèces endémiques : Dianthus rupicola var hermaensisScabiosa farinosa et Melica minuta susp euminuta. 14 autres espèces végétales sont  présentes et elles sont qualifiées rares.

 

La valeur patrimoniale de l’archipel des Zembra provient en grande partie de sa richesse ornithologique. Le Puffin cendré, un Procellariiforme endémique du Bassin méditerranéen considéré comme vulnérable en Europe en raison des récents déclins de ses populations et de sa vulnérabilité aux menaces tant terrestres que marines, est une espèce caractéristique de l’île Zembra. Une mission de dénombrement des effectifs nicheurs effectuées conjointement par l’APAL et le Conservatoire du littoral dans le cadre de l’Initiative PIM en juin 2010 a révélé une population de 141 780 couples.

 

Il est important de signaler le grand intérêt du site sur le plan faunistique qui réside dans le fait qu’il constitue une étape incontournable pour les oiseaux migrateurs dans leurs périples saisonniers à travers le détroit de Sicile entre l’Europe centrale et l’Afrique : voie de migration médiane à travers la Tunisie et le détroit de Sicile (145 km), d’importance similaire à celle de Gibraltar à l’ouest, le Bosphore et la Mer Rouge à l’est, les effectifs sont moins importants mais la richesse spécifique est plus importante, plusieurs espèces orientales utilisent cette voie avant de se rendre en Europe Centrale puis vers la Sibérie.

 

La végétation marine à Zembra est à son tour bien développée et elle constitue un patrimoine écologique très important. Les herbiers de posidonie qui couvrent les fonds marins dans les alentours constituent un support indispensable pour la nidification et la multiplication des poissons et par conséquent le renouvellement du stock dans la zone. Au niveau du secteur sud de l’île de Zembra, à partir du port, la posidonie couvre des superficies plus étendues, dans des profondeurs allant de 0-2m à – 25 ou -30m. La limite inférieure la plus profonde du site se trouve à l’Est de Zembra ou l’hydrodynamisme est le moins agressif et atteint les -37m.

 

Les fonds marins de Zembra, sous forme d’une mosaïque de posidonie et de roches, sont richement colonisés par les poissons tels que les mérous bruns (Epinephelus marginatus), les mérous royaux (Mycteroperca rubra), les corbs (Sciaena umbra), les sars à tête noire (Diplodus vulgaris) et les sars communs (Diplodus annularis), les serrans-écriture (Serranus scriba), les mendoles (Spicara maena) et les castagnoles (Chromis chromis). 

 

Plusieurs autres espèces d’invertébrés, de haute valeur écologique, sont rencontrées sur les fonds de Zembra et elles représentent la majorité des groupes taxonomiques connus à savoir les mollusques (Pinna nobilis, Pinna rudis, Patella ferruginea, ect…) ; les cnidaires (Asteroides calyculari, Eunicella singiularis, Eunicella cavolinii, ect…); les crustacés (Schyllarides latus) et les échinodermes (Centrostephanus longispinu). 

 

Sur le plan socioéconomique, l’île de Zembra joue un rôle très important dans la dynamique de tourisme dans la région. En effet, dès l’année 2011, beaucoup de privés et associations ont communiqué sur les valeurs paysagères et naturelles de ce sites, induisant une augmentation de la fréquentation vers cette zone. La plongée sous-marine est une activité très sollicitée dans les alentours de Zembra. Les gens viennent pratiquer ce loisir pour découvrir les paysages sous-marins de l’île et profiter de la qualité des eaux qui la caractérisent. Les passionnés par les randonnées viennent à leur tour explorer la partie continentale de l’île.  Des pêcheurs se sont partiellement ou totalement reconvertis en transporteurs de personnes intéressés par des gains supérieurs à ceux de l’activité de pêche dont les revenus ont sensiblement régressés suite à la réduction des prises.

