Cette fiche a été rédigée dans le cadre du projet d’Atlas encyclopédique des Petites Iles de Méditerranée, porté par le Conservatoire du Littoral, l’Initiative PIM, et leurs nombreux partenaires.
This sheet has been written as part of the encyclopedic Atlas of the Small Mediterranean Islands project, carried out by the Conservatoire du Littoral, the PIM Initiative and their numerous partners.
(https://pimatlas.org)

ILES

Cluster : Oran

Sous-bassin : ALGÉRIE

Ile aux rats

Contributeur :

Tarik MOKHTARI

Date de création : 19 Décembre 2017

Ile aux rats - Algérie (Bing Maps)
Iles rats Algérie - profil
Commune Oran
Archipel
Surface (ha) 1,6
Linéaire côtier (mètre) 691
Distance à la côte (Mile nautique)

0.0648

Altitude max (mètre) 29
Coordonnée géographiques Latitude
35,77472305
Longitude
-0,7961111665
Propriété foncière /
Gestionnaire(s) /
Statut de protection national /
international /

Description générale


Le Cap Falcon est situé sur la corniche oranaise, il délimite l’extrémité ouest de la grande baie d’Aïn el Turck et ses plages de sable fin. Avant, ce lieu était un petit village composé de cabanons à proximité de grandes dunes de sable où les Oranais et Oranaises venaient passer le week-end en bord de mer. De nos jours avec une urbanisation galopante, de nombreuses maisons ont été construites au Cap Falcon et elles sont habitées à longueur d’année. Quelques commerces de proximité se sont développé par conséquences. La partie nord du Cap a été préservée du béton car elle est située en zone militaire, on y trouve un petit poste de surveillance adjacent à un phare construit en 1868. C’est l’un des premiers phares d’Algérie ce phare bâti de pierres a une portée lumineuse se 29 miles(54 km), en descendant la falaise du Cap Falcon, on arrive au garage à bateaux. Il a été construit en 1958 et il est unique en Algérie. Il peut accueillir 80 bateaux répartis sur 2 étages, la mise à l’eau se fait par un treuil électrique, sa localisation le mets a l’abri du vent d’ouest. En quittant le garage à bateaux les marins-pêcheurs ou les plaisanciers avaient comme habitude de saluer la vierge Marie, une statue de 1.50 mètres conçue dans une petite grotte. Elle protégeait les marins- pêcheurs, veillait a ce que leurs pêches soient bonnes et qu’ils rentrent sains et saufs. En contournant le Cap Falcon, on arrive à l’île au chameau, puis une petite île sans nom, puis à l’île aux rats plus à l’ouest, la plus grande et la plus peuplée de ce petit archipel.

L’île aux rats à une superficie de 1.6 hectares, son plus grand axe fait 150 mètres et le point culminant est à 29 mètres d’altitude, elle se situe à 100 mètres de la côte. On peut y accoster sur la partie ouest dans une petite crique puis se diriger vers le nord pour monter au sommet de l’île constitué par un plateau. La partie sud de l’île est constituée d’une falaise abrupte. L’île ne possède pas de plage, ni de sentier terrestre. Il n’y a pas non plus de source d’eau douce. Très peu de visiteurs s’attardent sur cette île en dehors de quelques pêcheurs à la cannes ou quelques chasseurs en apnée qui gravitent autour de l’île.

