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ISBN N°


Atlas des Petites îles de la Méditerranée


ILES

Cluster : Golfe de La Ciotat, Embiez et Cap Sicié

Sous-bassin : FRANCE-SUD

Grand Rouveau

Contributeur :

Vincent RIVIERE (AGIR écologique), Patrick LELONG (Institut Paul Ricard) et Céline Damery (Conservatoire du litoral)

Date de création : 16 Octobre 2020

France; ile du Grand Rouveau; PIM mai 2009
Tunisie; ile de Zembra; PIM juin 2009
Commune Six-Fours-Les-Plages
Archipel Archipel des Embiez
Surface (ha) 6.45
Linéaire côtier (mètre) 1582
Distance à la côte (Mile nautique) 121
Altitude max (mètre) 33
Latitude : 43,0803445
Longitude : 25,7676338
Propriété foncière Publique (100% – Conservatoire du Littoral / Phares et balises)
Gestionnaire(s) Ville de Six-Fours (depuis 2001)
Statut de protection national /
Statut de protection international ASPIM (depuis 2010 – terre et mer), Site d’Importance Communautaire (depuis 2003 – mer)

Description générale


A l’Ouest du Cap Sicié, l’île du Grand Rouveau, qui fait partie de l’Archipel des Embiez, marque l’entrée de la rade du Brusc, à Six-Fours-les-plages.

Dernière île de l’archipel, culminant à 31 m, elle est dominée par un phare, contrôlé à distance depuis la station de Porquerolles, dont l’automatisation en 1974 a mis fin à plus d’un siècle de présence des gardiens, occupant les bâtiments attenants depuis l’achèvement de sa construction en 1864. Toutefois, exceptée la présence des gardiens de phare, l’île n’a jamais fait l’objet d’aménagements à vocation touristiques, qui se sont concentrés sur l’île des Embiez toute proche et sur le littoral. L’absence d’eau et la surface modeste de l’île ont sans doute contribué à limiter ce développement. Son acquisition par le Conservatoire du littoral en 2000 a définitivement préservé cet état.

En plus du phare, les aménagements créés sur l’île restent de faible ampleur : une habitation en pierres locales apparentes ainsi qu’une remise taillée dans la roche, un chemin pavé en pierres rapportées, un débarcadère, protégé du vent d’Ouest, de petits ouvrages maçonnés ça et là sur l’île afin de faciliter l’accès aux différents points d’observation. La situation privilégiée de l’île offre un point de vue de la façade littorale jusqu’à Marseille, avec en perspective les falaises de Cap Canaille et l’archipel de Riou.

Passée l’automatisation, l’île devient, avec le développement de la navigation de plaisance, une destination privilégiée des touristes. Outre le patrimoine terrestre, la qualité du milieu marin est reconnue au-delà de la rade du Brusc. Les nombreux écueils qui entourent l’île du Grand Rouveau, bien que constituant de dangers réels pour la navigation, créent des paysages sous-marin d’une rare qualité. Ainsi, si l’archipel des Embiez est très riche en sites de plongée de grande notoriété (Ponchon et Joachim, 2003), ceux situés à proximité du Grand Rouveau sont des destinations de choix pour les clubs de l’ouest toulonnais. Cette diversité et cette richesse ont motivé l’attribution et la gestion de 273 ha du Domaine Public Maritime au droit de l’île au Conservatoire du Littoral pour 30 ans en 2011.

Toutefois, les nuisances associées à ces activités de plaisance (feux, détritus, dégradations) ont sans doute conduit quelques amoureux du site à se constituer en association de protection de l’île (APIR), dont les adhérents, tout en occupant lors de leurs séjours la bâtisse de pierres en contrebas du phare, se chargeaient de l’entretien régulier des installations et limitaient ainsi les dégradations. Malgré ces actions positives, on note toutefois une tentative échouée d’introduction de lapins sur l’île, et le repiquage de plants de Griffe de Sorcière (introduite à l’origine par les gardiens de phare) ayant ainsi contribué au développement de grandes étendues sur l’île. Aussi paradoxal que cela puisse paraître pour une espèce introduite originaire d’Afrique du sud, ces grandes plages homogènes de Griffe de sorcière sont associées pour la population locale à l’image d’une île préservée et naturelle auprès des habitants.