 

Malgré que la pêche soit interdite sur un rayon de 1,5 mile au tour de l’île de Zembra, cette dernière constitue une réserve naturelle qui joue un rôle primordial dans le développement de ce secteur dans la région. En effet, ses caractéristiques naturelles et biologiques la rendent une zone de grossissement  qui alimente les zones adjacentes en poissons exploitables. Située à proximité de deux ports de pêche (Sidi Daoud et Haouaria), Zembra constitue un facteur favorable pour la continuité de cette activité surtout avec les perturbations écologiques que subissent les stocks exploitables.

Pressions


La proximité de l’île de Zembra du continent (6 miles) a favorisé développement de l’activité de tourisme de plaisance dans cette zone. Durant la saison estivale, la fréquentation du site constitue une menace sérieuse pour l’équilibre écologique des différents écosystèmes caractéristiques de l’île. En absence d’un encadrement des randonneurs, les sorties sur la partie terrestre endommage la végétation locale suite à son piétinement et les prélèvements des espèces par des amateurs ou dans certains cas par des scientifiques. D’un autre côté, ces sorties sur continent constituent une source de dérangement de colonies nicheuses (goélands d’Audouin, puffins). Sans oublier pour autant les quantités de déchets qui peuvent être engendrées par ses activités et qui sont, en absence de sensibilisation, abandonnées sur l’île et par conséquent elles constituent une autre menace pour les populations animales terrestres et marine.

Le patrimoine historique de l’île est aussi menacé par ce type d’activité suite au prélèvement d’éléments archéologiques par les visiteurs.

 

La plongée sous-marine est une autre activité très développée dans les alentours de Zembra. Les clubs de plongée installés à Haouaria ramènent leurs clients pour explorer les écosystèmes marins spécifiques de l’île. Ces activités engendrent dans la plupart des cas des dommages pour les ces habitats et elles constituent une nuisance pour les populations ichtyologiques de la zone. 

Le mouillage des bateaux de plaisance est, à son tour, une autre menace liée à l’activité de tourisme exercée dans les alentours de Zembra ce qui provoque des dommages assez importants sur les herbiers de Posidonies et sur d’autres habitats sous-marins. 

Les prélèvements illicites par la pêche récréative et la pêche aux hameçons à partir des bateaux de plaisance sont d’autres menaces qui s’ajoutent pour l’île de Zembra. Il faut signaler aussi que les populations de la patelle géante de Zembra sont menacées par les prélèvements anarchiques. Les individus collectés sont vendus aux restaurants côtiers de la ville de Haouaria. 

 

La présence des espèces exotiques sur Zembra est une autre menace qui s’ajoute à ce qui est indiqué précédemment. Sur la partie terrestre, la prolifération  du rat noir cause des problèmes majeurs surtout pour les espèces nicheuses à haute valeur patrimoniale comme le puffin de Scopoli, il faut toujours le considérer comme une source potentielle de nuisance pour l’équilibre écologique sur l’île. 

Deux espèces introduites à fort potentiel invasif sont présentes au niveau du village de Zembra, il s’agit de Carpobrotus edulis et Opuntia ficus-indica, ces deux espèces ont remplacé les espèces natives de manière très perceptible.

Pour les espèces invasives marine, il est important de signaler la présence des algues vertes Caulerpa taxifolia et Caulerpa racemosa. Ces deux espèces constituent une menace pour les habitats à P. oceanica dans les alentours de l’île. Ces espèces ont une grande capacité d’adaptation et elles prolifèrent rapidement pour prendre la place des habitats locaux ce qui pourrait induire directement la richesse spécifique en poissons et en invertébrés marins.

Gestion & Conservation


L’île de Zembra fait partie de l’AMCP  de l’archipel de Zembra et Zembretta dont l’accès nécessite une autorisation au préalable de la part des autorités responsables (APAL, Garde nationale). Des équipes permanentes de la marine nationale et la garde nationale sur présentes sur l’île durant toute l’année et assurent la surveillance des différentes activités exercées dans les alentours.

