Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Golfe de la Ciotat, Embiez, et Cap Sicié

Sous-bassin : FRANCE-SUD

île des Embiez

Contributeur : Patrick Lelong (Institut Paul Ricard)

Date de création : 18/06/2021

 

Pour citer cette version : LELONG, P.  (2021). Fiche île : Ile des Embiez – Sous-bassin : France Sud. Atlas of Small Mediterranean Islands. https://pimatlas.org/explorer-atlas/iles/ile-des-embiez/

Commune Six-Fours
Archipel Archipel des Embiez
Surface (ha) 85.12
Linéaire côtier (mètre) 8972
Distance à la côte (Mile nautique) 0.22
Altitude max (mètre) 59
Coordonnée géographiques Latitude 43,07623
Longitude 5,783512
Propriété foncière Acquise par Paul Ricard en 1958
Gestionnaire(s) Privé
Statut de protection national /
international Site NATURA 2000 : 

  • Directive Habitats-Faune-Flore : FR9301997 -Embiez – Cap Sicié

Description générale


L’île des Embiez, île principale de l’Archipel du même nom, comprenant aussi les îles du Grand Rouveau, du Petit Rouveau, du Grand Gaou et du Petit Gaou, est située sur la commune de Six-Fours-les-Plages dans le département du Var. Elle est constituée à l’origine de deux îles distinctes, l’île des Embiez elle-même et l’île de la Tour Fondue, réunies au Xème siècle par la création de marais salants.

Le socle géologique de l’île des Embiez est de nature siliceuse, constitué de phyllades qui émergent, à l’est, en une colline arasée (île de la Tour Fondue) et dressent des falaises tourmentées à l’ouest et au sud, notamment sous la tour du Coucoussa ou Cougousset, point culminant de l’île à 61 m. L’île des Embiez, à l’ouest, le continent, à l’est, et les îles du Petit et du Grand Gaou, au sud, enserrent la lagune du Brusc, d’une superficie de 42 ha, délimitée au nord par un récif barrière de Posidonie Posidonia oceanica.

On trouve sur l’île, neuf puits qui ont longtemps fourni de l’eau aux navigateurs et aux habitants. Aujourd’hui, l’alimentation en eau et en énergie provient du continent et un réseau d’assainissement a été mis en place avec un raccordement à la station d’épuration Amphitria, qui traite les eaux usées de l’agglomération toulonnaise.

Au moment de l’achat de l’île par Paul Ricard en 1958, les seuls bâtiments présents étaient la batterie du Fort Saint-Pierre, le château Sainte-Cécile et une caserne des douanes. Par la suite des aménagements à vocation touristique ont été construits, le regroupement des infrastructures d’accueil et de loisirs autour du port a permis de conserver l’aspect originel d’une grande partie de l’ile.

Sur l’île, seuls les véhicules électriques sont autorisés. Un partenariat existe entre l’institut RICARD, EDF et l’ADEME pour la maintenance d’un grand parc d’automobiles électriques.

Connaissances


Les herbiers de Posidonie Posidonia oceanica de l’île d’Embiez permettent de casser les vagues et de retenir les sédiments
(© ilespaulricard.com)

Au niveau de l’île des Embiez, les connaissances naturalistes et historiques sont globalement bien fournies. En dehors des aménagements touristiques concentrés autour du port et d’un vignoble d’une dizaine d’hectares, la végétation est fortement influencée par les vents et les embruns, et recèle quelques espèces d’intérêt patrimonial.

La diversité de milieux, secteurs rocheux, marais côtiers, maquis, pinèdes ou terrains agricoles, a permis de recenser 74 espèces d’oiseaux différentes entre 2009 et 2016. L’île des Embiez est un refuge de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO).

Pour le milieu marin, l’analyse écologique des habitats a été effectuée à partir de 2008 dans le cadre des études préalables pour la définition du document d’objectif su site NATURA 2000 (Rouanet et al., 2009). Le site comprend la Lagune du Brusc et ainsi que les hauts fonds de l’archipel des Embiez jusqu’à l’isobathe -30 m.

La Lagune du Brusc est enserrée par le continent à l’est, les îles du Petit et du Grand Gaou au sud et l’île des Embiez à l’ouest. Elle est ouverte au sud par la passe du Gaou et délimitée au nord par un récif – barrière de Posidonies jouant le rôle de brise-lames et de piège à sédiment. Les conditions environnementales qui y règnent, faible profondeur, hydrodynamisme limité, grandes variations de température et de salinité, ont permis le développement d’une faune et d’une flore marines spécifiques et fragiles.