Quoi qu’il en soit, la présence d’espèces protégées ayant pour certaines, disparu des îles de l’archipel du fait de l’urbanisation, a conduit le Conservatoire du Littoral à s’engager dans une démarche de préservation du patrimoine naturel de l’île, à travers l’action de l’initiative PIM (Petites Iles de Méditerranée) depuis 2009. L’île, dont la richesse terrestre et marine est reconnue par un classement en Aire Spécialement Protégée d’Importance Méditerranéenne (ASPIM) en 2010, reste ouverte au public, dont la sensibilisation est confiée au gestionnaire de l’île : la ville de Six Fours les Plages.

Connaissances


Tunisie; îles de la Galite

On ne dispose donc que d’une connaissance récente de l’historique des activités sur l’île, documentée à partir de la seconde moitié du 19ème siècle. On connait notamment le rythme des rotations de garde du personnel, on sait grâce à leurs témoignages comment ils exploitaient le site afin de s’alimenter en légumes frais et oeufs. Les potagers utilisés sont aujourd’hui envahis par une végétation dense et impénétrable, marquant ainsi le retour de l’île à une nature plus sauvage.
Sur le plan biologique, la première herborisation incomplète est réalisée par Jahandiez en 1935. Molinier en 1953 réalisée les premiers inventaires phytocosiologiques, dans le cadre d’une synthèse qu’il rédige sur l’ensemble de l’archipel, et produira la première carte de végétation au 1/20000ème. Les connaissances seront ensuite complétées par les travaux de Molinier et Moutte en 1987 et 1989. Le premier inventaire complet de la flore est réalisé par Medail en 1999 (Médail, 2000), dans le cadre d’une étude globale de la faune et la flore du Grand Rouveau réalisée par le CEN Paca (CEEP, 2009), alors Conservatoire Etude des Ecosystèmes de Provence.

Sur le plan faunistique, alors que l’archipel fait l’objet de travaux réalisés par des herpétologues (spécialistes de l’étude des reptiles) sur l’archipel, dont les écrits ne confirment pas leur débarquement sur l’île, il faut attendre 1982 pour que les premiers inventaires faunistiques soient réalisés sur l’île. Leur brève visite sur l’île leur permet de noter la présence de Rat noir et de Goélands leucophée. Il faut donc attendre 1999 pour que le bilan de la faune de l’île soit inventorié.

Passée cette période, l’action du Conservatoire du Littoral et de l’initiative PIM permet une réactualisation des connaissances, en 2009, soit 10 ans plus tard, ainsi que la formalisation d’un shéma de gestion en 2011.

Les activités scientifiques se sont par la suite multipliées sur l’île, notamment à travers un programme de restauration écologique visant à éradiquer dans un premier temps la Griffe de sorcière (dès 2012) puis le rat noir (dès 2017). Des états zéros avant éradication, selon des protocoles standardisés ont été réalisés puis poursuivis annuellement sur la flore (Pavon et al, 2012 ; Ugo, 2015), l’herpétofaune et l’avifaune, s’appuyant sur les travaux menés par le Parc National de Port Cros sur l’île de Bagaud. Ces protocoles permettent, au fur et à mesure qu’avance l’éradication, de suivre l’évolution de la biodiversité en réponse à la disparition des 2 espèces invasives.

Pour le milieu marin, l’analyse écologique des habitats a été effectuée a partir de 2008 pour le diagnostic Natura 2000 (Rouanet et al, 2009). Quelques peuplements d’invertébrés et de poissons ont été inventoriés lors d’une mission PIM en 2009 (Harmelin et al, 2009) et depuis 2012, un inventaire de la faune ichtyologique de deux sites proches de l’île (Basse renette et Magnons) est réalisé deux fois par an (Lelong et al, 2014).