ENCADRE : La Vierge du Cap Falcon


La 2eme guerre mondiale a marqué à jamais l’histoire de l’humanité. Plusieurs batailles ont eu lieu dans différentes régions du monde et la côte Oranaise n’a pas été épargnée. Les 2 évènements les plus marquants ont été la bataille de Mers el-Kebir le 3 juillet 1940, un jour où les anglais ont anéanti la flotte Française. Il y a eu à l’issue de cette bataille plus de 1300 morts alors que les anglais étaient pourtant les alliés des Français. Deux ans plus tard ces même anglais accompagnés des américains sont revenus avec une armada de 107 000 soldats et ont débarqué à Oran, Alger et Casablanca. Il y a eu aussi plusieurs batailles terrestres et navales qui se sont soldés par la perte de plusieurs bateaux de guerre et quelques morts. Au cours de ces 2 évènements tragiques, la population de Mers el-Kebir mobilisée a été épargnée et pour remercier dieu, elle a conçu une belle statue qu’elle a disposé dans une grotte à fleur de l’eau au Cap Falcon. En quittant le garage à bateaux et avant de prendre le large, les marins-pêcheurs saluaient sur leur chemin la vierge et faisaient une prière pour que leurs pêches soit bonnes et qu’elle veille sur leur sécurité en mer. C’était un rituel avant d’aller caler ses filets à l’île aux rats, à l’île au chameau ou un peu plus loin. Pour les plus jeunes c’était aussi un lieu de rendez-vous pour se baigner ou un point de repère pour pratiquer la chasse sous-marine. Ce lieu était aussi apprécié par les phoque-moines, ils adoraient prendre un bain de soleil au pied de la vierge. Et puis lors de l’indépendance de l’Algérie en 1962 la vierge a été rapatriée en France. Les circonstances de ce rapatriement ne sont pas très claires. La légende dit que pour éviter que la vierge ne soit saccagée, les pêcheurs l’ont jeté à la mer et qu’elle aurait refait surface. Alors ils l’ont confié à la Marine Nationale Française qui l’a rapatrié à Toulon. Mimoun Benhamou le président actuel du Club Nautique de Cap Falcon se souvient très bien de cet évènement dont il a une toute autre version. Après l’indépendance de l’Algérie, la base militaire de Mers el-Kebir est restée Française pendant plusieurs années et la vierge était toujours la et ce n’est qu’en 1968 lors de l’évacuation de cette base navale qu’une vedette de la Marine Nationale Française est venue de nuit pour desceller la statue et la rapatrier en France. Elle a été installé sur les hauteurs d’une falaise au Cap Brun près de Toulon; Avec le temps et les intempéries elle s’est beaucoup dégradée, alors il a été décidé en 1987 de la mettre à l’abri dans un blockhaus allemand converti chapelle à son honneur et une réplique identique a été déposée par hélitreuillage sur le toit de la chapelle. De la, elle domine la baie de Toulon, elle rayonne sur la mer méditerranée. Elle regarde au large, sans doute en direction d’Oran, elle est peut être nostalgique du Cap Falcon et de sa grotte, comme tous ces pieds-noirs rapatriés d’Algérie au lendemain de l’indépendance qui se réunissent les 15 août de chaque année dans cette chapelle pour se remémorer l’Algérie d’antan. A leurs tête Ghislaine Ruvira veille de près sur ce site, elle est présidente de l’Union des Amicales Varoises des Français rapatriés d’Outre-mer. Avec le concours des autorités civiles et militaires, le site a été entièrement rénové en 2007, des vitraux, des céramiques et des plaques en marbre ornent l’endroit avec des messages de paix et de fraternité. Lors de la cérémonie d’inauguration de ce mémorial, un olivier a été planté dans de la terre provenant de cimetières chrétiens, musulmans et juifs des 3 pays d’Afrique du Nord, mêlé à la terre de Toulon. A l’intérieur de la chapelle un arbre en fer forgé baptisé « L’arbre de vie » a été conçu avec des urnes contenants de la terre provenant de 45 de ces cimetières. Ce paisible lieu de mémoire, de pèlerinage et de retrouvailles a toujours été respecté. Il est régulièrement visité par les communautés de toutes les religions et même par les nouveaux mariés qui déposent leurs bouquets de fleurs au pied de la vierge. Les couples accrochent des cadenas de l’amour gravés à leurs noms à la grille et jettent les clés dans la méditerranée comme pour sceller à jamais leurs unions en priant qu’ils soient éternels. ils prie que Notre Dame de Cap Falcon protège leurs amours comme elle avait protégé auparavant les pêcheurs Oranais lors de leur sorties en mer. mais ca c’était avant qu’elle ne traverse la mer méditerranée, cette mer qui nous sépare, cette mer qui nous unit.


Tarik Mokhtari

Connaissances


La vierge du Cap Falcon

En arrivant dans la petite crique située à l’ouest, on observe plusieurs cormorans huppés, il y en a de plus en plus et ils sont moins craintifs. On dirait qu’il se sont habitués au bruit généré par la navigation et les moteurs des bateaux de plaisance. L’île est peuplée principalement par des goélands leucophées. Il a été observé plusieurs faucons pèlerin et 2 couples de faucons d’Eléonore. Quelques pigeons fréquentent aussi l’archipel. Il n’a pas été observé de puffins cendrés.

sur le plan botanique une première observation faite en avril 2015 a fait l’inventaire de 11 espèces dont Malva arborea une espèce rare en Algérie et Anthemis chrysantha une espèce endémique de la mer d’Alboran(NW de l’Algérie et SE de l’Espagne). Sur des photos de vue d’ensemble il semble que la partie ouest de l’île abrite Brassica spinescens. Cette espèce est considérée jusqu’à présent comme endémique des îles Habibas, elle a été surnommée « le choux des îles Habibas ». Elle a déjà été observée aussi sur le continent sur les falaises du Cap Falcon.