L’archipel de Zembra bénéfice de plusieurs statuts et textes de protection et de conservation. En novembre 1973, un arrêté du Ministre de l’Agriculture relatif à l’institution d’une zone de protection biologique autour de l’île de Zembra a paru. Cet arrêté interdit «en tout temps, toute activité de pêche, tant professionnelle que sportive» dans la zone. Par la suite, en mars 1977,  Zembra et Zembretta ont été inscrites sur la liste des Réserves de la Biosphère. Durant cette même année, l’archipel a été classé comme parc national terrestre. 

En 2001, l’archipel de Zembra et Zembretta est déclaré « Aire Spécialement Protégée d’Importance Méditerranéenne» ou ASPIM (au sens de la Convention de Barcelone), d’où la nécessité d’élaboration d’un Plan de Gestion. Durant cette même année, le site a été classé comme Zone Imporante pour la conservation des Oiseaux (ZICO).

Depuis 2007, des inventaires ont été régulièrement effectués aussi bien à terra qu’en mer (uniquement sur l’île de Zembra), des suivis sporadiques ont également été effectués sur la partie terrestre – suivi de la nidification des puffins de Scopoli, végétation notamment. Une masse critique d’informations (ceci intéresse Galite et Zembra) est donc disponible pour pouvoir gérer convenablement ces deux archipels, nptamment l’île de Zembra.

Dans le cadre de la mise en place d’une unité de gestion sur l’archipel de Zembra, un plan de gestion a été élaboré par l’agence de protection et d’aménagement du littoral. Ce plan de gestion cible un développement durable intégré, mettant en avant les impératifs de conservation, de développement socio-économique local, ce plan de gestion a intégré Jbel Haouaria, cap situé à l’est de l’archipel en vue de soumettre l’ensemble de la zone pour une extension de la réserve de la biosphère. Pour la concrétisation de ce plan de gestion, une unité de cogestion a été mise en place en 2020 qui composée de l’APAL, l’Association de Sauvegarde du Patrimoine de L’Environnement Naturel Cap Bon (ASPEN) soutenus financièrement par le CEPF et The Medfund. 

Pour la réalisation des missions de terrain, l’APAL a acquis une embarcation adaptée avec les caractéristiques naturelles du site (isolement). Des équipements de plongée, de survie, de communication sont aussi disponible pour faciliter le travail sur l’île.

Principales ressources bibliographiques


  1. ANDROMEDE, 2010. Etude et cartographie des biocénoses marines de l’île de Zembra, Tunisie. Initiative pour les petites îles de Méditerranée. Contrat Oeil d’Andromède / Agence de l’eau : 122p.

  2. Boudouresque C.F ; Harmelin J.C et Jeudy de Crissac A., 1986. Le benthos marin de l’île de Zembra (Parc National Tunisie), Edit Gis Posidonie publ. Marseille, France. 

  3. Domina G & El Mokni R., 2012. Mission de suivi floristique de l’archipel de Zembra et Zembretta (Tunisie). Note naturaliste_Zembra_botanique_PIM 2012VFV2.

  4. Ficetola G.F. & Padoa-Schioppa E., 2009. Observation of the reptiles of the Islands of zembra and Zembretta. Herpetilogical mission – zembra . PIM. 11 p.

  5. Oueslati A., 1995. Les îles de Tunisie: paysages et milieux naturels.  Numéro 10 de Cahier du C.E.R.E.S.: Série géographique Publications de l’Université de Tunis: Géographie ; 367 pages.

  6. OUNI, R. 2018. Suivi de l’avifaune marine de l’archipel de Zembra et Zembretta (Tunisie), Note naturaliste PIM. 45 p.

  7. Zarrouk A., Romdhane M.S & Espinosa F., 2016. Usefulness of marine protected areas as tools for preserving the highly endangered limpet, Patella ferruginea, in the Mediterranean Sea. Marine Biology Research, 12:9, 917-931.

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