Intérêts


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Le Phare est sans nul doute le principal élément du patrimoine architectural de l’île. D’une hauteur de plus de 17m, culminant ainsi à près de 49m on remarquera la qualité des matériaux utilisés pour sa construction : les pierres servant à la décoration du phare proviennent des carrières de Cassis, et les parements et les façades sont exécutés avec des moellons calcaires tirés du cap de la Cride situé entre le port de Bandol et de Sanary. Les murs de la maison adjacente, bien que moins spectaculaires, sont constitués de pierres locales apparentes. Les toitures des deux bâtiments ont été rénovées (en 2015 pour le phare, en 2013 pour la maison) dans le but de limiter la dégradation des bâtiments par leur mise hors d’eau.

Sur le plan floristique, alors que les études de Molinier et Jahandiez dressaient une liste de 53 taxons présents sur l’île, l’inventaire réalisé par Médail dresse une liste de 131 taxons de flore vasculaire. Aujourd’hui, les différentes synthèses font état de la présence de 8 espèces végétales remarquables dont 7 protégées. Pavon (Pavon, 2012), avait mis l’accent sur 7 espèces remarquables : Allium chamaemoly, Limonium pseudominu-tum, Senecio leucanthemifolius, Thymelaea hirsuta, Bupleurum semicompositum, Orobanche sanguinea et Ugo (Ugo 2015), a reconfirmé la présence de plusieurs individus d’Orpin du Littoral (Sedum littoreum). L’île du Grand Rouveau représente pour cette dernière espèce l’unique station connue du Var, tandis qu’elle n’est identifiée que de quelques points dans le massif des Calanques. C’est bien la notion de refuge que cette espèce illustre par son isolement. On peut toutefois être surpris par l’absence d’une autre plante protégée, présente quant à elle sur l’île du Grand Gaou au sein du même archipel : la Barbe de Jupiter, Anthyllis barba-jovis.

Si la richesse végétale est remarquable, il n’est en pas de même sur le plan faunistique. Les cortèges avi-faunistiques, mammalogiques et herpétologiques sont particulièrement simplifiés : une seule espèce d’oiseau marin nicheur, un seul mammifère (introduit), deux espèces de reptiles. Cependant, c’est bien dans ce dernier groupe que réside le principal intérêt actuel de la faune de l’île. En effet, le rare Phyllodactyle d’Europe, Euleptes europaea (Delaugerre et al, 2012), gecko absent du littoral continental varois, disparu des Embiez et absent de la quasi-totalité des autres îles de l’archipel, est ici, à l’instar de l’Orpin du littoral, en situation de refuge. Même si les populations semblent en bon état de conservation (Cheylan, comm. pers.), et bénéficient à ce titre d’un suivi spécifique bisannuel, elles demeurent en situation critique, puisque toute in-troduction d’espèces potentiellement compétitrice (et notamment la Tarente de Maurétanie) pourrait à terme les faire disparaitre.

Sur le plan marin, si la diversité de faciès sous-marins qu’offrent les fonds entourant l’île est reconnue et est à l’origine de plusieurs spots de plongée, pour autant, la pêche et la chasse sous-marine ont fortement impacté les peuplements de poissons. Toutefois, la petite faune marine reste très riche et diversifiée, et on note la pré-sence d’espèces règlementées comme le Mérou brun, Epinephelus marginatus,et le Corb, Sciaena umbra. Les herbiers de Posidonie sont bien représentés, malgré des dégradations ponctuelle dans les couvertures liées aux dégradation par les mouillages de bateaux de

plaisance. Parmi les éléments remarquables constituant la richesse aquatique de l’île, on note la présence de peuplements de Gorgones, dont la Gorgone rou-ge, Paramuricea clavata présente à faible profondeur, de très nombreux individus de Grande nacre, Pinna nobilis, espèce protégée et le bon état écologique des bioconcrétionnements à coralligène (Harmelin et al, 2009).