sur le plan marin le pourtour de l’île est riche en patelles géantes, Il n’y a plus de moules alors que l’île en contenant une quantité importantes de souvenir des vieux pêcheurs. Les fonds marins sont peuplés par des espèces communes de méditerranées, à savoir des girelles, des sars, des saupes et des rougets principalement. Dans le temps il y avait beaucoup de mérous(Epinephelus marginatus) et badèches(Epinephelus costae) qui occupaient les lieux. Il y a même au nord de l’île un site de plongée qui s’appelle « le sec des mérous ». C’est un des endroits préférés des chasseurs mais hélas les poissons se font de plus en plus rares et de plus en plus petits. Sur le versant Nord-Est de l’île, à 6 mètres de fond, il y a un tunnel d’une longueur de 10 mètres qui est souvent fréquenté par les cigales, on en trouve régulièrement plusieurs sur la paroi supérieure du tunnel surtout au printemps. Il y avait aussi des phoques-moines sur l’île et un peu partout dans la région. Au niveau du Cap Falcon, les vieux pêcheurs ont souvenir de 4 individus, ces derniers dérangeaient car ils se servait dans les filets de pêche sans jamais s’y prendre. Le dernier phoque-moine du Cap Falcon a été abattu par un fusil de chasse en 1988.

Comme son nom l’indique, l’île était infestée de rats, actuellement il n’y en aurait plus. Par contre il a été observé à 5 reprises de gros serpents de plus de 1,50 mètres sur l’île. Selon la description ca serait des couleuvres fer à cheval. Il n’y a pas eu d’observation d’autres reptiles sur l’île.

Intérêts


Il n’existe pas de publications disponibles sur internet ou dans la banque de données des PIM(Petites Îles de Méditerranée) pour juger d’un manière pertinente de l’importance de cette île. Des missions sur le terrain menées par des scientifiques Algériens, Français ou d’autres nationalités seraient intéressantes pour faire un inventaire précis des espèces présentes sur l’île et de décrire s’ils ont un intérêt particulier. Ceci dit, lors de l’observation ponctuelle faite en avril 2015, il semble que sur le plan botanique la fleur Malva arborea était présente d’une manière très importante et ca serait vraisemblablement le site en Algérie où elle serait la plus abondante. Sur certains photos Brassica spinescens semble avoir été repérée. Une 2eme mission sur le terrain est prévue pour confirmer ou infirmer cette forte hypothèse.

Sur le plan marin, bien que les poissons de grande taille soient beaucoup moins présents voir inexistants, on note la présence de nombreux juvéniles de mérous et de badèches. C’est un signe prometteur car le pourtour de l’île représente certainement une zone de nurseries pour ces espèces et d’autres espèces de poissons. Les Cigales sont devenus extrêmement rares sur le littoral algérien, il faudrait protéger les sites où il y en a encore tels que l’île aux rats. on note la présence de nombreuses patelles géantes sur le pourtour de l’île ce qui représente une richesse car cette espèce est devenue rare dans d’autres pays de méditerranée. Il y a aussi les grandes nacres(Pinna nobilis) autrefois présentes en grand nombre dans les fonds marins, les pêcheurs et les chasseurs s’en servait dans un but décoratif. Désormais il y en a encore quelques unes mais en faibles quantités.

Pressions


L’augmentation du nombre de pêcheurs, de chasseurs et de plaisanciers a forcement un impact négatif sur l’île aux rats. Avant uniquement quelques pêcheurs fréquentait l’île. Aujourd’hui ils sont beaucoup plus nombreux, certains pêcheurs à la canne n’ont pas d’embarcation. Pour une modique somme, ils sollicitent les propriétaires des barques stationnées en face du garage à bateaux pour les emmener sur l’île. Ils y passent toute la journée et parfois même la nuit puis se font récupérer pour rejoindre le continent. La chasse sous marine s’est aussi beaucoup développée et elle est mal codifiée. Il n’y pas de réglementation claire quand aux espèces protégées qui sont interdites à la pêche ou s’il y a une taille minimale pour les pêcher. On voit malheureusement souvent des chasseurs fiers d’avoir tiré un mérou de quelques centaines de grammes. Ce contexte a fait que le stock halieutique autour de l’île s’est beaucoup aminci. Les pêcheurs à la palangrotte faisait de belles prises à quelques mètres de l’île à quelques mètres de profondeurs. De nos jours, ils sont contraints d’aller très loin pour pourvoir pêcher quelques poissons.

L’accès a l’île étant difficile, on ne note pas de pollution ou de dégradations liées à la présence humaine par contre on ne connait pas l’impact des déjections de goélands leucophées sur la flore terrestre. Les goélands sont présents en grand nombre et il faudrait une mission de terrain menée par des experts pour répondre à cette question.

Gestion & Conservation


L’île aux rats comme l’archipel du Cap Falcon en général ne bénéficie pas de statut de protection ou de plan de conservation pour le moment.

Principales ressources bibliographiques


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