Les hauts fonds de l’archipel sont également dominés par un herbier de posidonie. On constate d’importantes zones d’herbier extrêmement morcelé avec des zones sableuses plus ou moins étendues dans les zones de mouillage forain.

Le coralligène autour de l’archipel des Embiez est en bon état écologique. Cet écosystème est riche et très attractif pour les plongeurs. Les peuplements d’espèces caractéristiques, gorgones et bryozoaires, sont de précieux indicateurs de l’impact anthropique sur ces sites, plongée ou pêche.

Depuis 2012, un inventaire des poissons de trois sites proches de l’île (la Basse Reinette, les Magnons et le Sec de Guénaud) est réalisé deux fois par an (Lelong et al., 2015). De nombreuses études de la faune et de la flore marines ont été effectuées dans la lagune, ainsi que des recensements de Grande nacre Pinna nobilis et d’oursins autour de l’île.

Intérêts


   

La Passerine hirsute Thymelaea hirsuta
(© F. Le Driant – florealpes)

Malgré les aménagements touristiques, il faut noter la présence d’espèces végétales et faunistiques patrimoniales et protégées aussi bien pour les milieux terrestres que marins. Des espèces végétales protégées au niveau régional sont connues comme la Passerine hirsute Thymelaea hirsuta, le Plantain à feuilles en alène Plantago subulata. Pour la faune, le Phyllodactyle d’Europe Euleptes europaea, petit reptile rare et quasi insulaire à l’échelle méditerranéenne, d’intérêt communautaire est également connu de l’île des Embiez. Enfin, le secteur de la lagune du Brusc et des anciennes salines, est une halte pour de nombreux oiseaux au cours de leurs migrations ou déplacements hivernaux : chevaliers, aigrettes, sternes, hérons, flamants roses.

Dès son acquisition, en 1958, Paul Ricard a donné à l’île une vocation touristique ouverte à tous. Un service de navettes régulières dessert l’île au départ du port du Brusc. Les informations sont disponibles sur le site : www.lesilespaulricard.com 

Les infrastructures de l’île, hôtel et appartements, ont une capacité d’accueil d’environ 700 personnes. Le port Saint-Pierre des Embiez, inauguré en 1963, peut recevoir 750 bateaux. Il est labellisé Pavillon Bleu et certifié Port Propre et ISO 14001.

Seulement une douzaine d’habitants permanents y vivent à l’année, l’île recevant 105 000 visiteurs par an, hors plaisanciers et locations, essentiellement durant la période estivale.

Les activités touristiques sont essentiellement tournées vers la mer avec l’Aquarium-musée, un centre de plongée et un centre nautique. La route qui fait le tour de l’île est interdite à la circulation. Elle constitue une promenade agréable donnant accès aux plages et aux criques à pied ou en petit train touristique. Des locations de vélos et de bateaux complètent cette offre. Un sentier nature balisé avec 14 panneaux à thèmes favorise la découverte de l’archipel (histoire, faune et flore terrestres et marines) et sensibilise à la fragilité du littoral. 

Pressions


 

Pour le patrimoine végétal terrestre, de nombreuses espèces ornementales non indigènes ont été plantées autour du port et des hébergements. On note la présence importante, comme sur l’île voisine du Grand Rouveau avant son éradication, de la Griffe de sorcière Carpobrotus edulis, qui a été implantée dans le but de maintenir les buttes.

Pour la faune, la présence sur l’île des Embiez de la Fourmi d’Argentine Linepithema humile entraîne une simplification de la diversité entomologique, par son action sur les plantes, la dissémination de graines, et son agressivité vis-à-vis des autres espèces.

Les pressions sur les milieux terrestres, en grande partie dues au tourisme, sont minimisées par les actions du gestionnaire : ramassage et collecte réguliers des déchets, surveillance, panneaux d’informations et de sensibilisation, entretien général de l’île.

Au niveau des anciens salins, la présence de visiteurs peut déranger les oiseaux nicheurs ou les oiseaux migrateurs en quête de repos. Cependant cette partie de l’île reste peu fréquentée, surtout au moment où ces oiseaux sont présents.