Pressions


Tunisie; kerkennah; felouque; pêcheurs;

Depuis le départ des gardiens du Phare, les pressions sur les milieux terrestres n’ont cessé d’augmenter avec l’avènement du tourisme nautique. Les dégradations entraînées par l’absence de gestion des flux et de sensi-bilisation ont alors largement augmenté sur l’île : vandalisme, dépôts de détritus, feux de camp. Ainsi, l’intervention de l’APIR, puis l’action du Conservatoire du Littoral et de la ville de Six-Fours-Les-Plages, a permis de diminuer considérablement ces pressions sur la partie terrestre.

Sur la partie marine, la concentration des plaisanciers en période estivale entraîne ponctuellement la dégrada-tion de l’herbier de Posidonie situées à proximité du débarcadère, conséquence d’un mouillage sur ancre non réglementé et ce, malgré la gestion en cours de la partie marine du DPM au droit de l’île et son classement au sein du réseau Natura 2000. On dénombre jusqu’à 60 bateaux de plaisance en période estivale au droit du débarcadère de l’île. On note ainsi la présence de chenaux intermattes et de marmites de sable au sein de l’herbier et le fort déchaussement des rhizomes attestant de cet impact. Les actions de pêches, notamment de la pêche de loisir (à la palangrotte) et chasses sous-marine exercent une pression sur les communautés marines et participent de leur dégradation. La conséquence directe de cette pression se traduit par une faible fréquen-ce des espèces cibles.

La Caulerpa cylindracea (anciennement C. racemosa), algue invasive, est apparue récemment sur le site. La Caulerpa prolifera, présente également sur les fonds, n’est pas une espèce introduite contrairement aux au-tres espèces du Genre Caulerpa.

L’essentiel des pressions sur le patrimoine biologique terrestre se focalise principalement autour de l’impact des espèces invasives. Le cortège d’espèce, bien que pauvre comparativement aux autres îles du secteur, était avant 2012 largement dominé par la Griffe de sorcière, Carpobrotus edulis, particulièrement dynamique sur l’île. Cette espèce, sans doute introduite comme le suppose Médail pour ses capacités d’adaptation en milieu littoral, et dans le but de maintenir les déblais déposés lors de la construction du phare, avait colonisé près de 60 % de la surface de l’île avant les opérations d’éradication à partir de 2012.

La Griffe de sorcière n’est cependant pas la seule espèce invasive introduite sur l’île. On notera la présence de pieds d’Aloé, d’Agaves, de quelques buissons de Pittosporum tobira et d’un pied d’Eucalyptus, pour la majorité d’entre eux regroupés autour de la maison, dont l’expansion est à surveiller.

Quant au Rat noir, son introduction n’est pas documentée. On suppose qu’il fût introduit lors de la construc-tion du phare, mais son introduction antérieure est possible, vue la faible distance qui sépare l’île des autres îles de l’archipel. Son maintien sur l’île était largement favorisé par la présence de tapis de Carpobrotus, dont il consommait les fruits et contribue à la dissémination des graines (Abiadh, 2009). Enfin, les études menées par l’IMBE sur l’île de Bagaud démontrent clairement que la Griffe de sorcière impacte également les com-munautés entomologiques, notamment les coléoptères et formicidaes.

On notera tout de même l’absence de la Fourmi d’Argentine, Linepithema humile, présente sur l’île des Em-biez, ayant sans doute entrainé la disparition des insectes rampants. Elle entraine une simplification de la di-versité entomologique, par son action sur les plantes, dissémination de graines, et son agressivité vis-à-vis des autres espèces.