La lagune du Brusc est un milieu fragile à faible hydrodynamisme soumis aux ruissellements d’eau de pluie et aux apports sédimentaires venant de l’extérieur. La faune et la flore benthiques qui la peuplent sont sensibles aux actions mécaniques comme le piétinement. Le récif barrière de posidonie, véritable monument naturel à très haute valeur patrimoniale, est fréquemment impacté par les navires de plaisance au cours de leur mouillage.

En milieu marin et surtout durant la période estivale, les pressions exercées sont liées aux activités de loisirs : plaisance, pêche et plongée. 

La pêche professionnelle, essentiellement aux « petits métiers » dans le secteur est peu impactante mais la pêche de loisir, à la palangrotte, chasse sous-marine ou pêche des oursins, affecte sensiblement les populations et notamment les espèces cibles de poissons dans certains sites. 

Une dizaine de spots réputés pour la plongée entourent l’archipel, leur fréquentation parfois trop importante, peut endommager les peuplements d’organismes fragiles comme les gorgones et les bryozoaires.

Gestion & Conservation


L’île des Embiez, île privée, bénéficie d’un entretien permanent assuré par son propriétaire. 

Après collecte et tri, les déchets solides sont acheminés vers les stations de traitement sur le continent. Les eaux usées issues des toilettes publiques et des hébergements touristiques sont collectées dans un réseau relié à la station d’épuration de l’agglomération toulonnaise Amphitria. 

La gestion environnementale du port peut être cité en exemple, il est labellisé Pavillon Bleu et certifié Port Propre et ISO 14001.

Dans la lagune du Brusc, la baignade, la chasse sous-marine, le piétinement et la navigation des engins de plage et engins nautiques non immatriculés à l’exception de la pratique de la pirogue, du kayak, de l’aviron en sculls et du paddle sont interdits par arrêté municipal n° 4446 de 2015. Un balisage marin disposé au niveau du récif barrière nord, empêche l’accès à la lagune pour les bateaux.

Cinq des spots de plongée les plus fréquentés autour de l’archipel sont équipés de bouées de mouillage permettant d’accroître la sécurité de l’amarrage des bateaux de plongée, des plongeurs et d’éviter l’ancrage dommageable pour les communautés marines de ces sites.

Enfin l’aspect sensibilisation des visiteurs et des différents usagers, sur l’île et en mer, est assuré par la ville de Six-Fours, la Société Paul Ricard et l’Institut océanographique Paul Ricard : panneaux informatifs, lieux d’accueil, publications diverses, aquarium-musée. De façon régulière ou ponctuelle sont organisés des colloques, des conférences publiques ou réservées aux scolaires, des journées « île propre »…

ENCADRE : Histoire des Embiez


Le nom de l’île, Embiez, serait tiré du mot ambo d’origine latine signifiant deux ou double, à cause des deux îles principales : celle des Embiez et celle de la Tour Fondue. De nombreuses orthographes figurent sur les cartes et les écrits anciens : Embers (1197), Ambias (1352), Embiers (1485), Ambies (1520), Ambiers (1583), Ambiers (1609), Embies (1737).  

 – de l’Antiquité à Paul Ricard : Depuis l’antiquité, sur les routes maritimes du nord de la Méditerranée, dans la rade du Brusc les navires phéniciens, grecs et romains trouvaient refuge entre les îles de l’archipel et pouvaient s’y approvisionner en eau douce. 

Cinq siècles avant notre ère, une colonie de Phocéens de Marseille fonde, à l’emplacement actuel du Brusc, une cité afin de protéger le commerce grec le long des côtes, qui sous les Romains, prendra le nom de Tauroentum. Durant plusieurs siècles, les rivages de Provence sont victimes des razzias des pirates barbaresques, perturbant la vie économique de cette région, de plus en plus désertée par les habitants. Ce n’est qu’après la victoire de Malogineste, remportée sur les Sarrasins en 950, que les lieux deviennent plus sûrs. Afin de trouver une parade aux agressions venues de la mer, les Six-Fournais, comme les autres habitants du littoral, établissent des points d’observation sur les hauteurs du territoire. D’abord simples farots d’où les guetteurs doivent alerter les populations en allumant de grands feux, les emplacements sont aménagés en ouvrages de défense, appelés batteries, pouvant abriter la garnison et l’armement à partir du XVe siècle. Une carte datée de 1800 indique l’emplacement de neuf batteries protégeant la rade du Brusc dont l’ancienne batterie Saint-Pierre-des-Embiez, siège actuel de l’Institut océanographique Paul Ricard. Le château Sainte-Cécile est construit en 1612 sur l’emplacement d’un fortin élevé sous François 1er.    