Enfin, la nidification du Goéland leucophée, seule espèce d’oiseau marin nicheur présente sur l’île, entraine des perturbations manifestes à l’instar de l’ensemble des îles sur lesquelles s’installent les colonies : apports de détritus et perturbation des communautés végétales en favorisant le développement des espèces rudérales. Les populations restent cependant relativement faibles. Le recensement effectué en 2015 relevait la présence de 34 couples seulement.

Gestion & Conservation


Maroc; archipel d’Essaouira; Mogador

L’acquisition en 2000 de la majeure partie de l’île par le Conservatoire du littoral (le chemin et le phare res-tent la propriété de Phare et Balises) et la reconnaissance internationale que lui a conféré le classement en ASPIM, sont la continuité d’une action de préservation du Grand Rouveau, dont les premiers artisans furent une poignée d’habitants de la côte et amoureux du site, regroupés au sein de l’association APIR. La sensibili-sation des visiteurs et l’entretien régulier des installations ont, après le départ des gardiens du phare, contri-bué à limiter les actes de vandalisme, les feux de camp, et le dépôt de détritus.

Ces actions sont aujourd’hui assurées par le gestionnaire du site, la ville de Six-Fours-les-plages, en partena-riat avec le Conservatoire du Littoral. Des travaux récents liés à la mise en valeur du patrimoine bâti maritime dans le cadre du projet européen MEDPHARES ont également permis l’entretien du chemin et la canalisa-tion du public, ainsi que l’installation de panneaux d’informations à destination des visiteurs. Les collectes d’oeufs de Goéland, pratiquées par les gardiens de phare, sont aujourd’hui anecdotiques.

L’île s’est dotée d’un schéma de gestion en 2011 (Ben Haj & Laviole, 2011), réalisé suite aux campagnes d’inventaires menées dans le cadre de l’initiative PIM en 2009. Le Document d’Objectif du site Natura

2000 FR9302001 « Lagune du Brusc » encadre les aspects marins (Rouanet et al, 2009). Ceci dit, un arrêté préfec-toral en vigueur, entourant la partie sud de l’île du Grand Rouveau et interdisant le mouillage, les activités nautiques et la navigation ne semble pas respecté par les usagers. Une organisation des zones de mouillages devrait être mise en place afin de limiter l’impact entraîné par la forte fréquentation par les plaisanciers. D’autres actions de préservation du milieu marin sont en cours ou en projet.

Sur le plan terrestre, l’éradication de la Griffe de sorcière est menée en partenariat entre le gestionnaire et l’initiative PIM, dont les premières campagnes ont ponctuellement débuté en 2009, et sont organisées annue-llement depuis 2012. Ces opérations ont mobilisé et mobilisent des acteurs divers de l’environnement en PACA, et sont réalisées à raison d’une semaine par an. Même si les résultats sont significatifs (diminution du volume de repousses au fil des ans), l’espèce n’est pas totalement éradiquée aujourd’hui, et une repasse an-nuelle reste nécessaire, y compris dans les espaces de falaises les moins accessibles. Des opérations de génie écologique (Auda & Rivière, 2014) ont été mises en place pour accompagner les processus de cicatrisation du milieu sans modifier le patrimoine génétique insulaire (semis, pépinière – cf encadré-, andains anti-érosion …) .

L’opération de dératisation (cf encadré) menée sur la base du protocole proposé par l’équipe de l’INRA de Rennes, a fait l’objet d’une importante campagne en 2017 (alliant phase de piégeage mécanique puis chimique) et une campagne complémentaire en 2018 (suite à la détection d’indices de présence du rat noir en debut d’année).