Les marais salants : Au Xe siècle, les moines du prieuré de l’abbaye Saint-Victor de Marseille, à Six-Fours, décident de créer des salins sur l’archipel des Embiez. Ils réalisent, dans le nord-ouest de l’île, des tables salantes provoquant ainsi la jonction des îles des Embiez et de la Tour Fondue. Nous savons qu’en 1068, les salins sont en activité et qu’un port d’embarquement a été aménagé. Outre le sel, les différents propriétaires tirent leurs revenus du pâturage et de la fabrication de soude naturelle, obtenue par incinération de plantes marines, ou factice à partir du sel marin. L’exploitation des marais salants durera jusqu’à la deuxième guerre mondiale, la Société des Salins et Pêcheries d’Hyères effectue la dernière récolte en 1937. L’île, abandonnée, est achetée par Paul Ricard en 1958. Le port Saint-Pierre des Embiez est creusé sur une partie des anciennes salines, il sera inauguré en 1963.                                                                                                              

Les Embiez, berceau de la plongée : C’est sur l’île des Embiez que se rencontrent, en 1938, l’officier de marine Philippe Tailliez, grand amateur de plongée, et Frédéric Dumas, un chasseur sous-marin réputé. Bientôt rejoints par Jacques-Yves Cousteau, ils forment le célèbre trio des mousquetaires de la mer, pour lequel Tailliez inventera le néologisme « Mousquemers » en 1975. Fondateur de l’histoire moderne de la plongée sous-marine, c’est également aux Embiez, en 1942, qu’ils tourneront le premier film sous-marin « Par dix-huit mètres de fond ».

Patrick Lelong, Institut Paul Ricard

Principales ressources bibliographiques


  1. Berville L., 2013 – Inventaire myrmécologique de l’île des Embiez. Rapport Imbe / Institut Océanographique Paul Ricard. 15 pp.

  2. Degiovani A., 1992 – Les Embiez, sentinelle avancée du pays provençal. Ed. Institut océanographique Paul Ricard, 40 pp.

  3. Lelong P., S. Couvray, T. Miard, D. Rebillard, J.L. Bonnefont, 2015 – Inventaire de la faune ichtyologique des fonds marins de l’ouest toulonnais – Rapport annuel 2014. Contrat TPM – CD83 – Institut océanographique Paul Ricard. 24 pp.

  4. Molinier R., 1953 – La végétation des îles des Embiers. Bulletin de la Société Linnéenne de Provence, 19 : 26-32.

  5. Molinier R., P. Moutte, 1987 – La parure végétale de l’île des Embiez. Ed. Fondation océanographique Ricard, collection Nature Méditerranéenne, 52 pp.

  6. Moutte P., 1989 – Flore et végétation de l’île des Embiez. Bulletin de la Société Linnéenne de Provence, 40 : 57-70.

  7. Rouanet E., J.L. Bonnefont, P. Lelong, R. Durand, 2009 – Site Natura 2000 FR 9302001 « Lagune du Brusc » – Document d’Objectifs – Tome 1 : Diagnostics écologiques et socio-économiques, enjeux et objectifs de conservation hiérarchisés – Note de synthèse. Institut Océanographique Paul Ricard – Mairie de Six-Fours-les-Plages : 35 pp.

  8. Royo J., M. Preleur, A. Degiovani, 1995 – Les salins des Embiez, une histoire qui ne manque pas de sel. Ed. Institut océanographique Paul Ricard, 24 pp.

  9. Sinama M., M. Santonja, Y. Petit, 2008 – Caractérisation de la richesse floristique de l’île des Embiez et réponses face aux menaces biologiques et anthropiques. Mémoire de Projet Environnemental, Master Sciences de l’Environnement Terrestre, Univ. Paul-Cézanne, Aix-Marseille III, 28 pp.

  10. Site du gestionnaire de l’ile : l’institut Paul Ricard – site internet – www.lesilespaulricard.com 

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