Au niveau marin, on note que le moratoire concernant la protection du Mérou brun est bien respecté, l’espèce étant fréquente dans les fonds rocheux autour de l’île. La gestion et l’organisation des mouillages en vue de limiter l’impact du à la forte fréquentation des plaisanciers semble délicate. En effet, considérant le nombre important de bateaux, interdire le mouillage sur ancre conduirait à déplacer la pression sur un autre site, quant l’organisation de mouillages sur bouées pourrait inciter les plaisanciers à rester au mouillage de nuit, alors qu’ils ne sont présents qu’en journée aujourd’hui. La sensibilisation semble aujourd’hui la meilleure voie pour limiter ces impacts, en invitant les plaisanciers à mouiller sur les plages sableuses plutôt que dans l’herbier lui-même, et par la même occasion à gérer et recycler leurs déchets.

La pépinière insulaire du Grand Rouveau – un projet expérimental de restauration écologique

L’opération vertueuse d’arrachage des griffes de sorcière sur l’île n’en demeure pas moins un bouleversement écologique, dont l’impact, bien que suivi au fil des opérations, ne peut être parfaitement anticipé. Après éradication, la restauration de l’écosystème soulève une question de fond : doit-on intervenir, et perturber encore, ou laisser faire la nature ?
Après concertation entre les acteurs, le « laisser faire » a été privilégié sur la majeure partie de l’île, tout choisissant d’assister cette recolonisation dans les secteurs les plus fortement soumis aux phénomènes d’érosion. C’est ainsi qu’est né le projet de pépinière insulaire : accélérer la recolonisation végétale et stabiliser les sols à partir de semis et plants issus de l’île du Grand Rouveau.
Cependant, ce projet devait s’affranchir des contraintes locales afin d’être parfaitement autonome en eau et électricité. La difficulté de maintenir un arrosage opérationnel pendant l’été a compliqué la survie des plants de la pépinière et a généré son abandon, d’autant qu’en parallèle, une recolonisation naturelle dans les zones pentues où des andains anti-érosion avaient été installés.
Vincent RIVIERE, AGIR écologique

Vers l’éradication définitive du rat noir sur le Grand Rouveau ?

Algérie; îles Habibas; éco garde

Globalement, l’opération de dératisation de l’île du Grand Rouveau est un succès, mais il convient derester prudent sur ces résultats. En effet, aucun contact de Rattus rattus n’a été confirmé sur l’îlependant 1 mois lors de la dernière campagne de piégeage. Cependant, les campagnes 2018 ont étéré installées suite aux contacts de Rats noirs constatés dans les boîtes de contrôle anti-réinfestation,qui peuvent être attribués à des individus qui n’avaient plus été contactés sur l’île lors de la session2017, qui pour rappel, avait pris fin après 1,5 mois sans contact.

Toutefois, malgré la diminution drastique de la population de Rats noirs dans un premier temps, puisson éradication en 2018, il est encore trop tôt pour dégager les bénéfices de cette éradication sur lescompartiments biologiques suivis. Les diverses tendances observées nécessitent au moins confirmation en 2019 :

  • Apparition de nouvelles espèces, via les processus de colonisation naturels (présence du
  • Palmier nain en l’occurrence) ;
  • Augmentation du taux d’occupation des nids de Goélands leucophées ;
  • Augmentation du nombre d’individus de Phyllodactyle d’Europe dans les gîtes artificiels.

Pour autant, cette éradication ne semble avoir aucun impact sur le suivi des placettes de végétation,et aucun indice de colonisation des terriers artificiels installés n’a été observée.

Il sera donc nécessaire de poursuivre les suivis mis en place, et surtout, de poursuivre le contrôle du dispositif anti-réinfestation mensuel, complété par une campagne de piégeage mécanique de contrôle d’un mois en juillet 2019.

Vincent RIVIERE, AGIR écologique, Bilan d’intervention 2018 de la restauration écologique du Grand Rouveau

Principales ressources bibliographiques


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9. Ugo J., 2015 – Suivi de la végétation après éradication de la Griffe de sorcière sur l’île du Grand Rouveau. Initiative PIM. 10 p.

10. Vicente, N. 1975 – Pour la sauvegarde de la lagune du brusc. Bull. Observatoire Mer, suppl.:12 pp